Les investissements annoncés doivent désormais se traduire par des soins accessibles. C’est le message adressé par l’Alliance professionnelle des psychologues cliniciens en exercice libéral au Maroc (APCEL Maroc), à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale du 10 octobre. L’organisation salue le plan national, mais réclame des mesures concrètes sur les effectifs spécialisés, la reconnaissance de la profession et le financement des consultations psychologiques.
L’ampleur des besoins avait été rappelée le 3 septembre 2026 par le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, lors du lancement du programme. Selon les données présentées, 6,5 millions de Marocains vivent avec un trouble de santé mentale, dont près de deux millions d’enfants et de jeunes. Environ 85 % des personnes concernées n’auraient pas accès aux soins nécessaires. Ce déficit associe insuffisance des services spécialisés, difficultés d’orientation et persistance de la stigmatisation.
Doté d’un financement annoncé de près de quatre milliards de dirhams, le Plan Santé mentale 2030 prévoit de renforcer la prévention, le repérage précoce et les soins de proximité. Élaboré avec treize départements ministériels et l’appui de l’Organisation mondiale de la santé, il comprend 86 actions et mesures. Son déploiement doit mieux articuler les centres de santé, les structures intermédiaires et les établissements hospitaliers, tout en développant la réhabilitation et la réinsertion sociale.
Le volet ressources humaines occupe une place déterminante. Le programme prévoit une forte augmentation du nombre de psychologues dans le secteur public et des capacités annuelles de formation des psychiatres et des infirmiers spécialisés. Ces objectifs portent à la fois sur les effectifs disponibles et sur la préparation des professionnels appelés à rejoindre les services. Leur réalisation devra accompagner l’extension des infrastructures dans les différentes régions.
L’APCEL demande que les psychologues cliniciens exerçant en libéral soient également associés à cette réorganisation. Elle souhaite leur participation à la conception, au déploiement et à l’évaluation des politiques publiques. La révision du cadre juridique et réglementaire de la profession figure parmi ses revendications, avec le renforcement de la formation continue, de la supervision professionnelle et de la recherche. L’enjeu porte autant sur les conditions d’exercice que sur la place accordée à ces professionnels dans les parcours de soins.
Le financement constitue un autre point central. L’alliance plaide pour une meilleure prise en charge des consultations psychologiques par les dispositifs de couverture médicale et pour l’élargissement de leur remboursement. Cette demande vise à réduire les dépenses supportées directement par les patients. Elle rejoint le chantier annoncé par le ministère concernant l’évolution des actes couverts, des tarifs de référence et des modalités de financement des soins.
Les enfants et les adolescents occupent une place particulière dans l’appel de l’organisation. Celle-ci défend un repérage plus précoce et une coordination renforcée entre les professionnels de santé, l’éducation et l’action sociale. Elle demande aussi davantage de services d’accompagnement et de réhabilitation, afin que la réponse ne se limite pas à une consultation ou à une hospitalisation.
L’alliance souhaite enfin que les personnes ayant vécu des troubles mentaux participent à l’évaluation des services. Elle réclame un suivi régulier des actions, fondé sur des objectifs précis et des résultats mesurables. L’accès effectif aux consultations, la continuité de l’accompagnement et la qualité des soins devront ainsi permettre d’apprécier les progrès réalisés au-delà des capacités annoncées.




