Le suivi de la feuille de route pour l’emploi entre dans une phase plus opérationnelle. Le 10 avril, Aziz AKHANNOUCH a présidé une réunion de coordination réunissant les ministres concernés, le Haut-Commissariat au Plan, la Confédération générale des entreprises du Maroc et l’ANAPEC. Cette rencontre s’inscrit dans une séquence régulière de pilotage engagée depuis 2025, avec une ambition claire : accélérer l’exécution et lever les freins administratifs qui ralentissent encore l’impact des dispositifs sur le terrain.
L’enjeu est identifié depuis plusieurs années. Le marché du travail marocain reste caractérisé par un décalage entre croissance économique et création d’emplois. Malgré une activité résiliente, notamment après le séisme d’Al Haouz en 2023 et dans un contexte inflationniste, les indicateurs de chômage demeurent élevés, en particulier chez les jeunes et les femmes. L’économie informelle, estimée autour de 45%, continue également de peser sur la structuration du marché.
Face à cette situation, la feuille de route 2025-2029, lancée en février 2025, mobilise une enveloppe de 15 milliards de dirhams. Elle s’articule autour de huit chantiers structurants, centrés sur l’orientation professionnelle, le développement des compétences, l’emploi en milieu rural et l’insertion des femmes. Parmi les leviers activés figurent le renforcement des dispositifs de formation qualifiante, la mise en place d’incitations fiscales ciblées et le développement de services de garde d’enfants pour faciliter l’accès des femmes au marché du travail.
Lors de la réunion du 10 avril, Aziz AKHANNOUCH a insisté sur la nécessité d’une exécution rapide et coordonnée. Le message adressé aux différents départements est sans ambiguïté : réduire les délais, simplifier les procédures et renforcer la convergence des actions. Les Centres régionaux d’investissement sont appelés à jouer un rôle central pour territorialiser les politiques de l’emploi et adapter les dispositifs aux spécificités locales.
La question de la gouvernance a occupé une place centrale dans les échanges. Deux mécanismes structurent désormais le pilotage de la feuille de route : un comité de pilotage interministériel et un comité ministériel trimestriel présidé par le Chef du gouvernement. À ce dispositif s’ajoute une cellule opérationnelle rattachée au secrétariat général du gouvernement, chargée de suivre les indicateurs clés, notamment les insertions professionnelles et l’évolution du taux de chômage.
L’objectif affiché est de ramener ce taux à 9% à l’horizon 2030. Pour y parvenir, les autorités misent sur une meilleure coordination entre acteurs publics et privés. Des groupes comme Stellantis ou Marjane sont mobilisés dans le cadre du programme Idmaj, qui a déjà permis l’intégration de 30 000 jeunes non diplômés depuis mars 2026. Ce type de partenariat illustre la volonté de connecter plus directement les politiques publiques aux besoins des entreprises.
Cette dynamique s’inscrit également dans un cadre financier élargi. Le soutien de la Banque mondiale, annoncé le même jour avec un financement de 500 millions de dollars, vient renforcer les capacités d’action de la feuille de route. Ce financement vise notamment à améliorer le fonctionnement du marché du travail, accélérer les procédures judiciaires en matière commerciale et soutenir la transition vers une économie plus verte.
Les autorités anticipent des effets indirects significatifs, avec la création potentielle de centaines de milliers d’emplois à moyen terme, notamment dans les filières liées à la transition énergétique. Le ministre de l’Emploi, Younes SEKKOURI, est chargé d’assurer la cohérence entre ces différents dispositifs pour maximiser leur impact.
Des avancées concrètes sont déjà mises en avant. La digitalisation des services de l’ANAPEC, à travers la plateforme e-emploi, constitue un premier levier d’amélioration de l’intermédiation. Les programmes de formation qualifiante commencent également à produire leurs premiers effets. Toutefois, plusieurs limites structurelles persistent.
Le décalage entre les compétences disponibles et les besoins du marché reste l’un des principaux obstacles. Les disparités territoriales continuent également de freiner une diffusion homogène des opportunités. Certaines régions peinent encore à capter les investissements ou à offrir des écosystèmes favorables à la création d’emplois durables.
Dans ce contexte, plusieurs experts plaident pour un renforcement de la décentralisation des politiques de l’emploi et une implication accrue des acteurs locaux. La réussite de la feuille de route dépendra en grande partie de la capacité à adapter les dispositifs aux réalités économiques de chaque territoire, tout en maintenant une cohérence nationale.
Au-delà des enjeux économiques, la question de l’emploi reste un facteur clé de stabilité sociale. Avec une population jeune représentant près de 30% des habitants, la pression sur le marché du travail devrait se maintenir dans les années à venir. La feuille de route portée par le gouvernement se positionne ainsi comme un instrument structurant pour répondre à cette attente.
Le suivi régulier instauré par Aziz AKHANNOUCH vise précisément à éviter les dérives classiques des politiques publiques, souvent marquées par des retards d’exécution ou une dilution des responsabilités. La logique actuelle privilégie un pilotage resserré, fondé sur des indicateurs mesurables et une responsabilisation claire des acteurs.
Reste à traduire cette architecture en résultats visibles. La crédibilité de la stratégie dépendra de sa capacité à générer rapidement des opportunités concrètes pour les chercheurs d’emploi, tout en accompagnant les transformations structurelles du tissu économique. La feuille de route est posée, le défi se joue désormais dans sa mise en œuvre.




