La signature des premiers contrats de travail du programme Aérochance, le 23 mai 2026 à Nouaceur, donne une traduction concrète à un dispositif conçu pour rapprocher les jeunes marocains des métiers de l’aéronautique. L’opération s’adresse à une population souvent éloignée de l’emploi formel : jeunes de 18 à 30 ans, diplômés ou non, ayant besoin d’un accompagnement structuré pour accéder à des métiers techniques porteurs.
Porté par l’association Enfance Maghreb Avenir, en partenariat avec Safran et l’Institut des Métiers de l’Aéronautique, le programme repose sur une logique simple : identifier des jeunes à fort potentiel, les préparer aux exigences du secteur, puis faciliter leur accès à l’emploi à travers une formation adaptée aux besoins des industriels. Chaque année, 130 bénéficiaires doivent suivre un parcours intensif de 3 à 6 mois combinant remise à niveau académique, préparation au concours de l’IMA et acquisition de compétences techniques.
Le choix de Nouaceur n’est pas neutre. Le territoire s’est imposé comme l’un des principaux pôles aéronautiques du Maroc, avec une concentration d’entreprises industrielles, d’organismes de formation et de sous-traitants spécialisés. Pour des jeunes de la région, l’accès à ces métiers peut représenter une réelle opportunité d’insertion, à condition de disposer des prérequis nécessaires et d’un accompagnement suffisamment solide.
Le parcours Aérochance intègre ainsi plusieurs dimensions. Les bénéficiaires suivent une remise à niveau en français, en mathématiques et en culture générale. Ils sont également préparés au concours d’entrée de l’Institut des Métiers de l’Aéronautique, tout en découvrant les exigences pratiques du secteur. Le programme accorde aussi une place aux compétences comportementales : ponctualité, travail en équipe, codes professionnels, discipline industrielle et capacité d’intégration en entreprise.
La force du dispositif tient à son montage partenarial. Le site de formation a été rénové et financé par l’Initiative Nationale pour le Développement Humain à Nouaceur, avec l’appui des autorités locales. Le secteur privé prend en charge le volet formation, dans une logique de réponse directe aux besoins des entreprises. Ce modèle permet de réduire l’écart entre la formation des jeunes et les attentes opérationnelles des industriels.
Pour Safran, l’engagement dans Aérochance s’inscrit dans une stratégie de développement des compétences locales. Le groupe, déjà fortement implanté dans l’écosystème aéronautique marocain, cherche à renforcer le vivier de profils techniques capables d’accompagner la montée en puissance de ses activités. La formation de techniciens qualifiés constitue un enjeu central pour un secteur où la précision, la sécurité et le respect des normes internationales sont déterminants.
L’Institut des Métiers de l’Aéronautique joue, de son côté, un rôle clé dans la structuration du parcours. Son expertise permet d’adosser le programme à des standards professionnels reconnus et à des besoins industriels identifiés. L’agrément de la Direction de l’Aviation Civile pour former les techniciens de Safran conforte cette orientation vers des formations exigeantes et directement liées aux métiers.
Aérochance intervient aussi dans un débat plus large sur l’emploi des jeunes au Maroc. L’accès au marché du travail demeure plus complexe pour les profils peu qualifiés ou en décrochage, notamment lorsqu’ils ne disposent ni du réseau, ni des repères, ni des compétences attendues par les recruteurs. En ciblant précisément cette population, le programme cherche à transformer une difficulté d’insertion en parcours professionnel encadré.
L’expérience lancée à Nouaceur doit désormais permettre d’évaluer l’impact réel du dispositif : taux de réussite, insertion effective, stabilité dans l’emploi, adéquation entre la formation suivie et les postes occupés. Ses promoteurs affichent déjà l’objectif d’étendre progressivement le modèle à Casablanca et à d’autres régions du Royaume. Cette généralisation dépendra toutefois de la capacité à maintenir le même niveau d’exigence, de financement et d’implication des entreprises.
La signature des premiers contrats constitue donc une étape importante, mais le véritable test se jouera dans la durée. Si les jeunes formés parviennent à s’insérer durablement dans les entreprises du secteur, Aérochance pourra devenir un modèle reproductible pour d’autres filières industrielles. Le programme montre déjà une chose : l’insertion des jeunes ne se décrète pas. Elle se construit par des parcours exigeants, des partenaires engagés et une connexion directe avec les besoins réels du marché.




