Le gouvernement marocain accélère sa stratégie de développement des compétences dans le secteur de l’artisanat. Réunis au Centre de formation et de qualification dans les métiers de l’artisanat de Marrakech, le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri, et le secrétaire d’État chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, Lahcen Essaadi, ont donné le coup d’envoi officiel du programme de formation par apprentissage pour l’année 2026-2027.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du contrat-programme 2026-2030 conclu entre les deux départements. Son objectif est ambitieux : former 30.000 apprentis chaque année dans les métiers de l’artisanat, soit un total de 150.000 bénéficiaires sur cinq ans. Le programme constitue l’un des principaux leviers du dispositif national « Tadaroj », lancé en octobre 2025, qui vise à accompagner 100.000 stagiaires par an dans différents secteurs économiques.
L’une des principales évolutions du nouveau programme concerne l’élargissement significatif des métiers couverts. Leur nombre passe de 69 à 103 métiers, soit une hausse de près de 50 %. Cette extension répond à un double objectif : préserver des savoir-faire artisanaux menacés de disparition et intégrer de nouvelles activités de services adaptées aux évolutions du marché.
Le dispositif repose sur un modèle d’apprentissage fortement ancré dans la réalité professionnelle. Les bénéficiaires passent 80 % de leur temps directement auprès de maîtres-artisans dans les ateliers, entreprises ou coopératives, tandis que les 20 % restants sont consacrés à des enseignements théoriques et techniques dans les centres de formation.
Pour renforcer l’attractivité du programme, plusieurs mesures financières ont été annoncées. Le coût de formation pris en charge par l’État est porté à 5.000 dirhams par apprenti. Les maîtres-artisans qui assurent l’encadrement des jeunes bénéficieront quant à eux d’une indemnité de 300 dirhams pour chaque apprenti accueilli. Le gouvernement a également décidé de relever l’âge maximum d’accès au programme de 30 à 40 ans afin d’élargir le nombre de bénéficiaires potentiels et favoriser les reconversions professionnelles.
Autre nouveauté importante : l’intégration des apprentis au système d’information de l’ANAPEC. Cette mesure vise à améliorer le suivi des parcours, à renforcer l’accompagnement vers l’emploi et à faciliter l’insertion professionnelle à l’issue de la formation.
Le choix de Marrakech pour le lancement de cette nouvelle édition n’est pas anodin. La région Marrakech-Safi figure parmi les principaux pôles artisanaux du Royaume. La ville ocre concentre une grande diversité de métiers emblématiques tels que la maroquinerie, la poterie, le zellige, la ferronnerie, le tissage traditionnel, la dinanderie ou encore le travail du bois sculpté.
Le Centre de formation et de qualification dans les métiers de l’artisanat, inauguré par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en 2012, constitue aujourd’hui l’un des établissements de référence du secteur. Depuis son ouverture, plus de 7.000 personnes y ont été formées. Fait notable, près de 80 % des bénéficiaires sont des femmes, illustrant le rôle croissant de l’artisanat dans l’autonomisation économique féminine.
Au-delà de la dimension formation, le programme répond à un enjeu économique majeur. Le secteur de l’artisanat représente plusieurs centaines de milliers d’emplois directs et indirects au Maroc et constitue une composante essentielle de l’économie sociale et solidaire. Il joue également un rôle important dans les exportations, l’attractivité touristique et la préservation du patrimoine culturel national.
Les autorités s’inquiètent toutefois du vieillissement progressif des artisans dans plusieurs filières traditionnelles. Dans certains métiers, la transmission des compétences devient un enjeu critique. Le manque de relève menace directement la pérennité de savoir-faire parfois séculaires qui participent à l’identité culturelle du Royaume.
Le nouveau programme entend ainsi répondre simultanément à plusieurs défis : réduire le chômage des jeunes, renforcer l’employabilité, soutenir l’entrepreneuriat local, améliorer les revenus des artisans et assurer la transmission des métiers patrimoniaux. Les retombées attendues concernent également le développement territorial, notamment dans les régions où l’artisanat constitue une activité économique structurante.
Des défis demeurent néanmoins. Attirer davantage de jeunes vers des métiers souvent perçus comme traditionnels, garantir une qualité homogène de l’encadrement sur l’ensemble du territoire et assurer des débouchés professionnels pérennes à l’issue des formations figurent parmi les principaux enjeux identifiés par les acteurs du secteur.
Avec un objectif de 30.000 apprentis par an, 150.000 bénéficiaires d’ici 2030, 103 métiers couverts et un financement renforcé atteignant 5.000 dirhams par apprenti, le gouvernement entend faire de l’apprentissage artisanal un outil majeur d’insertion professionnelle. Pour un secteur qui conjugue héritage culturel, création d’emplois et développement économique local, cette nouvelle phase marque une montée en puissance significative de la politique nationale de valorisation des compétences artisanales.




