L’éducation à l’entrepreneuriat en Afrique était au centre d’une rencontre organisée le 7 octobre 2026 à Casablanca par ESCA Ecole de Management. Baptisé « Voices of Africa – The Continental Dialogue on Entrepreneurship Education », l’événement a réuni plus de 63 voix issues de 14 pays, parmi lesquels le Maroc, l’Égypte, l’Afrique du Sud, la Tunisie, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Pakistan. Enseignants, chercheurs, praticiens, acteurs institutionnels et professionnels de l’écosystème entrepreneurial ont confronté leurs expériences afin d’identifier des méthodes d’apprentissage mieux adaptées aux réalités africaines.
L’initiative part d’un constat simple : les pratiques d’éducation à l’entrepreneuriat sont nombreuses sur le continent, mais restent encore dispersées, parfois peu documentées et insuffisamment connectées entre elles. ESCA entend donc créer un espace où les expériences de terrain peuvent être comparées, discutées puis transformées en apprentissages collectifs. La rencontre a été portée par la professeure Zeinab Hmama, enseignante-chercheuse à ESCA, en partenariat avec le Dingman-Lamone Center for Entrepreneurship de l’University of Maryland, Legacy International et Africa Academy of Management, avec le soutien du U.S. Department of State.
La diversité des participants devait permettre de sortir d’une approche strictement académique. Parmi les experts internationaux présents figuraient notamment Saras Sarasvathy, de l’University of Virginia Darden School of Business, Martin Lackéus, de Chalmers University of Technology, Michael Hoffmeyer, de l’University of Maryland, Raza Abbas, de l’Institute of Business Management au Pakistan, ainsi que David Hayes, de l’UM6P Global Hubs. Des représentants de la Mission des États-Unis au Maroc ont également pris part aux échanges.
Trois enseignements principaux ressortent de cette première édition. Le premier concerne la place de l’expérience : entreprendre ne s’apprend pas uniquement par la pratique, mais suppose aussi du feedback, de la réflexion, de l’itération et une capacité à remettre en question les choix effectués. Le deuxième tient à l’écart entre connaissance et action. Savoir ne suffit pas lorsque l’entrepreneur doit décider dans l’incertitude, arbitrer rapidement ou adapter son projet à un environnement changeant. Autonomie, jugement et capacité d’adaptation deviennent alors des compétences centrales.
Le troisième enseignement replace l’apprentissage entrepreneurial dans son contexte. L’accès aux ressources, le coût de l’échec, l’informalité ou encore la fragmentation des écosystèmes influencent directement la manière d’apprendre et d’entreprendre. Cette lecture est particulièrement importante pour les établissements de formation qui cherchent à développer des compétences entrepreneuriales sans reproduire mécaniquement des modèles conçus dans d’autres environnements.
Ces conclusions dépassent d’ailleurs la seule création d’entreprise. Elles rejoignent des questions de formation et de développement des compétences auxquelles les directions RH sont confrontées : comment apprendre à décider avec une information incomplète, à tester rapidement une solution, à tirer des enseignements d’un échec ou à ajuster une action en cours de route ? Les méthodes mobilisées dans l’apprentissage entrepreneurial peuvent ainsi nourrir plus largement les dispositifs de formation managériale et d’innovation en entreprise.
La journée s’est achevée par une phase de co-construction. Les participants ont identifié des défis communs et formulé de premières expérimentations à tester au cours des 90 prochains jours. Les contributions recueillies doivent désormais alimenter un White Paper consacré à l’éducation à l’entrepreneuriat dans les contextes africains, ainsi qu’une Community of Practice destinée à prolonger les échanges et à favoriser de nouvelles collaborations.
Pour ESCA, l’enjeu dépasse donc l’organisation d’une conférence ponctuelle. « Voices of Africa » cherche à transformer des expériences africaines en connaissances partageables, capables d’alimenter aussi bien les pratiques pédagogiques locales que les discussions internationales sur la formation à l’entrepreneuriat. La démarche place au premier plan une question concrète pour les écoles, les entreprises et les écosystèmes d’innovation : comment former des profils capables non seulement de comprendre l’entrepreneuriat, mais aussi d’agir, de décider et d’apprendre dans des contextes marqués par l’incertitude.




