Le Maroc progresse dans sa capacité à transformer son appareil productif, mais cette progression reste inégale et insuffisante pour modifier profondément sa position internationale. C’est l’un des principaux enseignements du rapport 2026 de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement consacré à la troisième génération du Productive Capacities Index, ou PCI.
L’indice couvre 195 économies et repose sur 43 indicateurs regroupés en huit dimensions : énergie, capital humain, technologies de l’information et de la communication, institutions, capital naturel, secteur privé, transformation structurelle et transport. La CNUCED cherche ainsi à mesurer moins la richesse produite à un instant donné que les capacités permettant à une économie de produire, d’innover, de se diversifier et de monter durablement en gamme.
En 2024, le Maroc obtient un score global de 47,1 et occupe la 101e place mondiale. Il se situe juste derrière la Tunisie, 99e avec 47,2, mais devant l’Algérie, 125e avec 43,0, et l’Égypte, 129e avec 42,2. L’Afrique du Sud reste sensiblement mieux positionnée, au 70e rang avec 51,7, tandis que Maurice atteint la 56e place avec un score de 55,0.
Le classement marocain doit toutefois être lu dans la durée. Le score du Royaume est passé de 45,7 en 2021 à 46,7 en 2022, puis 47,1 en 2023. Il demeure à 47,1 en 2024. La progression enregistrée après 2021 semble donc marquer un palier sur la dernière année disponible.
Les huit capacités productives du Maroc en 2024
| Dimension | Score |
|---|---|
| Transformation structurelle | 57,8 |
| TIC | 57,4 |
| Énergie | 50,7 |
| Institutions | 49,4 |
| Secteur privé | 47,4 |
| Capital humain | 46,5 |
| Capital naturel | 40,1 |
| Transport | 32,8 |
| PCI global | 47,1 |
Tableau 1 : Les huit capacités productives du Maroc en 2024. Source : CNUCED, Productive Capacities Index.
Une transformation structurelle qui avance plus vite que ses soutiens
Le résultat le plus favorable pour le Maroc concerne la transformation structurelle, avec un score de 57,8. Il s’agit de la meilleure des huit composantes marocaines, légèrement devant les technologies de l’information et de la communication, évaluées à 57,4.
Pour la CNUCED, la transformation structurelle correspond au déplacement des ressources vers des activités présentant une productivité plus élevée : passage de l’agriculture vers l’industrie ou les services, mais aussi évolution de productions basiques vers des activités plus technologiques et à plus forte valeur ajoutée. Ce mouvement doit favoriser la productivité, l’investissement et la compétitivité.
Le score marocain traduit ainsi les effets de plusieurs décennies de diversification productive et industrielle. Automobile, aéronautique, électronique, agro-industrie, services externalisés ou nouvelles filières énergétiques ont progressivement modifié la structure de la production. Mais le PCI montre également que cette transformation économique avance plus vite que certaines capacités nécessaires pour la consolider.
Le numérique constitue le deuxième point fort. Avec 57,4, le Maroc enregistre une performance sensiblement supérieure à son indice global. La CNUCED considère les TIC comme une infrastructure productive à part entière : elles facilitent les échanges d’information, la diffusion technologique, l’innovation, la création de nouveaux modèles économiques et l’amélioration de la productivité.
L’énergie obtient 50,7. Ce score place le Maroc dans une position intermédiaire malgré les investissements engagés dans les capacités électriques et les énergies renouvelables. La méthodologie ne mesure pas uniquement l’existence d’infrastructures énergétiques. Elle s’intéresse à leur capacité à fournir une énergie fiable et accessible aux activités productives. Pour l’industrie, l’enjeu porte donc autant sur les volumes disponibles que sur les coûts, la stabilité du réseau et la capacité à connecter les nouveaux investissements aux chaînes de production.
Capital humain : le décalage avec les ambitions industrielles
Le capital humain constitue l’un des résultats les plus sensibles pour le Maroc. Son score atteint seulement 46,5, soit plus de onze points de moins que celui enregistré pour la transformation structurelle.
La CNUCED donne à cette dimension un périmètre large. Elle comprend l’éducation, les compétences, la santé de la population ainsi que l’intégration de la recherche et développement dans la société. Un capital humain solide doit permettre aux individus de participer efficacement à l’activité productive, tout en donnant aux entreprises la capacité d’innover, d’adopter de nouvelles technologies et de monter en gamme.
Pour le Maroc, cet écart pose directement la question de l’adéquation entre les transformations industrielles et la disponibilité des compétences. L’économie développe des activités plus sophistiquées, mais celles-ci exigent davantage de techniciens, d’ingénieurs, de spécialistes du numérique, de managers industriels et de profils capables d’intégrer des technologies nouvelles.
L’enjeu ne se limite donc pas à augmenter le nombre de diplômés. Il concerne la nature des compétences disponibles, leur correspondance avec les besoins des filières, la qualité de la formation professionnelle, la formation continue des collaborateurs ainsi que la capacité des entreprises à conserver et développer les profils recherchés.
Pour les directions des ressources humaines, la lecture du PCI est particulièrement instructive. La montée en gamme productive ne peut pas reposer uniquement sur les investissements physiques. Une usine, un centre de services ou une infrastructure numérique ne produisent leur plein effet que si les compétences permettant de les exploiter sont disponibles.
Le secteur privé affiche parallèlement un score de 47,4. La CNUCED mesure ici la capacité des entreprises à mobiliser du capital, investir, innover, créer de l’emploi et développer des relations entre secteurs. Le résultat marocain suggère que le développement du tissu entrepreneurial reste encore en retrait par rapport au mouvement de transformation structurelle. La question n’est pas seulement celle de la création d’entreprises, mais de leur capacité à grandir, investir, exporter, déposer des brevets ou des marques et renforcer leur productivité.
Les institutions obtiennent pour leur part 49,4. Cette catégorie couvre la qualité des cadres juridique, réglementaire et de gouvernance qui permettent aux acteurs économiques d’investir et de prendre des décisions dans un environnement prévisible.
Évolution du Productive Capacities Index du Maroc
| Année | Score PCI | Évolution annuelle |
|---|---|---|
| 2021 | 45,7 | — |
| 2022 | 46,7 | +1,0 point |
| 2023 | 47,1 | +0,4 point |
| 2024 | 47,1 | Stable |
Tableau 2 : Évolution du Productive Capacities Index du Maroc, 2021-2024. Source : CNUCED.
Transport : le principal point faible révélé par l’indice
Le chiffre le plus surprenant du profil marocain concerne le transport. Avec seulement 32,8 points, cette dimension affiche de loin le résultat le plus faible du Royaume.
Le constat peut paraître contradictoire avec l’importance des investissements réalisés dans les ports, les autoroutes, le ferroviaire et les aéroports. Tanger Med est devenu un hub maritime international, le réseau autoroutier s’est largement développé et le Maroc dispose du premier train à grande vitesse d’Afrique.
Mais l’indicateur de la CNUCED adopte une lecture plus large de la capacité de transport. Il combine plusieurs variables relatives aux routes, au rail, au transport aérien et, dans cette nouvelle génération du PCI, au transport maritime. Il prend également en compte la densité et l’utilisation des infrastructures et non uniquement l’existence de grands équipements.
Le résultat peut donc être lu comme le signe d’un écart entre quelques infrastructures très performantes et la capacité générale du système de transport à desservir l’ensemble du tissu productif. La question de la connexion des zones industrielles, de la logistique intérieure, du fret ferroviaire et de l’intégration des territoires aux principaux corridors économiques devient alors centrale.
Le rapport appelle néanmoins à une certaine prudence dans la lecture des résultats. Le PCI repose sur des séries statistiques internationales dont certaines comportent des données manquantes. La CNUCED utilise alors différentes méthodes d’interpolation, d’extrapolation et d’imputation. L’organisation souligne elle-même que les valeurs imputées sont des estimations et ne peuvent remplacer les données observées. Elle recommande donc d’interpréter l’indice de manière globale plutôt que de tirer des conclusions d’un indicateur isolé.
Pour le Maroc, la photographie reste néanmoins cohérente. Le pays dispose désormais d’une base productive plus diversifiée et d’infrastructures numériques qui soutiennent sa transformation. Mais cette progression rencontre trois limites principales : la disponibilité et la qualité des compétences, la profondeur du tissu privé et la capacité du système de transport à accompagner uniformément le développement productif. La prochaine étape ne consiste donc pas seulement à continuer d’attirer des investissements. Elle suppose de mieux transformer les infrastructures, les compétences et les entreprises en productivité durable.

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