Le Maroc poursuit sa progression dans la hiérarchie mondiale de l’innovation. Dans l’édition 2026 du Global Innovation Index, publiée par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), le Royaume occupe la 54e place sur 139 économies évaluées, avec un score de 32,8. Il atteint ainsi son meilleur classement depuis la création de l’indice.
La position marocaine prend davantage de sens lorsqu’elle est replacée dans une perspective de long terme. L’OMPI range le Maroc aux côtés de la Chine, de l’Inde, du Vietnam, de la Türkiye, des Philippines et de l’Indonésie parmi les économies à revenu intermédiaire ayant enregistré les plus fortes progressions depuis 2013. Le Royaume devance également ses voisins nord-africains, avec la Tunisie au 71e rang, l’Égypte au 83e et l’Algérie au 111e.
Mais le chiffre le plus révélateur du rapport n’est probablement pas la 54e place. Il réside dans l’écart entre les moyens mobilisés et les résultats obtenus. Le Maroc occupe le 76e rang pour les « innovation inputs », qui mesurent notamment les institutions, le capital humain, la recherche, les infrastructures, les marchés et la sophistication des entreprises. Il atteint en revanche le 46e rang pour les « innovation outputs », qui évaluent la création de connaissances, leur diffusion et les productions créatives. Autrement dit, le Maroc obtient des résultats supérieurs à ce que le niveau de ses ressources consacrées à l’innovation pourrait laisser attendre.
Le Maroc produit davantage d’innovation que ses moyens ne le laisseraient prévoir
Cette capacité à « faire plus avec moins » constitue l’un des enseignements les plus intéressants du rapport. Elle distingue le Maroc de plusieurs économies disposant de ressources financières, d’infrastructures ou de capacités d’investissement plus importantes, mais qui ne les convertissent pas encore avec la même efficacité en résultats d’innovation.
La progression marocaine repose d’abord sur la montée en gamme industrielle. Le Royaume occupe la 28e place mondiale pour la fabrication de haute technologie. Cette performance traduit l’évolution d’un tissu productif intégré à des activités nécessitant davantage d’ingénierie, de contrôle qualité, de digitalisation, d’automatisation et de compétences techniques.
L’innovation marocaine ne repose donc pas uniquement sur les start-up ou le numérique. Elle se développe également au sein des chaînes industrielles lorsque les entreprises améliorent leurs procédés, développent de nouveaux produits, adaptent des technologies ou renforcent leurs capacités de conception.
Le deuxième moteur apparaît dans les actifs immatériels. Le Maroc occupe la 5e place mondiale pour les dessins et modèles industriels, la 8e pour l’intensité des actifs immatériels et la 16e pour les marques. L’ensemble du sous-pilier consacré aux actifs immatériels positionne le Royaume au 11e rang mondial.
Ces résultats décrivent une évolution significative du modèle productif marocain. Les entreprises ne se limitent plus à fabriquer. Elles développent davantage le design, les marques, la différenciation produit et la propriété intellectuelle. Cette évolution rapproche progressivement l’industrie marocaine d’un modèle dans lequel la valeur ne provient pas seulement de la capacité de production, mais également de la conception et de la maîtrise des actifs qui accompagnent les produits.
La création d’applications mobiles constitue un autre point fort, avec une 16e position mondiale. Le rapport relève également une croissance de 4 % de la productivité du travail dans l’indicateur retenu, ce qui place le Maroc au 13e rang mondial.
Innovation au Maroc : les principaux indicateurs du GII 2026
| Indicateur | Rang mondial |
|---|---|
| Global Innovation Index 2026 | 54e |
| Résultats de l’innovation | 46e |
| Ressources consacrées à l’innovation | 76e |
| Dessins et modèles industriels | 5e |
| Intensité des actifs immatériels | 8e |
| Croissance de la productivité du travail | 13e |
| Marques | 16e |
| Création d’applications mobiles | 16e |
| Diplômés en sciences et ingénierie | 23e |
| Fabrication de haute technologie | 28e |
Tableau 1 : Principaux indicateurs du Maroc dans le Global Innovation Index 2026. Source : OMPI.
Recherche et capital humain : le décalage qui pourrait freiner la progression
La lecture du classement révèle toutefois une autre réalité. Si le Maroc transforme relativement bien ses capacités industrielles en résultats, les fondations scientifiques de son système d’innovation restent moins solides. Le pilier « capital humain et recherche » positionne ainsi le Royaume au 85e rang mondial.
Le contraste est significatif. Les dépenses d’éducation représentent 6 % du PIB dans les données retenues par le GII, ce qui place le Maroc au 18e rang. La proportion de diplômés en sciences et ingénierie atteint 29,7 %, correspondant au 23e rang mondial. Le pays dispose donc d’un vivier important de profils scientifiques et techniques.
Mais plusieurs indicateurs montrent que cette base ne se transforme pas encore suffisamment en recherche et innovation. Le Maroc est 55e pour le nombre de chercheurs rapporté à la population et 86e pour le sous-pilier consacré à la recherche et développement. L’indicateur relatif aux principales universités classées par QS positionne le pays au 81e rang.
Le rapport met surtout en évidence la faiblesse des interactions entre recherche et entreprises. Le Maroc est 84e pour la collaboration en R&D entre universités et entreprises et 106e pour les copublications associant recherche publique et secteur privé. Le sous-pilier consacré aux liens d’innovation n’atteint que la 86e position.
Pour les politiques RH, cet écart constitue un enjeu central. Le développement de l’innovation dépend moins du seul nombre de diplômés que de la capacité à organiser leur circulation entre universités, laboratoires, centres d’ingénierie et entreprises. Stages de recherche, doctorats en entreprise, laboratoires communs, partenariats écoles-entreprises ou dispositifs de transfert technologique peuvent contribuer à densifier ces connexions.
Le profil des compétences recherchées est également appelé à évoluer. Une industrie plus sophistiquée nécessite des ingénieurs et des techniciens, mais également des profils capables de travailler sur la donnée, l’automatisation, le logiciel industriel, la conception produit, les procédés, la propriété intellectuelle ou encore la gestion de projets de R&D.
Le prochain défi : transformer la puissance industrielle en capacité scientifique
La sophistication des entreprises reste classée au 97e rang mondial. La part du talent de recherche employé dans les entreprises atteint seulement 7 % selon l’indicateur utilisé par le GII, correspondant à la 70e position.
Cette différence entre sophistication de la production et profondeur de la recherche pose une question stratégique. Le Maroc peut-il continuer de progresser essentiellement grâce à son intégration dans les chaînes de valeur internationales, ou devra-t-il désormais produire davantage de technologies et de connaissances sur son territoire ?
Le rapport montre que le deuxième scénario devient progressivement incontournable. L’OMPI constate que les économies à revenu intermédiaire réussissent plus facilement leur convergence avec les pays développés dans la production, les exportations, la propriété intellectuelle ou certains segments du financement. Le rattrapage devient beaucoup plus difficile lorsqu’il concerne la recherche, la qualité universitaire, la R&D privée et les liens entre science et industrie.
Le financement constitue une autre limite. Le Maroc occupe la 82e place pour la sophistication des marchés et la 67e pour l’investissement. Il est 68e sur l’indicateur mesurant les opérations de capital-risque reçues et 74e pour les opérations de capital-risque de stade avancé.
L’enjeu ne consiste donc plus uniquement à multiplier les jeunes entreprises innovantes. Il s’agit aussi de leur permettre de changer d’échelle, de financer leur R&D, de recruter des compétences rares et de devenir des entreprises technologiques capables de se développer sur plusieurs marchés.
Pour les grandes entreprises, la question est comparable. L’installation de capacités industrielles de plus en plus complexes constitue une première étape. La suivante consiste à localiser davantage de fonctions de conception, d’ingénierie, de développement produit et de recherche. La capacité à attirer et à fidéliser les compétences nécessaires deviendra alors un élément décisif de compétitivité.
Le Maroc dispose d’une base solide pour engager cette évolution. Sa 54e place mondiale ne reflète pas seulement un environnement institutionnel ou des investissements. Elle repose déjà sur des résultats industriels, des actifs immatériels et une capacité à convertir efficacement les ressources disponibles.
L’entrée durable dans le Top 50, puis la poursuite de la progression, demanderont toutefois une transformation plus profonde. Après avoir développé des capacités de production compétitives, le Royaume devra renforcer sa capacité à produire de la connaissance, à financer la recherche dans les entreprises et à rapprocher durablement universités, chercheurs et industriels. Pour les directions des ressources humaines, cette évolution place les compétences scientifiques, technologiques et d’ingénierie parmi les ressources les plus déterminantes de la prochaine étape de compétitivité marocaine.
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