L’enseignement en temps aménagé prend une place plus visible dans l’offre des universités publiques pour l’année 2026-2027. Plusieurs établissements proposent des licences et des masters organisés en soirée, durant le week-end ou sous une forme hybride. Ces parcours s’adressent principalement aux actifs qui ne peuvent pas suivre les horaires habituels de la formation initiale.
La loi 59.24 relative à l’enseignement supérieur, publiée au Bulletin officiel en 2026, inscrit cette évolution dans une réorganisation plus large du système universitaire. Elle ouvre la possibilité de mieux structurer la formation continue et de diversifier les modalités d’apprentissage. Les conditions précises d’accès, d’accréditation et de délivrance des diplômes restent toutefois liées aux textes applicables et aux programmes autorisés pour chaque établissement.
Le directeur de l’École normale supérieure de Fès, Ali Ahaitouf, précise que l’enseignement en temps aménagé ne doit pas être considéré comme une formation de niveau inférieur. Il correspond à une organisation différente du temps d’apprentissage, conçue pour tenir compte des obligations professionnelles des participants. Les contenus, les évaluations et les exigences scientifiques doivent rester conformes au niveau académique du cursus concerné.
Cette distinction est importante pour les salariés comme pour les employeurs. Un parcours proposé en dehors des horaires habituels ne garantit pas, à lui seul, la délivrance d’un diplôme national. Avant toute inscription ou prise en charge financière, la nature exacte de la formation, son accréditation, le diplôme délivré et sa reconnaissance doivent être vérifiés auprès de l’établissement concerné.
Les droits d’inscription constituent un autre point d’attention. Ali Ahaitouf les présente comme une contribution aux dépenses supplémentaires nécessaires à l’organisation de ces formations, et non comme un paiement donnant automatiquement accès à un diplôme. La mobilisation des enseignants et des équipes administratives, l’ouverture des locaux, l’utilisation des laboratoires, les plateformes pédagogiques, les ressources documentaires et l’organisation des examens génèrent des coûts particuliers.
Pour les directions des ressources humaines, le développement du temps aménagé élargit les solutions disponibles en matière de formation continue. Une entreprise peut s’appuyer sur ces parcours pour préparer une mobilité interne, renforcer une expertise difficile à recruter, accompagner une reconversion ou constituer un vivier de futurs responsables. Le dispositif peut également soutenir la fidélisation des collaborateurs en leur donnant accès à une progression académique compatible avec leur emploi.
Cette possibilité nécessite cependant un cadrage précis. La DRH doit commencer par relier la formation à un besoin professionnel identifiable. Elle doit ensuite examiner le programme, sa durée, son calendrier, son coût et la charge de travail qu’il représente. Une formation pertinente doit produire des compétences mobilisables dans l’organisation et déboucher sur des perspectives professionnelles clairement définies.
Les modalités d’accompagnement doivent également être formalisées. L’entreprise peut financer tout ou partie des droits d’inscription, autoriser certaines absences ou aménager ponctuellement les horaires. Elle doit préciser les engagements du collaborateur, les conditions de suivi du parcours et, le cas échéant, les règles applicables en cas d’abandon. Le manager doit être associé à cette organisation afin d’anticiper les examens et de préserver la continuité de l’activité.
Le cumul entre emploi et études peut en effet accroître la fatigue et affecter temporairement la disponibilité du collaborateur. Sans coordination, une démarche conçue pour développer les compétences risque de devenir une charge supplémentaire. Un calendrier partagé, des objectifs réalistes et des points de suivi permettent de limiter ce risque et de faciliter l’application des acquis dans le travail.
L’enseignement en temps aménagé ne remplace donc pas le plan de développement des compétences de l’entreprise. Il l’enrichit par des parcours universitaires susceptibles d’accompagner des évolutions professionnelles plus longues. Pour les DRH, sa valeur dépendra de trois conditions : choisir une formation reconnue, organiser concrètement sa compatibilité avec le travail et traduire la qualification obtenue en mobilité ou en responsabilités réelles.




