L’écart avec le reste de l’Europe place la France parmi les pays les plus touchés par le chômage des jeunes. Son taux dépasse de 5,6 points la moyenne européenne, de 12,1 points celui des Pays-Bas et de 13,5 points celui de l’Allemagne. Il demeure inférieur au niveau espagnol, établi à 22,9 %, mais dépasse ceux de la Grèce et de l’Italie.
| Pays ou zone | Taux de chômage des 15-24 ans actifs |
|---|---|
| Allemagne | 7,2 % |
| Pays-Bas | 8,6 % |
| Union européenne | 15,1 % |
| Grèce | 16,8 % |
| Italie | 18,9 % |
| France | 20,7 % |
| Espagne | 22,9 % |
L’indicateur doit toutefois être interprété avec précision. Il mesure la part des jeunes sans emploi parmi ceux qui travaillent ou recherchent activement un poste. Les actifs représentent un peu plus de 40 % des 15-24 ans, la majorité de cette classe d’âge poursuivant encore des études. Le taux de 20,7 % ne signifie donc pas qu’un jeune sur cinq est au chômage dans l’ensemble de la population, mais il confirme la fragilité de l’accès au premier emploi.
La conjoncture pourrait prolonger cette situation. « Cela ne va pas s’arranger dans les prochains mois, car les juniors sont les premiers touchés par le ralentissement économique actuel », prévient Yannick L’Horty, professeur d’économie à l’université Gustave-Eiffel. Lorsque les recrutements ralentissent, les candidats sans expérience figurent généralement parmi les premiers affectés par le report des embauches.
Le chômage ne résume pas l’ampleur du décrochage. Près de 900 000 jeunes âgés de 15 à 24 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, soit 11 % de cette tranche d’âge. Ce niveau place la France au quatrième rang des pays européens les plus concernés. « Si l’on ne fait rien, on va se retrouver avec des cohortes de jeunes exclus durablement du marché du travail », alerte Olivier Redoules, économiste à Rexecode.
La difficulté d’insertion se double d’une précarité sociale croissante. Parmi les 18-29 ans, 18,6 % vivent sous le seuil de pauvreté, contre 15,4 % de l’ensemble de la population et 9,9 % des plus de 75 ans. Le logement constitue un obstacle supplémentaire : 433 000 jeunes adultes vivent chez un proche faute de pouvoir financer leur propre habitation.
Cette contrainte pèse directement sur la mobilité professionnelle. Trois jeunes sur dix déclarent avoir déjà renoncé à un emploi en raison d’un problème de logement. Le coût des loyers, les garanties demandées et les dépenses d’installation peuvent rendre une offre inaccessible, en particulier lorsqu’elle implique un changement de région et propose une rémunération d’entrée de carrière.
Le décalage entre les formations et les besoins économiques alimente simultanément les difficultés de recrutement. L’accès aux informations sur les métiers, les débouchés et les filières porteuses demeure insuffisant dans une partie des collèges et des lycées. Dans l’industrie, près de 141 000 postes pourraient ainsi rester non pourvus d’ici à 2030, malgré le nombre élevé de jeunes éloignés de l’emploi.
L’intelligence artificielle pourrait encore modifier les conditions d’entrée sur le marché du travail. Les tâches administratives, documentaires ou analytiques de premier niveau, souvent confiées aux débutants, figurent parmi les activités les plus exposées à l’automatisation. Cette évolution risque de réduire certains postes d’accès tout en augmentant les exigences techniques, numériques et relationnelles appliquées aux candidatures juniors.
Le président du Medef, Patrick Martin, appelle dans ce contexte à placer la jeunesse au premier rang des priorités économiques. Les entreprises sont incitées à élargir l’apprentissage, les stages de fin d’études et les parcours de prérecrutement, tandis que le système éducatif reste attendu sur l’orientation vers les métiers en tension. Les prochains mois permettront d’observer si ces appels se traduisent par une progression effective des embauches de débutants.




