L’activité du dispositif rattaché au ministère français de l’Économie accélère. Au 1er septembre 2026, le nombre de dossiers traités avait déjà franchi le niveau des 2 101 demandes recensées en 2025. Si cette dynamique se prolonge, l’exercice pourrait se rapprocher du record de 2021, lorsque 3 538 saisines avaient été enregistrées pendant la crise sanitaire.
La progression actuelle prolonge une hausse amorcée l’année précédente. En 2025, les demandes de médiation avaient augmenté de 10,5 %, atteignant leur niveau le plus élevé hors période de crise sanitaire. Environ 70 % des procédures engagées avaient débouché sur un accord. Cette capacité à résoudre les différends sans contentieux contribue à préserver les relations commerciales et à limiter les coûts associés à une rupture de contrat.
Gratuit et confidentiel, le dispositif intervient dans les litiges opposant des entreprises entre elles ou à un acteur public. Les désaccords peuvent porter sur des factures impayées, des pénalités contestées, une modification unilatérale du contrat, une rupture brutale de la relation commerciale, une prestation non conforme ou une atteinte à la propriété intellectuelle. La médiation dure généralement entre un et trois mois et ne prive pas les parties de leur droit de saisir la justice.
Les conditions de paiement demeurent le principal motif de recours. Elles représentaient 27 % des différends en 2025. Un retard d’encaissement prolongé peut réduire la capacité d’une entreprise à financer son fonds de roulement, honorer ses échéances ou maintenir ses investissements. Les premières décisions concernent souvent le gel d’un recrutement, le report d’une formation, la limitation de l’intérim ou la révision des budgets consacrés aux projets internes.
Les petites structures sont particulièrement exposées. En 2025, 80 % des demandes provenaient d’entreprises employant moins de 25 collaborateurs. La part des entreprises sans salarié avait également progressé, passant de 29,1 % à 37,4 % des saisines en un an. Ces organisations disposent généralement de réserves financières plus limitées et dépendent davantage du règlement régulier de quelques clients importants.
La crise énergétique ajoute désormais une nouvelle source de désaccords. La hausse des coûts du carburant et de l’énergie affecte les transporteurs, les industriels et les prestataires engagés dans des contrats conclus avant l’augmentation des prix. Les discussions portent alors sur la révision tarifaire, le partage des surcoûts, les délais d’exécution ou les conditions de poursuite de la prestation.
Ces tensions contractuelles ont des répercussions humaines concrètes. Une trésorerie fragilisée accroît la pression sur les équipes administratives, financières et commerciales, mobilisées pour recouvrer les créances et renégocier les engagements. L’incertitude peut également peser sur les managers, désorganiser les plannings et augmenter la charge de travail lorsque les projets doivent être réalisés avec des moyens réduits.
L’intelligence artificielle ouvre parallèlement un nouveau champ de médiation. Les différends émergents concernent notamment la propriété des contenus ou des codes générés, l’utilisation de données confidentielles, la conformité des livrables et la responsabilité en cas d’erreur automatisée. Des contrats imprécis sur les usages autorisés, les droits d’exploitation ou les mécanismes de contrôle humain peuvent rapidement opposer clients, fournisseurs et prestataires technologiques.
Cette évolution impose de renforcer les compétences en négociation, gestion contractuelle, protection des données et pilotage des outils numériques. Les collaborateurs chargés d’acheter, de concevoir ou d’utiliser des solutions d’IA doivent connaître les responsabilités associées à ces technologies. Les managers ont également intérêt à détecter les désaccords avant qu’ils ne provoquent une rupture commerciale ou une dégradation durable de l’organisation du travail.
La hausse des saisines traduit ainsi une meilleure visibilité du Médiateur, mais aussi l’accumulation des tensions dans les chaînes de valeur. Son activité en 2026 permettra de mesurer si la médiation conserve son efficacité face à des différends devenus plus nombreux, plus techniques et plus étroitement liés à la stabilité des entreprises et de leurs emplois.




