Le pari de LionsGeek repose sur une idée simple : un parcours scolaire incomplet ne dit pas tout des capacités d’un jeune. L’école ne demande donc aucun prérequis académique à l’entrée. Elle recherche plutôt des candidats prêts à s’engager dans une formation intensive et à construire leur avenir dans le développement web, la communication digitale ou la production de contenus.
Ce positionnement concerne notamment les jeunes NEET, qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Souvent éloignés des circuits traditionnels de recrutement, ils doivent acquérir des compétences, mais aussi apprendre à les rendre visibles. Chez LionsGeek, cette démonstration passe par des projets, des présentations devant jury, des hackathons et des missions réalisées pour des clients.
L’école s’appuie sur deux parcours : la Coding School, consacrée au développement web full-stack, et la Media School, qui forme des community managers, des créateurs de contenu, des assistants en communication digitale et des vidéastes. Sa proximité avec 2M lui permet également de mobiliser des professionnels des médias dans ses formations et de proposer des stages à certains lauréats.
Dans cet entretien accordé à DRH, Mahdi Bouziane revient sur les premiers résultats de LionsGeek, les ressorts de son modèle pédagogique et les débouchés accessibles aux jeunes formés. Il détaille aussi la manière dont l’école adapte ses programmes à des métiers déjà transformés par l’intelligence artificielle.
LionsGeek lance sa quatrième promotion. Quel bilan pouvez-vous dresser depuis le démarrage de l’école ?
Mahdi Bouziane : Depuis mars 2023, nous avons formé 350 jeunes dans nos différents parcours. Les femmes représentent 47 % de nos apprenants, un niveau proche de la parité auquel nous tenons particulièrement. Les métiers du numérique et des médias doivent être accessibles aux jeunes femmes autant qu’aux jeunes hommes.
Nous suivons également les parcours après la formation. Parmi les cohortes pour lesquelles nous disposons aujourd’hui d’un recul suffisant, environ 80 % des jeunes enregistrent une sortie positive. Certains ont décroché un emploi salarié, d’autres travaillent comme freelances ou auto-entrepreneurs, tandis qu’une partie a choisi de poursuivre ses études dans le domaine.
La création d’entreprise au sens classique reste minoritaire. Dans le numérique et la création de contenu, l’entrée dans la vie active passe plus souvent par le freelance ou l’auto-entrepreneuriat. Un développeur, un vidéaste ou un community manager peut commencer avec quelques missions, développer ses références puis stabiliser progressivement son activité.
Nous ne mettons pas toutes ces situations sur le même plan, mais elles témoignent d’une mise en mouvement. Pour des jeunes auparavant sans emploi ni formation, accéder à une première mission, reprendre des études ou rejoindre une entreprise constitue déjà une étape décisive.
Vos apprenants ont des parcours et des niveaux très différents. Comment faites-vous de cette diversité une force plutôt qu’un frein ?
Mahdi Bouziane : Cette hétérogénéité est directement liée à notre modèle. Nous ne demandons aucun prérequis académique et nous nous adressons particulièrement aux jeunes NEET. Certains candidats possèdent déjà quelques bases techniques, alors que d’autres découvrent complètement le domaine choisi.
Nous ne sélectionnons donc pas un niveau scolaire, mais une disposition à apprendre. La motivation, l’assiduité et la capacité à s’engager dans un rythme intensif sont évaluées dès le départ. Nos classes peuvent être très différentes sur le plan académique, mais elles se rejoignent autour de cette volonté d’avancer. C’est ce qui permet au collectif de fonctionner.
La formation repose ensuite sur la pratique. Nos apprenants ne passent pas leur temps à accumuler des notions théoriques : ils doivent les appliquer. Ils avancent à travers des projets de difficulté croissante, rencontrent des problèmes, cherchent des solutions et améliorent leur travail à partir des retours reçus.
Cette méthode leur permet de sortir avec un portefeuille de réalisations. Lorsqu’un jeune possède encore peu d’expérience et aucun diplôme spécialisé, montrer un site, une application, une campagne digitale ou une vidéo qu’il a réellement produite change la qualité de l’échange avec un employeur.
Nous accordons la même importance aux soft skills. Les présentations devant jury, les challenges et les hackathons placent les jeunes dans des situations où ils doivent prendre la parole, travailler en équipe, défendre une idée et gérer la pression. La compétence technique compte, mais elle ne suffit pas pour comprendre un client, intégrer une équipe ou respecter un engagement.
CivikLab complète ce parcours en introduisant une véritable expérience professionnelle. Cette unité fournit des services principalement à des ONG, des coopératives et des TPE. Les apprenants et les stagiaires interviennent sur des commandes réelles, sous la supervision de leurs encadrants.
Ils découvrent alors qu’un projet ne se déroule pas toujours comme prévu. Une demande peut évoluer, un client peut réclamer des corrections et un délai doit être tenu. Cette confrontation au réel leur apporte une maturité professionnelle qu’un exercice entièrement fictif ne peut pas produire.
LionsGeek est installée à proximité de 2M. Quelle place la chaîne occupe-t-elle dans votre modèle ?
Mahdi Bouziane : Nous sommes installés dans un espace annexe à proximité de 2M, et non à l’intérieur même des locaux de la chaîne. Mais le plus important n’est pas la distance physique : c’est la relation institutionnelle et pédagogique que nous avons construite.
L’appui d’une chaîne publique, multicanale et très présente sur le digital renforce d’abord la crédibilité de l’école. Pour les jeunes et leurs familles, cette proximité rend les métiers enseignés plus concrets. Elle montre également que le programme reste connecté aux réalités professionnelles du secteur.
L’apport de 2M se retrouve directement dans la formation. Des professionnels de la chaîne assurent environ 30 % du temps pédagogique de la Media School. Ils transmettent leur expérience de la production audiovisuelle, des contenus numériques et des exigences propres à un média.
Les apprenants ne découvrent donc pas ces métiers uniquement à travers des cours. Ils échangent avec des personnes qui travaillent chaque jour sur des productions, des délais et des formats destinés à un véritable public.
2M accueille également des jeunes en stage après leur formation, au sein de différents départements. Cette immersion leur permet de tester leurs compétences, de comprendre le fonctionnement d’une organisation médiatique et de commencer à construire un réseau. Elle crée une passerelle naturelle entre l’école et le monde professionnel, même si elle ne signifie pas que chaque stage débouchera automatiquement sur un recrutement.
Comment maintenez-vous vos formations à jour face à l’évolution rapide des métiers et à l’arrivée de l’intelligence artificielle ?
Mahdi Bouziane : Nous réexaminons nos contenus à chaque promotion. Selon les besoins, nous pouvons actualiser un exercice, remplacer une étude de cas ou revoir un module entier. Notre carte de formation ne peut pas rester figée alors que les outils et les pratiques changent en permanence.
L’intelligence artificielle transforme déjà le développement, la recherche d’information, la production de textes, la création visuelle et le montage vidéo. L’enjeu n’est pas seulement d’apprendre aux jeunes à utiliser ces solutions. Ils doivent aussi savoir vérifier ce qu’elles produisent, repérer leurs limites et conserver leur capacité de jugement.
Notre credo est « learn how to learn ». Les outils maîtrisés aujourd’hui ne seront peut-être plus les plus utilisés dans quelques années. En revanche, la capacité à apprendre, à chercher une information fiable, à tester une technologie et à partager ses connaissances restera utile.
Nous voulons donc former des jeunes capables d’entrer sur le marché avec des compétences immédiatement mobilisables, mais aussi de continuer à progresser après leur sortie de LionsGeek. Dans le numérique, l’employabilité ne repose jamais sur un acquis définitif.
Quels profils peuvent aujourd’hui sortir de LionsGeek et à quelles entreprises s’adressent-ils ?
Mahdi Bouziane : La Coding School forme des développeurs web full-stack capables de participer à la conception de sites professionnels et d’applications web. Ces profils peuvent intégrer des agences digitales, des startups, des sociétés technologiques ou des entreprises engagées dans leur transformation numérique.
La Media School prépare des community managers, des créateurs de contenu, des assistants en communication digitale et des vidéastes. Les débouchés existent auprès des marques, des entreprises de commerce électronique, des agences de communication, des médias et des organisations d’impact social.
Les besoins ne viennent pas seulement des entreprises déjà très avancées dans le numérique. Une PME, une TPE, une association ou une coopérative peut aussi avoir besoin de développer un site, produire des vidéos, animer ses réseaux sociaux ou mieux présenter ses activités en ligne.
Nos lauréats restent des profils juniors. Nous ne cherchons pas à présenter quelques mois de formation comme l’équivalent de plusieurs années d’expérience. En revanche, ils arrivent avec des réalisations concrètes, des habitudes de travail et, pour certains, une première confrontation à de vrais clients grâce à CivikLab.
Ils savent qu’un projet implique des contraintes, des corrections et un travail collectif. Surtout, ils ont appris à continuer d’apprendre. Dans des métiers où les outils changent sans cesse, cette capacité peut compter autant que la maîtrise technique acquise au départ.
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