La CGT, la CFE-CGC, la CFDT et FO font front commun sur ce dossier. Leur revendication ne porte pas sur une augmentation salariale, mais sur la préservation d’un avantage intégré au statut de la branche. Pour les agents, le tarif préférentiel réduit les dépenses du ménage. Sa modification toucherait donc le pouvoir d’achat, indépendamment du salaire versé.
« Le tarif agent, c’est une partie de la rémunération des agents (…), ce n’est pas un cadeau », affirme Dominique Santoni, déléguée fédérale de la CFDT pour les industries électriques et gazières. Cette position explique le refus syndical de traiter le dispositif comme une réduction commerciale susceptible d’être révisée séparément des autres éléments de rémunération.
Le gouvernement invoque, lui, un problème de valorisation. Le ministère de l’Énergie indique devoir mettre en conformité l’évaluation de l’écart entre le prix payé par les bénéficiaires et la valeur réelle de l’énergie. Ce point distingue le dossier d’une suppression pure et simple : réévaluer fiscalement un avantage ne revient pas nécessairement à augmenter le tarif facturé.
L’effet pour les bénéficiaires pourrait toutefois être financier. Si la valeur retenue pour l’imposition augmentait, leur charge fiscale pourrait progresser sans changement du prix de l’électricité ou du gaz. Le conflit concerne ainsi deux dimensions du dispositif : l’économie réalisée sur la consommation et le traitement de cette économie dans les revenus déclarés des agents.
Le tarif bénéficie aux personnels des entreprises issues des opérateurs historiques EDF et GDF, notamment Engie, Enedis et GRDF, ainsi qu’à ceux de distributeurs locaux d’énergie. Il est également conservé par près de 160 000 retraités. La mobilisation dépasse donc le périmètre d’EDF et associe la défense des droits des salariés en activité à celle des anciens agents.
Accordé pour la première fois en 1947, cet avantage repose sur des prix réduits inchangés depuis 1951 pour l’électricité et depuis 1962 pour le gaz. Dans son rapport publié en juillet, la Cour des comptes indique que les bénéficiaires paient désormais moins de 2 % des tarifs moyens acquittés par les consommateurs. Les syndicats avancent une proportion proche de 10 %.
La Cour qualifie le coût du dispositif de « démesuré » : plus de 700 millions d’euros en 2024 à l’échelle du groupe EDF. Elle estime par ailleurs à environ 230 millions d’euros les moindres recettes publiques résultant de sa sous-évaluation fiscale. Le premier montant concerne l’entreprise ; le second, les finances publiques. Ils ne constituent pas une facture unique imputable au budget de l’État.
Fabrice Coudour, secrétaire général de la fédération énergie de la CGT, rattache cette défense à la politique salariale de la branche. Il souligne que la grille commence sous le salaire minimum, sans que cela établisse une rémunération effectivement versée inférieure au minimum légal. « Pour nous, c’est vraiment un totem », affirme le responsable syndical à propos du tarif agent.
La Cour avait déjà recommandé un meilleur encadrement en 2013, puis une suppression progressive en 2019. À la veille du mouvement, l’intersyndicale réclame non un ajustement, mais le retrait de la mesure envisagée. Dominique Santoni résume cette exigence : « On demande que la mesure qui est dans les tuyaux soit complètement abandonnée ». C’est sur cette demande commune que les quatre organisations appellent les agents à débrayer mardi.




