Le 26 janvier 2026, le Forum Emploi & Compétences, organisé par Industrie Magazine, a réuni à Casablanca des acteurs issus de l’entreprise, de l’enseignement supérieur et des institutions autour d’une même interrogation : comment mieux aligner les parcours de formation avec les besoins réels du marché du travail ? Cette deuxième édition, placée sous le thème « DRH, marque employeur. L’alliance stratégique pour accélérer l’employabilité et l’insertion des jeunes », a donné lieu à des échanges approfondis sur les limites des modèles actuels de formation et sur les conditions nécessaires pour renforcer durablement l’employabilité.
Le panel intitulé « Former pour l’emploi de demain : vers une meilleure adéquation formation–marché de l’emploi » a cristallisé ces débats. Il a réuni SELWA BENSAID, Directrice des Ressources Humaines de Segula Technologies, MAJDA BRABIJE, Directrice du Metelearning Hub, IITIDAL FETTAH, Directrice adjointe du Pôle Formation Continue & Consulting de l’ISCAE Casablanca, ABDERRAHMANE FARHATE, Directeur général de l’ESITH, ainsi que MOURAD BENHAMMACHT, Secrétaire général du Groupe Akdital.
Malgré la diversité de leurs parcours et de leurs secteurs d’activité, les intervenants ont convergé vers une même idée : l’enjeu n’est plus de former davantage, mais de former autrement.
Former à partir des réalités des entreprises
Les échanges ont d’abord mis en évidence un décalage persistant entre les dispositifs de formation et les réalités opérationnelles des entreprises. Du point de vue des organisations, exprimé notamment par SELWA BENSAID, les attentes portent moins sur des compétences théoriques que sur la capacité des collaborateurs à s’intégrer rapidement, à comprendre des environnements complexes et à contribuer efficacement à la performance collective. Cette exigence confronte les entreprises à des difficultés récurrentes de recrutement et d’intégration, malgré un niveau de formation initial parfois élevé.
Dans ce contexte, la formation ne peut plus être pensée indépendamment des situations de travail. L’intervention d’ABDERRAHMANE FARHATE a souligné la nécessité de rapprocher plus étroitement les écoles et les entreprises, en particulier dans les secteurs industriels où les métiers évoluent rapidement sous l’effet des innovations technologiques et des exigences de compétitivité. Pour les établissements de formation, l’enjeu consiste à adapter leurs parcours sans renoncer à leur mission académique, tout en intégrant les contraintes concrètes des organisations.
La co-construction comme changement de posture
C’est précisément sur ce point qu’est intervenue IITIDAL FETTAH, au nom de l’ISCAE Casablanca. Son intervention a insisté sur un changement de logique dans la conception des parcours de formation. Selon elle, le rapprochement entre formation et entreprise suppose de partir des situations réelles de travail, plutôt que de référentiels théoriques conçus en vase clos. La co-construction formation–entreprise ne relève pas d’une méthode pédagogique ponctuelle, mais d’une posture durable qui transforme la manière de concevoir, de déployer et d’évaluer les dispositifs de formation.
Cette approche implique d’associer l’entreprise dès l’amont : diagnostic partagé des besoins, définition d’objectifs opérationnels et identification d’indicateurs d’impact. Elle permet de développer des formats plus courts, modulaires et hybrides, capables d’évoluer au même rythme que les métiers et les organisations. La formation devient alors un outil stratégique, pensé non comme une fin en soi, mais comme un levier de transformation des pratiques professionnelles.
Compétences transversales et employabilité durable
Les débats ont également mis en lumière l’évolution de la nature des compétences attendues sur le marché du travail. Face à la transformation digitale et à l’essor de l’intelligence artificielle, l’accumulation de compétences techniques apparaît insuffisante pour garantir une employabilité durable. MAJDA BRABIJE a souligné l’importance croissante de la capacité d’apprentissage, de l’adaptabilité et de la maîtrise des environnements numériques, dans un contexte où les technologies redéfinissent en permanence les métiers.
IITIDAL FETTAH a complété cette analyse en insistant sur le rôle central des compétences transversales. Esprit critique, capacité d’analyse, prise de décision, communication, collaboration, leadership et éthique constituent désormais un socle indispensable pour permettre aux collaborateurs de rester pertinents dans des environnements en constante évolution. Ces compétences humaines, souvent reléguées au second plan, deviennent déterminantes pour sécuriser les parcours professionnels et accompagner les transformations organisationnelles.
Des retours d’expérience ancrés dans le réel
L’approche de la co-construction formation–entreprise ne se limite pas à un discours de principe. Plusieurs retours d’expérience présentés lors du panel ont illustré son impact concret. Des partenariats développés avec des entreprises et des institutions ont permis de concevoir des parcours sur mesure, directement alignés sur les enjeux opérationnels des organisations concernées. Les participants travaillent sur leurs propres situations professionnelles, ce qui favorise une appropriation immédiate des compétences développées.
Ces dispositifs montrent que la formation peut produire des effets mesurables lorsqu’elle est pensée comme un outil stratégique : évolution des pratiques managériales, amélioration de la performance collective, accompagnement des transformations internes et renforcement de l’employabilité des collaborateurs. L’évaluation ne se limite plus à la satisfaction des participants, mais s’intéresse à l’impact réel sur les organisations.
Regards croisés entre entreprises et institutions
La présence de MOURAD BENHAMMACHT a apporté un éclairage complémentaire sur les enjeux de compétences dans le secteur de la santé, confronté à des besoins croissants en profils qualifiés et à des exigences élevées en matière de qualité et de continuité des services. Là encore, la formation apparaît comme un levier central pour accompagner la croissance des organisations, à condition d’être pensée en lien étroit avec les réalités du terrain.
Ces regards croisés ont permis de dépasser une vision sectorielle pour mettre en évidence des enjeux transversaux : anticipation des métiers émergents, adaptation des compétences aux transformations technologiques, renforcement des partenariats entre universités et entreprises. Autant de thématiques qui traversent l’ensemble des secteurs représentés lors de ce panel.
L’ISCAE Casablanca dans un rôle de contributeur
À travers l’intervention de son Pôle Formation Continue & Consulting, l’ISCAE Casablanca s’est positionné comme un acteur engagé dans la réflexion sur l’adéquation formation–emploi, sans jamais se présenter comme organisateur de l’événement. Le forum, organisé par Industrie Magazine, a constitué un espace de dialogue et de confrontation des points de vue, dans lequel l’ISCAE a apporté une contribution fondée sur son expérience en matière de co-construction avec les entreprises.
Cette prise de parole s’inscrit dans une conception élargie de la mission des établissements de formation : accompagner les transformations économiques et sociales en développant des passerelles concrètes entre formation, emploi et performance des organisations. Elle souligne également la nécessité de repenser les relations entre écoles, entreprises et institutions autour d’une logique de partenariat durable.
Les échanges du Forum Emploi & Compétences ont ainsi confirmé que l’adéquation entre formation et marché du travail ne peut être atteinte sans une remise en question des modèles existants et sans une implication active des entreprises dans la conception des parcours. La co-construction apparaît, à ce titre, comme une réponse structurante aux défis posés par l’évolution rapide des métiers et des compétences.




