Miloudi MOKHAREK ne voit pas, dans la réduction annoncée des horaires des agents de sécurité privée, une réponse suffisante au malaise social qui traverse ce secteur. Interrogé par Hespress à l’occasion de la fête du travail, le secrétaire général de l’Union marocaine du travail a relativisé la portée de cette mesure présentée par le gouvernement lors de la dernière séquence du dialogue social. À ses yeux, le passage de 12 à 10 heures de travail ne règle pas la question centrale : celle d’un modèle de sous-traitance qui expose une partie des collaborateurs à des formes durables de précarité.
Le dirigeant syndical a surtout mis en garde contre un risque immédiat. Selon lui, certaines entreprises pourraient compenser la baisse des heures de travail par une réduction des salaires, vidant ainsi la mesure de son contenu social. « Ils vont leur baisser les salaires », a-t-il averti, en estimant que le problème ne peut être traité par un simple ajustement horaire. Pour l’UMT, la solution devrait passer par une réorganisation plus profonde du secteur, notamment à travers un système en trois équipes de huit heures, permettant de préserver la santé des agents, de limiter les amplitudes excessives et de créer davantage d’emplois.
Le dossier des agents de sécurité privée et des collaborateurs employés via des sociétés d’intermédiation occupe une place centrale dans les critiques formulées par Miloudi MOKHAREK. Le secrétaire général de l’UMT dénonce ce qu’il qualifie de « courtage de main-d’œuvre », en visant les structures qui interviennent dans la sécurité, le nettoyage ou certains services externalisés. Selon lui, le développement de ces pratiques a profondément fragilisé le marché du travail, en substituant à des emplois stables des contrats précaires, faiblement rémunérés et souvent éloignés des garanties prévues par le Code du travail.
Dans son entretien avec Hespress, Miloudi MOKHAREK s’interroge également sur le calendrier choisi par le gouvernement. Il relève que les agents de sécurité sont présents depuis plusieurs années dans les administrations, les établissements publics, les hôpitaux, les académies régionales et de nombreux services publics, sans que leur situation ne soit traitée avec la même urgence auparavant. Il se demande ainsi pourquoi ce dossier n’apparaît dans l’agenda gouvernemental qu’à quelques mois de la fin du mandat. Pour lui, cette temporalité affaiblit la crédibilité de l’annonce et renforce l’idée d’une réponse tardive à un problème déjà documenté sur le terrain.
Le constat dressé par le secrétaire général de l’UMT dépasse toutefois le seul cas des agents de sécurité. Il s’inscrit dans une critique plus large du dialogue social et de ses résultats. Miloudi MOKHAREK reconnaît que des engagements financiers ont été annoncés par le gouvernement, notamment en matière d’augmentations salariales et d’allégement de l’impôt sur le revenu. Mais il estime que ces mesures ont été absorbées par la hausse du coût de la vie. Le pouvoir d’achat reste, selon lui, le principal point de tension pour les collaborateurs du secteur privé comme pour ceux de la fonction publique.
Le responsable syndical insiste particulièrement sur la situation des bas salaires. Il rappelle que le salaire minimum ne suffit plus à couvrir les besoins essentiels d’un foyer, surtout après la hausse des prix des carburants, des produits de première nécessité et de nombreux services. Cette lecture l’amène à contester la présentation gouvernementale d’un bilan social positif. Pour l’UMT, les revalorisations obtenues ne relèvent pas d’une faveur de l’exécutif, mais du rapport de force imposé par les centrales syndicales au fil des négociations.
L’entretien accordé à Hespress aborde aussi le dossier du droit de grève. Miloudi MOKHAREK affirme que son organisation « n’applique pas » la nouvelle loi encadrant l’exercice de ce droit, qu’il qualifie de texte restrictif. Le secrétaire général de l’UMT considère que cette loi ne se limite pas à organiser une liberté constitutionnelle, mais qu’elle introduit des contraintes et sanctions susceptibles de dissuader les collaborateurs de recourir à la grève. Il demande la suspension de son application et l’ouverture de véritables négociations pour revoir les dispositions jugées problématiques.
Sur ce point, Miloudi MOKHAREK durcit nettement le ton à l’égard du gouvernement. Il estime que le texte sur la grève restera l’un des dossiers les plus conflictuels de la législature sociale actuelle. Selon lui, les mouvements de grève au Maroc ne naissent pas d’une volonté de blocage, mais le plus souvent de situations où les droits sociaux ne sont pas respectés : salaires impayés, non-déclaration à la CNSS, licenciements abusifs, entraves à l’organisation syndicale ou refus d’appliquer les dispositions légales existantes.
Le secrétaire général de l’UMT s’en prend également aux « syndicats partisans », qu’il accuse de fragiliser l’action syndicale. À ses yeux, l’existence de centrales liées à des partis politiques crée une confusion entre discipline partisane et défense des collaborateurs. Cette dépendance serait, selon lui, particulièrement problématique lorsque des syndicats affiliés à des partis représentés dans la majorité gouvernementale se retrouvent amenés à soutenir ou à accompagner des textes défavorables aux droits sociaux.
Miloudi MOKHAREK affirme ainsi que l’indépendance syndicale reste un principe fondateur de l’UMT. Il indique que son organisation a décidé de ne pas inviter les partis politiques à ses tribunes du 1er mai, afin d’éviter toute récupération en année électorale. Ce choix traduit une volonté de marquer une distance avec les formations politiques, qu’elles appartiennent à la majorité ou à l’opposition, et de préserver l’autonomie du discours syndical.
À travers cet entretien à Hespress, l’UMT cherche à imposer une lecture plus conflictuelle du bilan social du gouvernement. La réduction des horaires des agents de sécurité privée, la loi sur la grève, la situation des bas salaires, la sous-traitance et l’indépendance syndicale forment les principaux points de tension. Derrière ces dossiers, Miloudi MOKHAREK défend une même ligne : le dialogue social ne peut être réduit à des annonces budgétaires ou réglementaires. Il doit produire des effets mesurables sur les conditions de travail, les revenus, la protection sociale et la dignité professionnelle des collaborateurs les plus exposés.




