Chaque épisode climatique extrême rappelle aux employeurs marocains que l’obligation de sécurité, inscrite à l’article 24 du Code du Travail, n’est pas négociable. L’évolution réglementaire, portée notamment par le projet de loi 55-17 sur la santé et la sécurité au travail, renforce encore la responsabilité de l’entreprise. Ignorer les risques, ou sous-estimer la puissance de l’eau, expose non seulement à des drames humains, mais à de lourdes sanctions civiles et pénales. Le DRH et le responsable HSE deviennent alors les garants de la protection des vies et de la conformité, en première ligne face à la montée des eaux.
Anticiper l’imprévisible : le plan d’évacuation spécifique à l’inondation
La confusion entre plans d’évacuation incendie et plans d’évacuation inondation demeure une erreur courante, pourtant lourde de conséquences. Un plan « incendie » ordonne une sortie vers un point de rassemblement, souvent situé en extérieur, là où une crue peut transformer ce même espace en piège mortel. Dès la première alerte, l’accès aux sous-sols (parkings, vestiaires, archives) doit être interdit : ces zones concentrent le risque d’isolement et de noyade. Le DRH doit prévoir, documenter et afficher des parcours de mise en sécurité menant vers des refuges en hauteur, facilement accessibles par tous. La consigne est claire : en cas d’inondation, on reste à l’intérieur, à l’étage, tant qu’aucune évacuation ordonnée n’a été donnée par les autorités compétentes.
Le risque électrique : l’ennemi invisible
L’eau n’est jamais seule en cause : elle rend létales toutes les installations électriques situées en partie basse des bâtiments. L’électrocution survient souvent avant la noyade. Une procédure stricte de consignation doit être connue de tous les intervenants : qui est habilité à couper l’alimentation ? Où sont stockés les équipements de protection isolants ? Savoir qui détient la clé du tableau électrique général, et former le personnel à intervenir rapidement sans danger, relève de la responsabilité directe du DRH et du responsable HSE. Cette procédure doit être testée, validée et régulièrement rappelée à l’ensemble des équipes, de jour comme de nuit.
Le droit de retrait : une zone grise à anticiper
Le Code du Travail marocain ne consacre pas explicitement le droit de retrait. Toutefois, le projet de loi 55-17 le prévoit, et la jurisprudence tend déjà à protéger les collaborateurs qui refusent de s’exposer à un danger grave et imminent. Dans les faits, il appartient au DRH d’adresser une consigne ferme à tous les managers : aucun collaborateur ne doit être contraint à intervenir ou à circuler dans une zone inondée, même pour des raisons de production. En cas d’accident consécutif à une injonction, la responsabilité pénale pour faute inexcusable de l’employeur est engagée. La ligne à transmettre : la sécurité prime sur la productivité, et la direction soutient tout arrêt d’activité en cas de doute.
Les équipements de protection individuelle : un impératif d’adaptation
Affronter une montée des eaux nécessite des équipements spécifiques, distincts de l’équipement standard de sécurité. Les équipes de maintenance ou d’intervention doivent disposer de bottes ou waders étanches, de gants adaptés, de gilets de sauvetage si le niveau d’eau l’exige, et de lampes frontales étanches pour pallier les coupures de courant. Au-delà de la simple acquisition, l’employeur doit veiller à la localisation précise, à l’accessibilité et à la disponibilité de ces équipements : le stockage en armoire d’urgence facilement repérable, y compris en l’absence du magasinier. La maintenance régulière et la formation à l’utilisation sont également à documenter.
La traçabilité : le meilleur bouclier juridique
En cas de sinistre, la question de la responsabilité sera systématiquement posée. Le juge attend des preuves concrètes : – Mise à jour du Document Unique d’Évaluation des Risques (DUERP) intégrant spécifiquement le risque inondation ; – Justificatifs des sessions de sensibilisation et de formation aux consignes de sécurité (listes d’émargement signées, supports utilisés) ; – Traçabilité des alertes envoyées (copies des messages, SMS ou emails ordonnant la non-venue ou la mise à l’abri des collaborateurs). La rigueur documentaire, bien plus qu’une simple formalité administrative, constitue la seule véritable défense de l’employeur en cas de procédure.
Manager le risque, protéger les vies, sécuriser l’entreprise
L’anticipation, la vigilance et la pédagogie structurent la stratégie RH face aux risques hydriques. Il s’agit d’intégrer la prévention au cœur de la culture d’entreprise, de responsabiliser chaque manager et d’impliquer tous les collaborateurs dans la chaîne de sécurité. L’exemplarité du DRH, sa capacité à arbitrer rapidement en faveur de la prudence et à documenter chaque action, déterminent la résilience de l’organisation. Dans un environnement où la force des éléments impose l’humilité, seule la rigueur collective permet de transformer la contrainte réglementaire en réflexe protecteur.
La sécurité au travail n’admet ni approximation ni négligence. Face à la montée des eaux, chaque décision compte, engage la responsabilité de l’employeur et conditionne la vie de chacun. Assurer la traçabilité des actions, anticiper les plans de sauvegarde et privilégier la prudence ne sont pas des choix, mais des obligations, dont le respect protège à la fois les collaborateurs, l’entreprise et sa direction.




