La 114e Conférence internationale du Travail s’est achevée sur plusieurs décisions susceptibles d’influencer durablement les politiques sociales. Avec plus de 5 400 délégués réunis à Genève, cette session a confirmé que le multilatéralisme pouvait encore aboutir à des compromis sur des sujets particulièrement sensibles.
La principale avancée concerne le travail exercé par l’intermédiaire des plateformes numériques. L’adoption d’une convention internationale consacrée au travail décent dans ce secteur marque une évolution importante. Pour la première fois, un cadre commun établit des principes en matière de transparence algorithmique, de protection sociale, de droit à la déconnexion et de représentation collective.
Les chauffeurs, livreurs, prestataires indépendants et autres actifs dépendant d’une application restent souvent absents des statistiques traditionnelles de l’emploi. Leur statut juridique varie fortement selon les pays, tandis que leur autonomie réelle peut être limitée par les algorithmes qui déterminent leurs missions, leurs revenus ou leur évaluation. La convention reconnaît ainsi la nécessité d’une protection adaptée à ces nouvelles formes d’activité.
Son influence pourrait dépasser les États qui la ratifieront. Les principes retenus à Genève sont susceptibles d’alimenter les réformes nationales, notamment au sein de l’Union européenne, au Maroc, en Inde ou au Brésil. Leur efficacité dépendra toutefois de leur traduction dans les législations et des mécanismes de contrôle mis en place.
L’égalité entre les femmes et les hommes constituait le deuxième dossier majeur. Les femmes représentaient 37,4 % des délégués, mais les écarts régionaux restent importants. Leur proportion atteignait 48,4 % dans les délégations européennes, contre 30 % pour l’Afrique. La représentation féminine marocaine, comprise entre 30 et 46 % selon les catégories, se situait au-dessus de celle observée dans plusieurs pays en développement.
Cette présence demeure cependant insuffisante dans les fonctions décisionnelles. Les femmes ne représentaient que 25 % des ministres et 24,2 % des intervenants en séance plénière. L’agenda adopté insiste donc sur l’égalité salariale, la prévention de la violence et du harcèlement ainsi que l’intégration du genre dans les politiques encadrant l’intelligence artificielle.
La conférence a également démontré la pertinence du tripartisme. Le dialogue entre gouvernements, employeurs et représentants des travailleurs a permis de construire des compromis malgré des intérêts divergents. Ce modèle conserve une fonction essentielle face à l’automatisation, au changement climatique et à la fragmentation des chaînes de valeur.
La portée réelle des décisions prises à Genève dépendra désormais de leur ratification et de leur application. Plusieurs pays, notamment en Afrique et en Asie, disposent encore de capacités administratives et judiciaires limitées. L’assistance technique et le suivi international seront donc déterminants. La conférence rappelle finalement que la transformation du travail ne peut être laissée aux seules forces technologiques et économiques : elle exige des règles, des institutions et un dialogue social capable de protéger les droits sans freiner l’innovation.




