La fonction Ressources Humaines connaît une mutation profonde au Maroc. L’intelligence artificielle modifie les pratiques, les métiers évoluent rapidement, les entreprises font face à des tensions accrues sur les compétences et les collaborateurs expriment de nouvelles attentes en matière de management, de reconnaissance et de développement professionnel.
Ces transformations placent les DRH au centre des stratégies de compétitivité, d’attractivité et de conduite du changement. Elles imposent également aux associations professionnelles de faire évoluer leur rôle, en dépassant le simple partage de pratiques pour contribuer davantage à la réflexion sur l’avenir du travail et du capital humain.
C’est dans ce contexte qu’Amine Laaouidi a été élu à la présidence de l’AGEF Nationale pour le mandat 2026-2029. DRH du Groupe Richbond, il entend prolonger l’héritage d’une association créée il y a plus de cinquante ans, tout en renforçant son influence, sa présence régionale et sa capacité à fédérer entreprises, universités, institutions publiques, partenaires sociaux et professionnels RH.
Dans cet entretien accordé à DRH.ma, Amine Laaouidi présente les principaux axes de son mandat, sa lecture des transformations du métier de DRH et sa vision du rôle que doit jouer l’AGEF Nationale dans le développement des compétences, l’accompagnement de l’intelligence artificielle et le rayonnement de l’expertise marocaine en matière de capital humain.
1. Vous venez d’être élu Président de l’AGEF Nationale pour le mandat 2026-2029. Quelle est votre vision pour l’association et quels seront les principaux chantiers de votre mandat ?
Amine LAAOUIDI : J’accueille cette élection avec beaucoup d’humilité, de reconnaissance et un profond sens des responsabilités. C’est avant tout un honneur de servir une institution qui, depuis plus de cinquante ans, accompagne l’évolution de la fonction Ressources Humaines au Maroc et rassemble des femmes et des hommes engagés autour d’une même conviction : le capital humain est le premier levier de développement des organisations.
Je tiens également à saluer le travail remarquable accompli par les Past-Présidents qui m’ont précédé ainsi que par les différents membres des précédents Bureaux Nationaux. Chacun, à sa manière, a contribué à bâtir l’AGEF Nationale d’aujourd’hui. Notre responsabilité est désormais de prolonger cet héritage tout en ouvrant une nouvelle étape de son développement.
Nous vivons un moment particulier. Le Maroc connaît une dynamique économique exceptionnelle, portée par des projets structurants, une industrialisation accélérée, une ouverture croissante sur l’Afrique et le monde, ainsi qu’une volonté affirmée de renforcer sa compétitivité. Dans le même temps, les entreprises font face à des transformations sans précédent : intelligence artificielle, évolution des métiers, nouvelles attentes des collaborateurs, transition écologique, raréfaction de certaines compétences et nouvelles formes d’organisation du travail.
Ces mutations nous rappellent une réalité essentielle : les défis de demain ne seront pas uniquement technologiques ou économiques ; ils seront avant tout humains. La capacité de notre pays à former, attirer, développer et fidéliser les talents constituera un avantage compétitif déterminant.
Dans ce contexte, je suis convaincu que l’AGEF doit franchir une nouvelle étape de son histoire. Sans renier son identité, elle doit progressivement évoluer d’une association professionnelle reconnue vers une véritable institution de référence sur les enjeux du Capital Humain. Notre vocation ne se limite plus à accompagner la profession RH ; elle est de contribuer activement à la réflexion nationale sur l’avenir du travail, des compétences et des organisations.
Cette ambition repose sur une conviction simple : aucun acteur ne peut, à lui seul, répondre aux défis du capital humain. Les entreprises, les universités, les établissements de formation, les pouvoirs publics, les partenaires sociaux, les experts et les associations professionnelles ont chacun une part de responsabilité. L’AGEF entend être un catalyseur de cette intelligence collective, un espace où les expériences se croisent, où les idées se confrontent et où les solutions se construisent ensemble.
Durant ce mandat, nous renforcerons cette dynamique autour de plusieurs priorités : développer davantage le partage des connaissances et des meilleures pratiques, accompagner la montée en compétences des professionnels RH face aux transformations du monde du travail, favoriser les échanges entre les différentes générations de managers et de DRH, encourager une plus grande proximité avec les réalités économiques des régions et renforcer le rayonnement de l’expertise marocaine au-delà de nos frontières.
Notre ambition est également de contribuer davantage au débat public sur les grands enjeux du capital humain. Les Ressources Humaines ne peuvent plus être considérées comme une simple fonction support ; elles participent directement à la compétitivité des entreprises, à l’employabilité des jeunes, à l’attractivité économique des territoires et, plus largement, au développement durable de notre pays.
Je souhaite enfin que ce mandat soit placé sous le signe de la confiance, de la proximité et de la co-construction. L’AGEF Nationale appartient à l’ensemble de ses adhérents. Sa richesse réside dans la diversité de leurs parcours, de leurs expériences et de leurs sensibilités. Notre rôle sera de créer les conditions permettant à cette intelligence collective de s’exprimer pleinement.
Au fond, notre ambition est simple : faire de l’AGEF Nationale un espace qui rassemble, qui inspire et qui contribue, avec humilité mais détermination, à préparer le capital humain dont le Maroc aura besoin pour réussir les grandes transformations des prochaines décennies.
2. Quel est, selon vous, le principal défi auquel sont aujourd’hui confrontés les DRH marocains et comment l’AGEF peut-elle les accompagner ?
Amine LAAOUIDI : Je pense que le métier de Directeur des Ressources Humaines connaît aujourd’hui l’une des transformations les plus profondes de son histoire. Le principal défi n’est plus simplement de recruter ou de fidéliser des talents. Il consiste à préparer les organisations à un avenir marqué par une accélération permanente des transformations. Les DRH doivent aujourd’hui accompagner simultanément les évolutions technologiques, les changements démographiques, les nouvelles aspirations des collaborateurs, l’évolution des compétences, les enjeux environnementaux et les impératifs de compétitivité. Peu de fonctions sont aujourd’hui confrontées à une telle diversité de défis.
Au Maroc, cette responsabilité prend une dimension particulière. Notre pays connaît une dynamique d’investissement, d’industrialisation et d’ouverture internationale qui crée de nouvelles opportunités mais également une forte pression sur les compétences. Dans plusieurs secteurs, la disponibilité des talents devient un enjeu stratégique. La question n’est donc plus uniquement de pourvoir des postes, mais de construire durablement les compétences qui permettront d’accompagner les ambitions économiques du Royaume.
Cette réalité appelle également une évolution du rôle du DRH. Celui-ci ne peut plus être uniquement un gestionnaire des ressources humaines ; il devient un architecte des organisations, un accompagnateur des transformations, un développeur des compétences et un partenaire des dirigeants dans la conduite du changement.
Face à ces enjeux, l’AGEF Nationale a un rôle essentiel à jouer. Notre responsabilité n’est pas de proposer des solutions toutes faites, mais de créer un environnement favorable à l’apprentissage collectif, au partage d’expériences et à l’anticipation des mutations. Nous souhaitons renforcer les espaces de dialogue entre professionnels, encourager la diffusion des meilleures pratiques et favoriser une réflexion prospective sur les métiers et les compétences de demain.
Je souhaite également que l’AGEF Nationale contribue davantage à rapprocher les différents acteurs de l’écosystème : entreprises, établissements de formation, universités, experts, institutions publiques et partenaires sociaux. Les défis du capital humain dépassent largement le périmètre des directions RH ; ils concernent l’ensemble de la société.
Enfin, je suis convaincu que les DRH ont aujourd’hui une responsabilité qui dépasse leur entreprise. Ils participent, chacun à son niveau, à la préparation de l’économie de demain. En développant les compétences, en favorisant l’inclusion, en accompagnant les transformations et en créant des environnements de travail porteurs de sens, ils contribuent directement à la compétitivité de notre pays. C’est cette vision que l’AGEF Nationale souhaite porter durant les prochaines années.
3. L’intelligence artificielle transforme rapidement les métiers des Ressources Humaines. Comment l’AGEF entend-elle accompagner cette transition ?
Amine LAAOUIDI : L’intelligence artificielle constitue sans doute l’une des plus grandes ruptures technologiques que le monde du travail ait connues depuis plusieurs décennies. Son impact est déjà visible dans les processus de recrutement, le développement des compétences, la gestion des talents, l’analyse des données sociales ou encore l’accompagnement des parcours professionnels. Mais réduire l’intelligence artificielle à une simple révolution technologique serait une erreur.
À mes yeux, l’IA pose avant tout une question profondément humaine. Plus les organisations automatiseront certaines tâches, plus la valeur des compétences spécifiquement humaines deviendra déterminante : la capacité à décider, à coopérer, à innover, à exercer un jugement éthique, à développer l’intelligence émotionnelle ou encore à accompagner le changement. L’avenir des Ressources Humaines ne sera donc pas moins humain ; il devra, au contraire, l’être davantage.
Le véritable enjeu n’est pas de savoir si les entreprises adopteront l’intelligence artificielle, mais comment elles le feront. Une adoption réussie suppose de trouver un équilibre entre performance technologique, respect de l’éthique, protection des données, transparence des décisions et confiance des collaborateurs. Les DRH auront un rôle déterminant pour construire cet équilibre.
L’AGEF Nationale entend accompagner cette transition avec pragmatisme et responsabilité. Notre ambition n’est pas de promouvoir une technologie pour elle-même, mais d’aider les professionnels RH à comprendre ses impacts, à partager leurs expériences et à développer les compétences nécessaires pour en faire un levier de création de valeur au service des organisations et des collaborateurs.
Nous encouragerons également une réflexion collective sur les nouvelles compétences qui seront indispensables dans les prochaines années. Au-delà des compétences numériques, nous devrons investir davantage dans le leadership, la créativité, la pensée critique, la capacité d’apprentissage continu et la coopération. Ce sont ces compétences qui permettront aux femmes et aux hommes de travailler efficacement aux côtés des technologies émergentes.
Plus largement, je considère que l’intelligence artificielle offre une formidable opportunité de redonner aux Ressources Humaines leur vocation première : consacrer davantage de temps à l’écoute, au développement des talents, à l’accompagnement des managers et à la transformation des organisations. Si elle est utilisée avec discernement, l’IA ne remplacera pas la dimension humaine des RH ; elle permettra au contraire de la renforcer.
L’AGEF Nationale souhaite contribuer à cette évolution en favorisant une approche éclairée, responsable et profondément humaniste de l’intelligence artificielle, fidèle à une conviction qui guidera notre mandat : la technologie n’a de sens que lorsqu’elle est mise au service du développement de l’Homme.
4. Les entreprises cherchent aujourd’hui à attirer et fidéliser les jeunes générations. Quels leviers leur recommandez-vous ?
Amine LAAOUIDI : Je pense que nous devons dépasser certaines idées reçues sur les jeunes générations. On entend souvent qu’elles seraient moins engagées, plus exigeantes ou plus volatiles. En réalité, je crois qu’elles expriment surtout une nouvelle manière d’envisager la relation au travail.
Les nouvelles générations ne recherchent pas uniquement un emploi ; elles recherchent un projet, un environnement dans lequel elles pourront apprendre, évoluer, contribuer et donner du sens à leur engagement. Elles souhaitent être reconnues pour ce qu’elles apportent, bénéficier d’un management fondé sur la confiance, disposer de perspectives d’évolution et évoluer dans des organisations dont les valeurs sont cohérentes avec leurs pratiques.
Cette évolution constitue une formidable opportunité pour les entreprises. Elle les invite à repenser leur culture managériale, leur expérience collaborateur et leur proposition de valeur en tant qu’employeur. L’attractivité ne se construit plus uniquement autour de la rémunération ou des avantages sociaux ; elle repose désormais sur la qualité du management, les possibilités d’apprentissage continu, la capacité d’innovation, la qualité de vie au travail, la reconnaissance et le sentiment d’utilité.
Mais cette réflexion ne concerne pas uniquement les jeunes. Elle nous interroge collectivement sur le contrat social qui unit désormais l’entreprise à l’ensemble de ses collaborateurs. Les attentes évoluent pour toutes les générations, même si elles s’expriment différemment. Les organisations qui réussiront seront celles qui sauront créer des environnements inclusifs, où chaque collaborateur, quel que soit son âge ou son parcours, pourra développer son potentiel et contribuer pleinement à la réussite collective.
Je suis également convaincu que nous devons renforcer les passerelles entre le monde de l’entreprise et celui de l’enseignement. Les établissements de formation, les universités, les entreprises et les associations professionnelles ont tout intérêt à construire ensemble une meilleure compréhension des compétences de demain et des aspirations des nouvelles générations. C’est dans cette logique de partenariat que nous préparerons plus efficacement les talents dont notre économie aura besoin.
L’AGEF Nationale entend accompagner cette réflexion en favorisant les échanges d’expériences, en valorisant les initiatives inspirantes et en encourageant un dialogue permanent entre les différents acteurs de l’écosystème du capital humain. Notre ambition est d’aider les entreprises à bâtir des organisations où la performance économique et l’épanouissement des personnes se renforcent mutuellement, car nous sommes convaincus que l’une ne peut durablement exister sans l’autre.
5. Comment souhaitez-vous renforcer le rayonnement et l’influence de l’AGEF Nationale durant ce mandat ?
Amine LAAOUIDI : Le rayonnement d’une institution ne se mesure pas uniquement à sa notoriété ou au nombre de ses adhérents. Il se mesure avant tout à sa capacité à être utile, à éclairer les décisions, à créer des passerelles entre les acteurs et à contribuer positivement aux grands débats qui façonnent l’avenir.
C’est dans cet esprit que nous envisageons le développement de l’AGEF Nationale au cours des prochaines années.
Notre ambition est de renforcer son rôle de plateforme de dialogue et de réflexion sur les grands enjeux du capital humain. Nous souhaitons favoriser davantage de rencontres entre dirigeants, professionnels RH, chercheurs, universitaires, institutions publiques, partenaires sociaux, entrepreneurs et jeunes talents. Les défis auxquels nous sommes confrontés sont devenus trop complexes pour être appréhendés de manière isolée. Ils appellent davantage de coopération, davantage de partage d’expériences et davantage d’intelligence collective.
Nous souhaitons également encourager la production de connaissances et le partage de bonnes pratiques afin que l’AGEF Nationale puisse contribuer, avec objectivité et crédibilité, aux réflexions sur l’évolution des métiers, des compétences, du management et des organisations. Une association professionnelle doit naturellement accompagner ses membres, mais elle peut aussi devenir une force de proposition au service de l’intérêt général.
Le rayonnement de l’AGEF Nationale passera également par une présence plus affirmée sur l’ensemble du territoire national. Le Maroc est riche de la diversité de ses régions, de ses tissus économiques et de ses talents. Il est essentiel que notre association soit à l’écoute de cette diversité et qu’elle favorise les échanges d’expériences entre les différents écosystèmes et ce, en étroite collaboration avec nos cinq sections régionales.
Nous poursuivrons enfin l’ouverture internationale de l’association. Les transformations du travail dépassent largement les frontières. Nous avons beaucoup à apprendre des expériences menées ailleurs, tout comme nous avons des réussites marocaines à partager. Le développement de coopérations avec des organisations professionnelles, des institutions académiques et des réseaux internationaux contribuera à enrichir notre réflexion et à promouvoir l’expertise marocaine en matière de gestion du capital humain.
Au fond, je souhaite que l’AGEF Nationale soit reconnue non seulement pour ce qu’elle organise, mais surtout pour ce qu’elle apporte au développement des entreprises, à la profession RH et, plus largement, au progrès économique et social de notre pays.
6. Quel message souhaitez-vous adresser à la communauté des professionnels des Ressources Humaines et de la Formation ?
Amine LAAOUIDI : Le monde du travail traverse une période de transformation exceptionnelle. Cette réalité peut parfois susciter des interrogations ou des incertitudes. Pour ma part, je la considère avant tout comme une formidable opportunité de réinventer notre manière de manager, de développer les compétences et de placer l’humain au cœur des stratégies de transformation.
J’aimerais adresser un message de confiance à l’ensemble des professionnels des Ressources Humaines. Leur rôle n’a jamais été aussi stratégique. Derrière chaque projet de transformation, chaque investissement, chaque innovation ou chaque ambition de croissance, il y a des femmes et des hommes qu’il faut accompagner, faire grandir, mobiliser et préparer aux défis de demain. C’est précisément cette responsabilité qui confère aujourd’hui à la fonction RH une place centrale dans la performance durable des organisations.
Je voudrais également inviter notre communauté à cultiver davantage le partage, l’ouverture et la coopération. Nous exerçons des métiers différents, dans des secteurs différents et au sein d’organisations de tailles diverses, mais nous sommes confrontés à des enjeux largement communs. Nous avons tout à gagner à partager nos expériences, à confronter nos points de vue et à apprendre les uns des autres. C’est ainsi que nous construirons une profession toujours plus forte et plus influente.
L’AGEF Nationale sera pleinement engagée dans cette dynamique. Je souhaite qu’elle demeure un espace où chacun puisse trouver de l’inspiration, développer ses compétences, enrichir sa réflexion et contribuer à des projets collectifs porteurs de sens. Une institution n’est forte que lorsqu’elle est portée par l’engagement de ses membres. Chacun peut y apporter son expertise, son expérience et sa vision.
Enfin, je suis profondément convaincu que le capital humain constitue l’une des plus grandes richesses du Maroc. Notre capacité à former les talents, à révéler les potentiels, à favoriser l’inclusion, à développer le leadership et à accompagner les transformations sera déterminante pour la compétitivité de nos entreprises et pour le développement de notre pays.
C’est pourquoi je forme un vœu simple pour les années à venir : que nous continuions à faire vivre une belle communauté RH unie, ouverte, exigeante et tournée vers l’avenir. Une communauté qui ne se contente pas d’accompagner les transformations, mais qui contribue à les inspirer.
Car au-delà des métiers, des technologies et des organisations, notre mission reste profondément humaine : permettre à chaque femme et à chaque homme de révéler son potentiel et de participer pleinement à la construction du Maroc de demain.
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