À 18 ans, la sortie d’un établissement de protection sociale peut faire basculer un jeune dans une zone de grande fragilité. C’est à cette rupture que le programme « Riaya » entend répondre. Présenté mercredi à Salé par le ministère de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, ce nouveau dispositif public cible les jeunes issus des structures de protection sociale arrivant à l’âge légal de sortie. Son ambition est claire : éviter que la majorité ne se traduise par une rupture brutale avec tout cadre d’accompagnement. Le programme doit concerner environ 780 jeunes répartis dans neuf régions du Royaume.
La cérémonie de lancement, présidée par la ministre Naïma BEN YAHIA, s’est tenue en présence de plusieurs responsables institutionnels, parmi lesquels Abdeljabbar RACHIDI, secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Jeunes, et Mohamed DARDOURI, wali de la région Rabat-Salé-Kénitra. Elle a aussi donné lieu à la signature de deux conventions-cadres. La première porte sur la coordination entre plusieurs départements ministériels. La seconde associe le ministère, l’Entraide nationale et des acteurs associatifs pour organiser la mise en œuvre territoriale du programme.
Le point central de « Riaya » réside dans l’idée d’un accompagnement prolongé et individualisé. Le dispositif prévoit l’élaboration d’un « projet de vie » pour chaque jeune concerné. Ce document doit permettre d’identifier les compétences acquises, les attentes, les contraintes et les perspectives d’insertion. À partir de ce diagnostic, plusieurs trajectoires sont envisagées : poursuite des études, orientation vers une formation professionnelle qualifiante ou insertion directe dans l’emploi. Des outils d’accompagnement, notamment des protocoles de suivi et des fiches d’évaluation, doivent être mis à la disposition des structures impliquées.
Le programme ne se limite pas à une logique d’orientation. Il intègre plusieurs dimensions souvent décisives dans les parcours de sortie. L’accompagnement social doit favoriser la réintégration familiale ou communautaire lorsque cette option est possible. Le volet psychologique prévoit un travail sur la résilience, l’estime de soi et la stabilité personnelle. Sur le plan professionnel, les jeunes pourront être dirigés vers des dispositifs existants, notamment dans la formation professionnelle ou les programmes publics d’appui à l’insertion. Le suivi annoncé s’étend sur une durée de 12 à 24 mois, signe que l’État cherche à sortir d’une logique d’intervention ponctuelle.
Deuxième axe fort du programme : l’anticipation. La convention conclue avec l’Entraide nationale et les associations régionales prévoit un accompagnement dès l’âge de 16 ans. L’objectif est de préparer la sortie au lieu de la subir. Cette approche est importante, car elle déplace l’action publique vers l’amont. Au lieu d’intervenir une fois la fragilité installée, « Riaya » tente d’organiser progressivement la transition vers l’autonomie. Dans les faits, cela revient à reconnaître que la majorité administrative ne suffit pas à produire une autonomie réelle, surtout pour des jeunes qui ont grandi hors du cadre familial classique.
Le lancement de « Riaya » s’inscrit dans un diagnostic plus large. Selon les éléments figurant dans le texte source, le Maroc compte une centaine d’établissements de protection sociale accueillant environ 3 000 enfants et jeunes. Or, la limite de prise en charge fixée à 18 ans laisse apparaître une zone grise particulièrement sensible. Des études internes citées dans le document évoquent un taux de précarité de 40 % un an après la sortie pour les anciens résidents. Cette donnée donne la mesure de l’enjeu : sans accompagnement structuré, la fin de la prise en charge institutionnelle peut se traduire par une entrée rapide dans la vulnérabilité économique et sociale.
Le gouvernement met en avant une réponse interministérielle. Le texte mentionne l’implication de plusieurs départements, dont l’Emploi et la Santé et Protection sociale, afin d’assurer une continuité dans l’accès aux services. Consultations médicales, inscription scolaire facilitée, stages en entreprise : la promesse est celle d’une chaîne de relais plutôt que d’un simple transfert administratif. Cette articulation sera un point décisif. Beaucoup de dispositifs publics échouent moins par manque d’intention que par défaut de coordination opérationnelle entre institutions, territoires et associations de terrain.
Naïma BEN YAHIA a présenté « Riaya » comme « un tremplin vers l’autonomie » et non comme une aide ponctuelle. Le message politique est net : il s’agit d’installer une logique d’investissement social plus qu’une réponse d’urgence. Amine TEHRAOUI a, de son côté, mis en avant la mobilisation du secteur sanitaire. Le programme est par ailleurs rattaché à une trajectoire plus large de consolidation de la protection sociale au Maroc. Le texte le relie explicitement aux objectifs de réduction de la pauvreté et de promotion du travail décent, tout en précisant que son budget initial n’a pas été communiqué. Son financement passe, selon le document, par le Fonds de cohésion sociale.
Les ambitions affichées sont élevées. « Riaya » vise un taux d’insertion réussie de 80 % pour sa première cohorte, qu’il s’agisse d’emploi ou de formation. Des indicateurs de suivi doivent mesurer l’autonomie financière, la stabilité du logement et la santé mentale. Ce cadre d’évaluation est nécessaire, mais il ne suffira pas à lui seul. Le texte source mentionne déjà plusieurs limites potentielles : disparités de capacité entre associations partenaires, poids du chômage des jeunes, nécessité d’un suivi rigoureux pour éviter qu’un programme bien conçu sur le papier ne produise que des effets partiels sur le terrain.
L’intérêt principal de « Riaya » tient précisément à ce qu’il traite un angle mort des politiques sociales : l’après-protection. Beaucoup d’efforts publics se concentrent sur l’accueil, l’hébergement ou la prise en charge pendant l’enfance. La sortie, elle, reste souvent le moment le moins structuré. En institutionnalisant cette phase de transition, le Maroc ouvre un chantier concret de sécurisation des parcours. La réussite du programme dépendra désormais d’un point simple : transformer l’annonce de Salé en accompagnement réel, durable et mesurable pour des jeunes qui, jusque-là, entraient dans l’âge adulte avec trop peu de filets de sécurité.




