La lutte contre le travail des enfants demeure l’un des principaux défis sociaux auxquels le Maroc est confronté. À l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants célébrée le 12 juin, l’Observatoire National des Droits de l’Enfant (ONDE) a annoncé le lancement d’une vaste campagne nationale de sensibilisation visant à renforcer la mobilisation collective contre ce phénomène.
Placée sous le slogan « STOP au travail des enfants », cette initiative s’inscrit dans la continuité des efforts engagés par le Royaume pour garantir le respect des droits fondamentaux de l’enfant. Elle intervient quelques mois après la tenue à Marrakech de la sixième Conférence mondiale sur l’élimination du travail des enfants, organisée en février 2026, qui avait réuni gouvernements, organisations internationales, partenaires sociaux et acteurs de la société civile autour des moyens d’accélérer l’éradication de ce phénomène à l’échelle mondiale.
À travers cette campagne, l’ONDE entend sensibiliser l’ensemble des composantes de la société aux conséquences du travail précoce sur le développement physique, psychologique et éducatif des enfants. L’objectif est également de renforcer les mécanismes de prévention et de signalement afin de mieux identifier les situations à risque et protéger les mineurs concernés.
La campagne prévoit la diffusion de capsules audiovisuelles inspirées de situations réelles observées dans la vie quotidienne. Ces contenus seront relayés sur les chaînes de télévision nationales, les plateformes numériques et les réseaux sociaux durant tout le mois de juin afin de toucher un public le plus large possible.
L’ONDE a également programmé une série de formations destinées aux relais communautaires dans différentes régions du Royaume. Menées en partenariat avec l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH), ces actions visent à renforcer les capacités des acteurs locaux et à accompagner les familles les plus exposées aux risques de précarité.
Parallèlement, l’Observatoire rappelle l’existence du numéro vert 2511, de la plateforme numérique 2511.ma ainsi que de l’application mobile dédiée permettant à tout citoyen de signaler gratuitement et anonymement toute atteinte aux droits d’un enfant.
Cette mobilisation intervient alors que les indicateurs montrent à la fois des progrès significatifs et la persistance d’importantes fragilités. Selon les dernières données disponibles du Haut-Commissariat au Plan, près de 101.000 enfants âgés de 7 à 17 ans exercent encore une activité économique au Maroc, soit 1,3 % de cette tranche d’âge.
Le phénomène a fortement reculé au cours des dernières années. Le nombre d’enfants au travail a diminué de 59,1 % depuis 2017 et de 8,2 % par rapport à 2023. Cette évolution reflète les efforts déployés en matière de généralisation de la scolarisation, de protection sociale et d’amélioration des conditions de vie des ménages vulnérables.
Toutefois, certains indicateurs demeurent préoccupants. Parmi les enfants concernés, 62.000 exercent des activités considérées comme dangereuses pour leur santé, leur sécurité ou leur développement. Le phénomène touche principalement les garçons, qui représentent 84,6 % des cas recensés, ainsi que les adolescents âgés de 15 à 17 ans.
La dimension territoriale reste également marquée. Les zones rurales concentrent l’essentiel des situations de travail des enfants avec près de 78.000 cas, notamment dans les activités agricoles familiales et certaines formes d’emploi informel.
La déscolarisation constitue l’une des conséquences les plus préoccupantes de cette réalité. Selon les données du HCP, près de 87,7 % des enfants au travail ont quitté le système scolaire. Cette situation compromet leurs perspectives d’insertion future et contribue à la reproduction des cycles de pauvreté.
Au-delà des pouvoirs publics, la campagne interpelle également les entreprises et les acteurs économiques. Les directions des ressources humaines sont appelées à renforcer leur vigilance au sein des chaînes d’approvisionnement, particulièrement dans les secteurs exposés comme l’agriculture, l’artisanat ou certaines activités informelles.
Les entreprises sont encouragées à intégrer des clauses spécifiques dans leurs contrats fournisseurs, à renforcer les audits de conformité et à développer des programmes de responsabilité sociétale favorisant l’accès à l’éducation et le soutien aux familles vulnérables. Cette approche répond à la fois aux exigences de la législation nationale, aux conventions internationales de l’Organisation internationale du Travail et aux attentes croissantes des donneurs d’ordre internationaux.
À travers cette campagne, l’ONDE rappelle que la lutte contre le travail des enfants ne relève pas uniquement des institutions publiques. Elle constitue une responsabilité collective impliquant les familles, les écoles, les entreprises, les associations et l’ensemble des citoyens. Malgré les avancées enregistrées ces dernières années, les 101.000 enfants encore concernés démontrent que la mobilisation doit se poursuivre afin de garantir à chaque enfant son droit à l’éducation, à la protection et à un développement digne.




