Le conflit est conduit par l’UGT, la CGT et ÚTIL après le rejet de la dernière proposition présentée par la direction et les médiateurs. Les organisations affirment que près de 90 % des salariés appelés à cesser le travail ont participé à la première journée. Ce taux, qui n’a pas été vérifié indépendamment, intervient après 22 jours de grève et de débrayages organisés en juillet.
Les discussions ne sont pas rompues. Une nouvelle réunion de médiation doit tenter de rapprocher les positions, tandis que les syndicats maintiennent la grève pour renforcer leur rapport de force. Le principal désaccord concerne les revalorisations salariales dans un contexte où les salariés estiment que l’accélération des cadences et l’amélioration des résultats du groupe doivent se traduire dans leur rémunération.
Un préaccord conclu entre Airbus et CCOO, premier syndicat du groupe en Espagne mais non membre du front ayant déclenché le mouvement, prévoit une hausse de 5 % en janvier 2026 puis de 5 % en avril 2027. Des enveloppes supplémentaires seraient consacrées aux promotions et aux évolutions individuelles, portant la revalorisation globale à 12 % sur la durée du texte, avec une garantie liée à l’inflation.
La proposition prévoit également le maintien de deux jours de télétravail par semaine, deux semaines de congés flexibles, une protection pour les personnels de la branche spatiale et la suspension de la méthode Bradford, utilisée pour mesurer la fréquence des absences. Ces concessions restent insuffisantes pour les trois organisations mobilisées, qui réclament un accord plus protecteur.
L’Espagne occupe une place stratégique dans l’appareil industriel d’Airbus. Les implantations de Getafe, Illescas, Albacete, Cadix et Séville fabriquent des éléments de structure pour les avions commerciaux, participent aux activités spatiales et assurent la production ou l’assemblage d’appareils militaires. Getafe constitue le troisième plus grand site du groupe dans le monde.
Une interruption prolongée des flux de pièces pourrait ralentir les lignes d’assemblage final, notamment à Toulouse. Les conséquences dépendront des stocks disponibles, des composants concernés et de la durée du conflit. En cas de rupture, Airbus pourrait devoir modifier les plannings, différer certaines opérations ou conserver temporairement des avions incomplets avant leur remise aux clients.
La grève intervient durant une phase décisive. Airbus a livré 351 avions commerciaux au premier semestre, contre 306 un an auparavant. Il lui reste donc 519 appareils à remettre entre juillet et décembre pour atteindre son objectif annuel de 870 livraisons. Cette accélération doit déjà composer avec des tensions persistantes sur les moteurs et plusieurs équipements aéronautiques.
Les revendications sont également alimentées par les résultats financiers. Au premier semestre, le chiffre d’affaires a progressé de 12 %, à 33,2 milliards d’euros. Le bénéfice net a atteint 2,24 milliards d’euros, contre 1,53 milliard un an plus tôt, tandis que l’EBIT ajusté a augmenté de 24 %, à 2,73 milliards.
La poursuite du mouvement pourrait entraîner des réorganisations dans les sites non grévistes, puis une intensification du travail pour résorber les retards. La médiation doit ainsi résoudre un conflit salarial sans déplacer la pression sur les équipes situées en aval. Pour Airbus, l’accord attendu conditionne autant la stabilité sociale en Espagne que la tenue de son calendrier industriel européen.




