Le secteur bancaire marocain s’apprête à connaître l’une de ses opérations les plus structurantes de ces dernières années. Après avoir repris Crédit du Maroc auprès du groupe Crédit Agricole en 2022, Holmarcom poursuit sa montée en puissance dans les services financiers avec l’acquisition de la participation de BNP Paribas dans la BMCI. L’objectif n’est pas seulement de changer l’actionnariat d’une banque historique. Il s’agit de préparer, à moyen terme, le rapprochement entre deux établissements de taille comparable afin de créer un acteur bancaire marocain plus puissant, mieux diversifié et capable de peser davantage dans le financement de l’économie.
Selon les éléments rapportés par Medias24, l’opération doit d’abord passer par l’acquisition effective de la participation de BNP Paribas dans la BMCI par Holmarcom Finance Company. Le closing est attendu avant la fin de l’année 2026, à condition d’obtenir les autorisations des autorités compétentes, notamment Bank Al-Maghrib, l’Autorité marocaine du marché des capitaux et le Conseil de la concurrence. Cette période est présentée comme incompressible, car elle combine un processus réglementaire lourd et une préparation opérationnelle indispensable avant tout rapprochement avec Crédit du Maroc.
Le futur ensemble pourrait représenter environ 10 % du marché bancaire marocain. Cette estimation repose sur le poids actuel des deux banques, qui disposent chacune d’une part de marché située entre 4 % et 5 %. Holmarcom défend donc l’idée d’un rapprochement entre égaux, et non celle d’une absorption classique. Cette nuance est importante. Elle indique que le groupe entend préserver les équilibres humains, commerciaux et opérationnels entre les deux institutions, au moins durant la phase de transition. Selon Medias24, le futur pôle pourrait se positionner autour de la cinquième place parmi les banques commerciales marocaines.
Cette opération ne relève pas d’une décision opportuniste. Holmarcom était déjà présent au capital de la BMCI à travers AtlantaSanad, qui détenait 8,44 % de la banque. Cette position minoritaire avait une portée stratégique. Elle s’inscrivait dans une logique de construction progressive d’un pôle financier intégré, combinant banque et assurance. La création de Holmarcom Finance Company, le rapprochement entre Atlanta et Sanad, puis l’acquisition de Crédit du Maroc ont préparé le terrain à cette nouvelle séquence. Le retrait progressif de plusieurs groupes bancaires européens du continent africain a ouvert une fenêtre d’opportunité que le groupe marocain semble avoir anticipée.
Le départ de BNP Paribas du capital de la BMCI ne signifie toutefois pas une rupture totale avec le Maroc. Selon l’entretien cité par Medias24, Holmarcom et BNP Paribas doivent signer un partenariat commercial stratégique de long terme. Ce dispositif permettra d’accompagner les clients de la BMCI et de BNP Paribas au Maroc, ainsi que leurs besoins internationaux, notamment en Europe. BNP Paribas conservera également des activités indépendantes dans le pays, en particulier dans le corporate and investment banking et à travers Arval, sa filiale spécialisée dans la location longue durée.
Le financement de l’opération reste un point sensible, même si Holmarcom met en avant la solidité de ses fonds propres, sa capacité d’endettement maîtrisée et son accès aux marchés. Lamiae KENDILI ne communique pas de montant précis. Medias24 rappelle cependant que Crédit du Maroc avait été acquis en 2022 pour environ 4,7 milliards de dirhams. La BMCI étant d’une taille comparable, cette référence donne un ordre de grandeur, sans constituer une valorisation officielle. L’investissement de 135 millions de dollars réalisé en 2025 par l’IFC dans Holmarcom Finance Company renforce également la crédibilité financière du véhicule appelé à porter cette stratégie.
Le volet social est au centre de l’équation. Le futur ensemble réunirait environ 5.100 collaborateurs, dont 2.700 à la BMCI et 2.400 à Crédit du Maroc. Lamiae KENDILI affirme qu’aucun plan de licenciement ni départ contraint n’est prévu. Ce point sera observé de près, car les opérations bancaires de rapprochement soulèvent presque toujours des questions d’optimisation des réseaux, de doublons fonctionnels et de réorganisation des métiers supports. Holmarcom présente au contraire l’opération comme un projet de croissance, susceptible d’élargir les parcours professionnels et de renforcer les expertises internes.
Sur le plan commercial, la complémentarité entre les deux banques est l’un des principaux arguments avancés. La BMCI dispose d’une forte présence dans la banque d’entreprise, les marchés, la banque privée et les activités de financement structurées. Crédit du Maroc est davantage positionné sur le retail, les PME et les PMI. Le rapprochement doit permettre de constituer une banque universelle plus équilibrée, capable d’adresser à la fois les particuliers, les entrepreneurs, les grandes entreprises et les investisseurs institutionnels. Cette complémentarité pourrait aussi renforcer la capacité du futur groupe à financer les grands projets industriels, énergétiques et infrastructurels du pays.
L’ambition dépasse le seul marché marocain. Holmarcom regarde déjà vers l’Afrique de l’Ouest, avec la Côte d’Ivoire comme point d’appui naturel. Le groupe y est présent dans l’assurance, ce qui pourrait faciliter une future extension bancaire. Le message est clair : Holmarcom veut construire une présence régionale structurée, sans acquisitions spectaculaires mais avec une logique progressive d’intégration. Le rapprochement BMCI – Crédit du Maroc constituerait ainsi la base domestique d’une stratégie financière plus large, dans un secteur où les acteurs marocains ont déjà démontré leur capacité à s’étendre sur le continent.
À ce stade, l’opération reste conditionnée aux validations réglementaires et à la capacité du groupe à mener une intégration complexe sans déstabiliser les équipes, les clients ni les équilibres concurrentiels. Le choix du nom commun, la gouvernance du futur ensemble, le calendrier exact de fusion et les effets sur le réseau restent à préciser. Mais l’intention stratégique est désormais lisible : Holmarcom veut installer un acteur bancaire marocain de premier plan, articulé avec son pôle assurance, capable de rivaliser sur plusieurs segments et de participer plus fortement à la recomposition financière du pays.




