Le marché marocain du travail affiche une amélioration au deuxième trimestre 2026. Le nombre de chômeurs au sens strict a diminué de 132 000 entre les deux premiers trimestres de l’année, pour s’établir à 1,121 million de personnes. Dans le même temps, le volume des personnes occupant un emploi contre un revenu a progressé de 279 000, atteignant 10,643 millions.
Ces données sont issues de la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre, lancée par le Haut-Commissariat au Plan en remplacement de l’Enquête nationale sur l’emploi. Cette évolution méthodologique empêche toute comparaison directe avec les taux de chômage publiés auparavant. Le taux de 9,5 % ne peut donc pas être rapproché mécaniquement des indicateurs produits selon l’ancien dispositif.
Le HCP publie parallèlement des séries rétropolées provisoires couvrant la période 2017-2025 afin de permettre des comparaisons fondées sur les mêmes définitions. Ces séries devront encore être affinées à partir des observations recueillies durant l’année 2026.
Tableau 1 – Principaux indicateurs du marché du travail au Maroc au deuxième trimestre 2026
| Principaux indicateurs | T1 2026 | T2 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Main-d’œuvre | 11,617 millions | 11,764 millions | +147 000 |
| Emploi contre revenu | 10,364 millions | 10,643 millions | +279 000 |
| Chômage strict | 1,253 million | 1,121 million | -132 000 |
| Taux de chômage strict | 10,8 % | 9,5 % | -1,3 point |
| Taux d’emploi contre revenu | 37,3 % | 38,2 % | +0,9 point |
| Sous-utilisation globale | 22,5 % | 18,9 % | -3,6 points |
Une nouvelle définition de l’emploi et du chômage
L’Enquête sur la main-d’œuvre applique les normes adoptées lors des 19e, 20e et 21e Conférences internationales des statisticiens du travail de l’Organisation internationale du travail. Elle introduit une distinction plus stricte entre l’emploi rémunéré, le chômage, le sous-emploi et les personnes situées à la périphérie du marché du travail.
Désormais, seules les activités exercées contre une rémunération ou en vue de réaliser un profit sont comptabilisées comme des emplois. Les activités principalement destinées à l’autoconsommation familiale, notamment certaines productions agricoles non marchandes, sont classées dans la production pour usage propre.
La définition du chômage devient également plus restrictive. Une personne est considérée comme chômeuse lorsqu’elle est sans emploi, disponible pour travailler et engagée dans une recherche active. Les personnes souhaitant travailler mais n’ayant pas récemment effectué de démarches, ainsi que celles qui recherchent un emploi sans être immédiatement disponibles, sont exclues du chômage strict. Elles peuvent cependant intégrer la catégorie de la « main-d’œuvre potentielle ».
La taille annuelle de l’échantillon a été portée de 90 000 à 135 000 ménages. La nouvelle enquête s’appuie aussi sur la base de sondage issue du Recensement général de la population et de l’habitat de 2024. L’objectif est d’améliorer la précision des résultats, notamment aux niveaux régional et provincial.
Tableau 2 – Principaux changements introduits par la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre
| Évolution méthodologique | Nouvelle règle appliquée par l’EMO 2026 |
|---|---|
| Définition de l’emploi | Seul le travail contre rémunération ou en vue d’un profit est comptabilisé. |
| Production pour usage propre | Elle n’est plus considérée comme un emploi. |
| Chômage strict | Absence d’emploi, disponibilité immédiate et recherche active d’un travail. |
| Main-d’œuvre potentielle | Personnes souhaitant travailler sans remplir tous les critères du chômage strict. |
| Mesure de la sous-utilisation | Quatre indicateurs complémentaires, du chômage strict à la sous-utilisation globale. |
| Taille de l’échantillon | 135 000 ménages par an, contre 90 000 auparavant. |
| Base de sondage | Résultats du RGPH 2024. |
| Comparaison avec l’ancienne enquête | Toute comparaison directe avec les résultats antérieurs de l’ENE est impossible. |
Une progression de 279 000 emplois rémunérés
Entre le premier et le deuxième trimestre 2026, le nombre de personnes occupant un emploi contre revenu a augmenté de 2,7 %. Cette progression représente 187 000 emplois supplémentaires dans les villes et 92 000 dans les campagnes.
Le taux d’emploi rémunéré a ainsi gagné 0,9 point pour atteindre 38,2 % à l’échelle nationale. Il s’établit à 36,3 % en milieu urbain et à 41,6 % en milieu rural. L’écart entre les hommes et les femmes reste considérable : le taux atteint 61,1 % chez les hommes, contre seulement 15,4 % chez les femmes.
Tableau 3 – Évolution de l’emploi rémunéré entre les deux premiers trimestres de 2026
| Emploi contre revenu | T1 2026 | T2 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Ensemble national | 10,364 millions | 10,643 millions | +279 000 |
| Milieu urbain | 6,397 millions | 6,583 millions | +187 000 |
| Milieu rural | 3,967 millions | 4,060 millions | +92 000 |
| Taux d’emploi national | 37,3 % | 38,2 % | +0,9 point |
| Taux d’emploi urbain | 35,5 % | 36,3 % | +0,8 point |
| Taux d’emploi rural | 40,7 % | 41,6 % | +0,9 point |
Les services demeurent le premier secteur d’emploi rémunéré au Maroc. Ils occupent 5,251 millions de personnes, soit 49,3 % du total. L’agriculture, la sylviculture et la pêche arrivent en deuxième position avec 2,569 millions de travailleurs, représentant 24,1 % des emplois. L’industrie regroupe 1,456 million de personnes, contre 1,356 million pour le bâtiment et les travaux publics.
Les services ont enregistré la plus forte progression trimestrielle avec 166 000 emplois supplémentaires, soit une hausse de 3,3 %. L’industrie a gagné 47 000 emplois, le BTP 42 000 et l’agriculture 28 000.
Tableau 4 – Répartition et évolution de l’emploi rémunéré par secteur d’activité
| Secteur d’activité | Emplois rémunérés | Part dans l’emploi | Évolution au T2 2026 |
|---|---|---|---|
| Services | 5,251 millions | 49,3 % | +166 000 |
| Agriculture, sylviculture et pêche | 2,569 millions | 24,1 % | +28 000 |
| Industrie | 1,456 million | 13,7 % | +47 000 |
| BTP | 1,356 million | 12,7 % | +42 000 |
La structure sectorielle varie fortement selon le territoire. Dans les villes, 64,5 % des personnes en emploi rémunéré travaillent dans les services et 17,6 % dans l’industrie. Dans les campagnes, l’agriculture concentre encore 54,5 % des emplois, devant les services avec 24,7 %.
Un taux de chômage qui ne résume pas toutes les difficultés
Le recul du chômage strict constitue le principal signal positif de ce deuxième trimestre. Son taux est passé de 10,8 % à 9,5 % en trois mois. La baisse concerne les villes comme les campagnes. Le chômage urbain a reculé de 13,5 % à 11,9 %, tandis que le taux rural est passé de 6,1 % à 5,4 %.
Tableau 5 – Évolution du taux de chômage strict selon le milieu de résidence et le sexe
| Taux de chômage strict | T1 2026 | T2 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| National | 10,8 % | 9,5 % | -1,3 point |
| Urbain | 13,5 % | 11,9 % | -1,6 point |
| Rural | 6,1 % | 5,4 % | -0,7 point |
| Hommes | 9,4 % | 8,1 % | -1,3 point |
| Femmes | 16,1 % | 14,8 % | -1,3 point |
| Jeunes de 15 à 24 ans | 29,2 % | 27,2 % | -2 points |
Le taux national masque cependant plusieurs formes de besoin de travail non satisfait. Le HCP recense 527 000 personnes en situation de sous-emploi lié à la durée du travail. Ces travailleurs exercent une activité rémunérée, mais souhaitent et peuvent travailler davantage.
En ajoutant ce sous-emploi au chômage strict, le taux combiné atteint 14 %, contre 16,6 % au premier trimestre. Il s’établit à 15,9 % dans les villes et à 10,8 % dans les campagnes.
La main-d’œuvre potentielle représente, de son côté, 711 000 personnes. Cette catégorie comprend des individus qui souhaitent travailler, mais qui ne remplissent pas simultanément les critères de disponibilité immédiate et de recherche active retenus pour le chômage strict. Le taux combinant chômage et main-d’œuvre potentielle ressort ainsi à 14,7 %.
L’indicateur le plus large, qui additionne chômage strict, sous-emploi lié à la durée du travail et main-d’œuvre potentielle, atteint 18,9 %. Autrement dit, près d’une personne sur cinq au sein de la main-d’œuvre élargie se trouve confrontée à une insuffisance totale ou partielle de travail. Ce taux composite a néanmoins diminué de 3,6 points par rapport au premier trimestre, lorsqu’il atteignait 22,5 %.
Tableau 6 – Les quatre indicateurs de sous-utilisation de la main-d’œuvre au deuxième trimestre 2026
| Indicateur de sous-utilisation | Urbain | Rural | National |
|---|---|---|---|
| Chômage strict | 11,9 % | 5,4 % | 9,5 % |
| Chômage strict et sous-emploi | 15,9 % | 10,8 % | 14,0 % |
| Chômage strict et main-d’œuvre potentielle | 17,3 % | 10,0 % | 14,7 % |
| Sous-utilisation globale | 21,0 % | 15,2 % | 18,9 % |
Les jeunes, les femmes et les diplômés restent les plus exposés
Le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans demeure particulièrement élevé. Il atteint 27,2 %, malgré une diminution de deux points en un trimestre. Leur taux de participation au marché du travail recule parallèlement de 23,4 % à 22,9 %. Seuls 16,6 % des jeunes de cette tranche d’âge occupent un emploi rémunéré.
Lorsque le chômage, le sous-emploi et la main-d’œuvre potentielle sont réunis, le taux de sous-utilisation des 15-24 ans atteint 41,7 %. Cette proportion illustre les difficultés rencontrées lors du passage de la formation au premier emploi, mais aussi le poids du découragement et des emplois à durée insuffisante.
Tableau 7 – Situation des jeunes de 15 à 24 ans sur le marché du travail
| Situation des jeunes de 15 à 24 ans | T2 2026 |
|---|---|
| Taux de participation | 22,9 % |
| Taux d’emploi contre revenu | 16,6 % |
| Taux de chômage strict | 27,2 % |
| Taux composite de sous-utilisation | 41,7 % |
| Évolution trimestrielle du chômage | -2 points |
| Évolution trimestrielle de la participation | -0,5 point |
Les femmes restent également désavantagées. Elles ne représentent que 21,5 % de la main-d’œuvre, alors qu’elles constituent 71,1 % de la population située hors de celle-ci. Leur taux de participation atteint 18,1 %, contre 66,5 % pour les hommes.
Le taux de chômage féminin s’établit à 14,8 %, soit près du double du taux masculin de 8,1 %. Le taux composite de sous-utilisation atteint 26,7 % chez les femmes, contre 16,6 % chez les hommes. La faiblesse de leur participation limite également la portée du seul taux de chômage : une partie importante des femmes souhaitant accéder à une activité reste en dehors de la main-d’œuvre officiellement mesurée.
Tableau 8 – Inégalités entre les femmes et les hommes sur le marché du travail
| Indicateur | Femmes | Hommes |
|---|---|---|
| Taux de participation | 18,1 % | 66,5 % |
| Taux d’emploi contre revenu | 15,4 % | 61,1 % |
| Taux de chômage strict | 14,8 % | 8,1 % |
| Chômage et main-d’œuvre potentielle | 24,2 % | 11,9 % |
| Sous-utilisation globale | 26,7 % | 16,6 % |
Le diplôme ne protège pas davantage contre les difficultés d’insertion. Le taux de chômage atteint 16,7 % chez les titulaires d’un diplôme avancé et 16 % parmi les détenteurs d’un diplôme intermédiaire. Il descend à 11,4 % pour les personnes ayant un diplôme de base et à 3,8 % pour celles qui ne possèdent aucun diplôme.
Ce paradoxe traduit notamment le décalage entre les qualifications produites par le système d’enseignement et la structure des emplois disponibles. Les personnes sans diplôme peuvent intégrer plus rapidement des activités manuelles ou informelles, tandis que les diplômés recherchent des postes correspondant à leur niveau de formation.
Tableau 9 – Participation, emploi et chômage selon le niveau de diplôme
| Niveau de diplôme | Taux de participation | Taux d’emploi | Taux de chômage strict |
|---|---|---|---|
| Diplôme avancé | 69,4 % | 57,8 % | 16,7 % |
| Diplôme intermédiaire | 46,3 % | 38,9 % | 16,0 % |
| Diplôme de base | 39,2 % | 34,7 % | 11,4 % |
| Aucun diplôme | 38,1 % | 36,7 % | 3,8 % |
Des écarts régionaux toujours prononcés
La participation au marché du travail atteint 42,2 % au niveau national. Elle dépasse cette moyenne à Dakhla-Oued Ed-Dahab, avec 59,2 %, à Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, avec 46,8 %, à Casablanca-Settat, avec 46,7 %, et à Marrakech-Safi, avec 43,1 %.
À l’opposé, Drâa-Tafilalet enregistre un taux de participation de seulement 30,5 %. L’Oriental se situe à 36,6 %, Souss-Massa à 37,6 % et Laâyoune-Sakia El Hamra à 39,7 %.
Tableau 10 – Taux de participation à la main-d’œuvre selon les régions
| Région | Taux de participation |
|---|---|
| Dakhla-Oued Ed-Dahab | 59,2 % |
| Tanger-Tétouan-Al Hoceïma | 46,8 % |
| Casablanca-Settat | 46,7 % |
| Marrakech-Safi | 43,1 % |
| Moyenne nationale | 42,2 % |
| Laâyoune-Sakia El Hamra | 39,7 % |
| Souss-Massa | 37,6 % |
| Oriental | 36,6 % |
| Drâa-Tafilalet | 30,5 % |
Les écarts sont également visibles dans le taux combinant chômage strict et main-d’œuvre potentielle. Celui-ci atteint 26,2 % à Laâyoune-Sakia El Hamra, 24,9 % à Guelmim-Oued Noun, 20,1 % dans l’Oriental et 18,8 % à Fès-Meknès. Casablanca-Settat dépasse aussi la moyenne nationale avec 16,7 %.
Dakhla-Oued Ed-Dahab affiche le taux le plus faible, à 7,1 %, devant Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, à 9,4 %, et Béni Mellal-Khénifra, à 11,6 %.
Tableau 11 – Pression sur le marché du travail selon les régions
| Région | Chômage strict et main-d’œuvre potentielle |
|---|---|
| Laâyoune-Sakia El Hamra | 26,2 % |
| Guelmim-Oued Noun | 24,9 % |
| Oriental | 20,1 % |
| Fès-Meknès | 18,8 % |
| Casablanca-Settat | 16,7 % |
| Moyenne nationale | 14,7 % |
| Béni Mellal-Khénifra | 11,6 % |
| Tanger-Tétouan-Al Hoceïma | 9,4 % |
| Dakhla-Oued Ed-Dahab | 7,1 % |
La baisse du chômage strict à 9,5 % et la progression de l’emploi rémunéré témoignent d’une amélioration au deuxième trimestre 2026. La nouvelle méthodologie impose néanmoins une lecture plus complète : le taux de sous-utilisation de 18,9 %, le chômage des jeunes, la faible participation féminine et les disparités régionales montrent que la question de l’emploi reste structurelle. La priorité ne consiste plus seulement à réduire le nombre de chômeurs officiellement recensés, mais à développer des emplois rémunérés, durables et adaptés aux qualifications de la population.
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