L’intelligence artificielle poursuit son entrée dans les politiques publiques de l’emploi. France Travail a dévoilé cette semaine CoachFT, un nouvel outil de coaching conversationnel destiné à accompagner les demandeurs d’emploi dans leurs démarches quotidiennes de recherche d’activité. L’annonce a été faite par Thibaut Guilluy, directeur général de l’établissement public, dans un entretien accordé au magazine Challenges.
Cette innovation intervient dans un contexte particulier. Avec près de 7,5 millions de personnes inscrites dans ses différentes catégories et des contraintes budgétaires croissantes, France Travail cherche à maintenir un accompagnement de qualité tout en améliorant l’efficacité de ses services. L’intelligence artificielle apparaît désormais comme un levier stratégique pour relever cette équation complexe.
Accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 depuis le portail francetravail.fr ainsi que l’application mobile de l’opérateur public, CoachFT fonctionne comme un assistant personnel capable d’interagir en langage naturel avec chaque utilisateur. L’outil exploite les informations contenues dans le dossier du demandeur d’emploi, notamment son parcours professionnel, ses compétences, ses formations, ses expériences et ses préférences professionnelles.
L’objectif est de proposer un accompagnement individualisé à grande échelle. CoachFT peut aider à rédiger ou améliorer un CV, optimiser une lettre de motivation, préparer un entretien de recrutement, identifier des formations pertinentes ou encore recommander des offres d’emploi correspondant au profil de l’utilisateur. L’assistant est également capable d’orienter les demandeurs vers des métiers émergents ou des secteurs en tension.
Selon les informations communiquées par Challenges, cette solution a été développée avec l’appui de partenaires technologiques français, notamment Mistral AI. Ce choix s’inscrit dans une logique de souveraineté numérique et de maîtrise des données sensibles traitées par le service public de l’emploi.
Pour France Travail, l’enjeu dépasse largement la simple modernisation technologique. L’établissement cherche avant tout à réorganiser l’allocation de ses ressources humaines. Avec plusieurs millions d’inscrits à accompagner chaque année, les conseillers doivent gérer un volume considérable de demandes administratives et de sollicitations quotidiennes.
La stratégie consiste à confier une partie des interactions récurrentes à l’intelligence artificielle afin de permettre aux conseillers de consacrer davantage de temps aux publics les plus éloignés de l’emploi. Les demandeurs d’emploi de longue durée, les bénéficiaires du RSA, les jeunes en situation de décrochage ou les personnes engagées dans des reconversions complexes figurent parmi les profils qui nécessitent un accompagnement humain renforcé.
CoachFT s’inscrit dans une démarche plus large engagée depuis plusieurs années par l’opérateur public. France Travail a progressivement développé plusieurs outils fondés sur l’intelligence artificielle afin d’améliorer l’efficacité de ses services.
Parmi eux figure MatchFT, une solution de mise en relation automatisée entre recruteurs et candidats. Selon les données présentées par l’établissement, les expérimentations menées dans certaines régions ont permis d’augmenter de 17 % les taux d’entrée en formation grâce à l’utilisation de recommandations personnalisées et de SMS conversationnels.
Autre outil déployé à grande échelle : ChatFT, un assistant destiné aux conseillers de France Travail. Plus de 40.000 agents utiliseraient déjà cette solution pour faciliter certaines tâches administratives et documentaires. L’opérateur a également lancé QualifFT, un dispositif permettant de qualifier les projets professionnels grâce à l’analyse conversationnelle.
Cette accélération technologique s’inscrit dans une stratégie de long terme. Depuis 2019, l’établissement multiplie les initiatives liées à l’intelligence artificielle. En 2025, il avait notamment lancé un programme baptisé « calendrier de l’IA » afin de former plusieurs centaines de milliers de demandeurs d’emploi aux usages des outils génératifs. L’objectif affiché était alors de lutter contre ce que France Travail qualifie d’« IAllectronisme », c’est-à-dire la difficulté à utiliser efficacement les nouveaux outils d’intelligence artificielle.
L’ambition est également économique. Thibaut Guilluy estime que ces technologies peuvent contribuer à rapprocher la France d’un taux d’emploi de 80 %, objectif régulièrement évoqué par les pouvoirs publics pour renforcer la compétitivité du pays et répondre aux tensions de recrutement observées dans plusieurs secteurs.
Cette transformation ne fait toutefois pas l’unanimité. Plusieurs organisations syndicales s’interrogent sur les risques de déshumanisation du service public et sur la capacité des algorithmes à prendre en compte la complexité de certaines situations sociales. D’autres soulignent la nécessité d’un encadrement rigoureux des données personnelles et des mécanismes de recommandation.
France Travail assure pour sa part que les décisions continueront à relever de l’intervention humaine et que l’intelligence artificielle doit être considérée comme un outil d’assistance plutôt que comme un substitut aux conseillers. Les premiers résultats opérationnels de CoachFT seront particulièrement observés. Alors que l’établissement accompagne 7,5 millions d’inscrits et que plus de 40.000 agents utilisent déjà des outils d’IA au quotidien, cette expérimentation pourrait préfigurer l’évolution des services publics de l’emploi en Europe dans les prochaines années, comme l’a révélé Thibaut Guilluy dans son entretien accordé à Challenges.




