Un million d’emplois en cinq ans. C’est l’objectif le plus structurant du programme présenté par le Rassemblement national des indépendants pour la législature 2026-2031. Rapporté à la durée du mandat, cet engagement représente une moyenne théorique de 200 000 créations d’emplois par an.
Le parti répartit cet objectif entre plusieurs secteurs. L’industrie devrait générer 300 000 emplois, le numérique 250 000, l’agriculture et le monde rural 150 000, le tourisme 100 000, tandis que l’artisanat et les services contribueraient à hauteur de 100 000 emplois.
Les activités liées à la Coupe du monde 2030 devraient également soutenir les recrutements, avec une cible annoncée de 100 000 emplois par an. Ce volume doit toutefois être distingué de l’objectif global lorsqu’il s’agit d’évaluer les créations nettes d’emplois : une partie des recrutements associés aux infrastructures, au tourisme, au transport, à l’événementiel ou aux services pourrait être temporaire.
L’enjeu ne sera donc pas seulement d’atteindre un volume cumulé de recrutements. Il consistera à mesurer combien d’emplois supplémentaires auront réellement été créés dans l’économie marocaine, combien auront été formalisés et combien seront encore occupés plusieurs années après leur création.
Les engagements clés du programme RNI 2026-2031
| Engagement | Objectif annoncé | Horizon |
|---|---|---|
| Création d’emplois | 1 million | 2026-2031 |
| Rythme moyen théorique | 200 000 emplois par an | Sur cinq ans |
| Taux de chômage | Moins de 9 % | 2031 |
| Croissance économique | Entre 4 % et 5 % par an | 2026-2031 |
| Investissement brut | 33 % du PIB | Objectif de maintien |
| Industrie | 300 000 emplois | Sur la législature |
| Numérique | 250 000 emplois | Sur la législature |
| Agriculture et monde rural | 150 000 emplois | Sur la législature |
| Tourisme | 100 000 emplois | Sur la législature |
| Artisanat et services | 100 000 emplois | Sur la législature |
| Programmes d’insertion | Environ 250 000 insertions par an | Tadrij, Idmaj, Tahfiz et Taahil |
| SMIG | 5 000 DH par mois | Progressivement |
| Allocation de retour à l’emploi | 70 % du salaire de référence | Jusqu’à 12 mois |
| Politique de l’emploi | 15 milliards de DH | Enveloppe dédiée |
| Coût global annoncé | 224 milliards de DH | Sur cinq ans |
Tableau 1 : Principaux engagements économiques, sociaux et liés à l’emploi présentés par le RNI pour la période 2026-2031.
Un million d’emplois pour ramener le chômage sous 9 %
Le programme économique du RNI repose sur une hypothèse de croissance annuelle comprise entre 4 % et 5 % et sur le maintien de l’investissement brut à 33 % du produit intérieur brut.
Cette trajectoire doit permettre de ramener le taux de chômage de 10,8 % à moins de 9 % à l’horizon 2031.
Le parti prévoit de mobiliser 15 milliards de dirhams directement en faveur de la politique de l’emploi. Cette enveloppe serait notamment destinée aux programmes d’insertion, à l’accompagnement des personnes éloignées de l’activité et aux dispositifs facilitant le retour vers l’emploi.
Le RNI prévoit parallèlement de poursuivre Tadrij, Idmaj, Tahfiz et Taahil, avec une cible proche de 250 000 insertions professionnelles chaque année.
Ce volume devra cependant être distingué des créations nettes d’emplois.
Une insertion peut correspondre à un contrat aidé, une intégration temporaire, une formation ou une reprise d’activité. Elle ne signifie pas automatiquement qu’un emploi supplémentaire et durable a été créé dans l’économie.
Le principal indicateur ne devrait donc pas être uniquement le nombre de bénéficiaires entrés dans un programme, mais leur situation six mois, douze mois ou deux ans après leur sortie. Le maintien dans l’emploi, la rémunération, la déclaration auprès de la CNSS, la nature des contrats et la répartition régionale fourniront une lecture plus complète de l’efficacité des dispositifs.
Industrie et numérique : 550 000 emplois attendus
L’industrie et le numérique concentrent à eux seuls 550 000 des créations d’emplois annoncées, soit plus de la moitié de l’objectif global.
La cible de 300 000 emplois industriels suppose une accélération des investissements productifs, mais également une capacité à renforcer l’intégration locale des chaînes de valeur.
L’implantation d’une unité industrielle ne produit pas le même effet sur l’emploi selon qu’elle importe l’essentiel de ses équipements, composants et prestations ou qu’elle s’appuie sur un réseau de fournisseurs, de sous-traitants et de services marocains.
La création d’emplois industriels devra donc être observée au-delà des effectifs recrutés directement par les grandes unités. La capacité des investissements à générer des commandes pour les PME et à développer des écosystèmes locaux sera également déterminante.
Le numérique devrait de son côté contribuer à hauteur de 250 000 emplois.
Cette cible implique de dépasser les seuls métiers traditionnels de l’informatique. Intelligence artificielle, cybersécurité, données, centres de services, commerce électronique, services numériques aux entreprises et transformation digitale devraient alimenter une partie de la demande.
La question des compétences se posera immédiatement.
Le développement rapide de certains métiers peut créer une situation paradoxale dans laquelle le chômage reste élevé alors que les entreprises rencontrent des difficultés pour recruter les profils dont elles ont besoin.
La réussite de cet objectif dépendra donc également de la capacité des établissements de formation, des universités et des dispositifs de reconversion à ajuster régulièrement leurs programmes aux besoins des entreprises.
Un SMIG progressivement porté à 5 000 dirhams
Le pouvoir d’achat constitue l’autre axe majeur du programme.
Le RNI propose de porter progressivement le SMIG à 5 000 dirhams par mois et de poursuivre parallèlement la convergence du salaire minimum agricole.
La mesure aurait un effet direct pour les collaborateurs rémunérés autour du minimum légal, mais son impact pourrait s’étendre bien au-delà.
Dans les entreprises où les premiers niveaux de qualification sont actuellement rémunérés légèrement au-dessus du SMIG, une hausse importante du minimum salarial réduirait mécaniquement les écarts entre les différentes catégories de collaborateurs.
Les directions des ressources humaines pourraient ainsi être amenées à revoir une partie de leurs grilles.
Un collaborateur disposant de plusieurs années d’expérience ou occupant un poste nécessitant davantage de compétences peut difficilement voir sa rémunération rejoindre progressivement celle d’un nouvel entrant sans que se pose une question d’équité interne.
Le coût d’une hausse du SMIG ne se limite donc pas nécessairement à l’augmentation des rémunérations situées exactement au niveau du minimum légal. Il peut entraîner une remontée progressive des premiers niveaux de salaire.
L’impact sera également différent selon les secteurs.
Les entreprises industrielles fortement capitalisées ou les activités à forte valeur ajoutée disposent généralement de davantage de marges pour absorber l’évolution des coûts. Les secteurs caractérisés par une forte intensité de main-d’œuvre et des marges réduites, notamment l’hôtellerie, la restauration, le textile, certains services ou certaines activités agricoles, pourraient être davantage exposés.
L’étalement de la revalorisation constitue dans ce contexte un paramètre important. Il donnerait aux entreprises le temps d’intégrer les hausses dans leurs budgets, leurs politiques tarifaires et leurs investissements de productivité.
Une allocation chômage pouvant atteindre douze mois
Le programme propose également une transformation importante de la protection contre la perte d’emploi.
L’actuelle Indemnité pour perte d’emploi serait remplacée par une Allocation de retour à l’emploi.
Sa durée pourrait atteindre douze mois et son montant représenterait 70 % du salaire de référence, dans la limite de quatre fois le SMIG.
Les conditions de cotisation seraient également assouplies. Le salarié devrait avoir cumulé 520 jours de cotisation au cours des trois années précédant la perte de son emploi.
L’objectif est d’élargir la population susceptible de bénéficier d’une protection financière entre deux emplois.
Le changement serait significatif pour les collaborateurs qui peuvent aujourd’hui connaître une rupture brutale de revenus après un licenciement.
Mais l’efficacité d’une assurance chômage ne se mesure pas uniquement au montant ou à la durée de l’indemnisation.
La qualité de l’accompagnement vers l’emploi sera déterminante. Orientation, bilan de compétences, formation, reconversion et accès aux offres doivent permettre de transformer la période d’indemnisation en véritable phase de retour à l’activité.
Sans cette articulation, l’allocation jouerait essentiellement un rôle de sécurisation financière.
Son financement constituera également un enjeu. Le coût final dépendra du nombre de personnes éligibles, du montant moyen des rémunérations de référence, de la durée effective d’indemnisation et du rythme de retour des bénéficiaires vers l’emploi.
Les principales mesures annoncées par le RNI pour 2026-2031
- Créer un million d’emplois sur cinq ans.
- Ramener le taux de chômage sous le seuil de 9 % à l’horizon 2031.
- Mobiliser 15 milliards de dirhams directement en faveur de la politique de l’emploi.
- Poursuivre les programmes Tadrij, Idmaj, Tahfiz et Taahil, avec près de 250 000 insertions professionnelles par an.
- Créer 300 000 emplois dans l’industrie, 250 000 dans le numérique, 150 000 dans l’agriculture et le monde rural, 100 000 dans le tourisme et 100 000 dans l’artisanat et les services.
- Revaloriser progressivement le SMIG jusqu’à 5 000 dirhams par mois et poursuivre la convergence du salaire minimum agricole.
- Remplacer l’Indemnité pour perte d’emploi par une Allocation de retour à l’emploi pouvant être versée pendant douze mois.
- Fixer cette allocation à 70 % du salaire de référence, dans la limite de quatre fois le SMIG.
- Ramener la condition d’accès à 520 jours de cotisation au cours des trois années précédant la perte d’emploi.
- Créer une Carte du travailleur saisonnier permettant d’accumuler des droits à l’assurance maladie, à la retraite, aux allocations familiales et à une allocation saisonnière.
- Créer une allocation saisonnière correspondant à 70 % du salaire de référence, dans la limite de deux fois le SMIG et pendant six mois au maximum.
- Limiter davantage le recours au CDD en le réservant au remplacement temporaire et aux hausses exceptionnelles d’activité.
- Créer un Fonds de prêts productifs gratuits proposant des financements sans intérêts et garantis par l’État.
- Accorder un crédit d’impôt pouvant atteindre 5 000 dirhams par an et par enfant scolarisé.
- Créer un compte d’épargne destiné aux travailleurs informels, avec un abondement de l’État de 0,25 dirham pour chaque dirham immobilisé pendant 24 mois.
- Mobiliser au total 224 milliards de dirhams sur la période 2026-2031.
Une Carte du travailleur saisonnier pour accumuler des droits sociaux
Le programme propose parallèlement un dispositif consacré aux travailleurs saisonniers.
Une Carte du travailleur saisonnier serait créée pour les actifs de secteurs comme l’agriculture, le tourisme, la pêche, la culture ou le bâtiment.
Chaque journée de travail déclarée permettrait d’accumuler des droits à l’assurance maladie, à la retraite, aux allocations familiales ainsi qu’à une allocation saisonnière.
Cette dernière pourrait représenter 70 % du salaire de référence, avec un plafond équivalant à deux fois le SMIG, pendant une durée maximale de six mois.
L’accès au dispositif nécessiterait 120 jours de cotisation sur une année ou 240 jours sur deux ans.
L’objectif est de mieux adapter la protection sociale à des parcours professionnels qui ne suivent pas nécessairement le modèle d’un emploi continu sur douze mois.
Le principal enjeu sera la formalisation.
La Carte ne produira pleinement ses effets que si les journées réellement travaillées sont déclarées. Cela suppose des procédures suffisamment simples pour les employeurs et des mécanismes de contrôle capables de réduire la sous-déclaration.
Le programme aborde également le recours au contrat à durée déterminée. Le CDD serait limité au remplacement temporaire et aux hausses exceptionnelles d’activité, avec une durée de six mois renouvelable une fois et une requalification en CDI en cas d’utilisation abusive.
Pour les entreprises, cette évolution pourrait nécessiter une révision des pratiques de recrutement et de gestion des effectifs, notamment dans les secteurs qui recourent régulièrement aux contrats temporaires.
Des prêts productifs sans intérêts pour lancer une activité
L’entrepreneuriat et les micro-activités constituent un autre volet du programme.
Le RNI propose la création d’un Fonds de prêts productifs gratuits offrant des financements sans intérêts et garantis par l’État aux personnes vulnérables souhaitant lancer une activité économique.
Les Marocains résidant à l’étranger pourraient également recourir au mécanisme pour investir au Maroc.
L’absence de garantie personnelle vise à réduire l’une des principales barrières rencontrées par les porteurs de petits projets qui ne disposent ni d’un patrimoine suffisant ni d’un historique bancaire permettant d’accéder au crédit classique.
Mais la disponibilité du financement ne garantit pas la pérennité d’une entreprise.
Le programme prévoit à ce titre un accompagnement couvrant la préparation du projet, la formation et le démarrage.
Cette dimension sera déterminante. La sélection des projets, la capacité du porteur à identifier des clients, la gestion de la trésorerie et le suivi pendant les premiers mois jouent généralement un rôle aussi important que le financement initial.
L’évaluation du dispositif devrait donc intégrer le taux de survie des activités financées après deux ou trois ans, plutôt que de se limiter au nombre de crédits accordés.
5 000 dirhams de crédit d’impôt par enfant scolarisé
Le programme comporte également une mesure directement destinée aux ménages.
Le RNI propose un crédit d’impôt pouvant atteindre 5 000 dirhams par an et par enfant scolarisé.
Cette disposition viserait notamment les classes moyennes en réduisant une partie du poids des dépenses liées à la scolarité.
Contrairement à une hausse salariale, le mécanisme ne pèserait pas directement sur la masse salariale des entreprises.
Son impact dépendra néanmoins des conditions précises qui seront retenues : nature des dépenses éligibles, niveaux d’enseignement concernés, plafonds applicables et mécanisme de remboursement éventuel.
La différence entre une réduction d’impôt et un crédit d’impôt réellement remboursable sera notamment déterminante pour les ménages modestement imposés.
Le programme prévoit parallèlement un dispositif d’épargne pour les travailleurs informels.
Pour chaque dirham immobilisé pendant vingt-quatre mois, l’État ajouterait 0,25 dirham.
La mesure cherche à encourager la constitution d’une épargne de précaution parmi des actifs qui ne disposent souvent ni d’une couverture chômage suffisante ni de revenus réguliers.
224 milliards de dirhams sur cinq ans
Le coût annoncé du programme atteint 224 milliards de dirhams sur la période 2026-2031.
Son financement est associé à plusieurs hypothèses macroéconomiques : une croissance annuelle comprise entre 4 % et 5 %, un investissement maintenu à 33 % du PIB et un déficit budgétaire progressivement ramené autour de 3 %.
La réalisation de ces hypothèses conditionnera directement les marges disponibles.
Une croissance moins dynamique réduirait les recettes supplémentaires alors même qu’un ralentissement économique pourrait augmenter les besoins de soutien à l’emploi et de protection contre le chômage.
L’exécution du programme devra donc être observée simultanément sous trois angles : le volume des moyens engagés, le nombre de bénéficiaires et les résultats économiques effectivement obtenus.
Pour l’emploi, les principaux indicateurs seront le nombre de créations nettes, la baisse du chômage, le taux de maintien dans l’emploi après les programmes d’insertion et la qualité des postes générés. Pour les mesures sociales, il faudra suivre le nombre de personnes effectivement couvertes et le coût des nouveaux dispositifs. Pour l’entrepreneuriat, la pérennité des activités financées donnera une indication plus pertinente que le seul volume de prêts distribués.
L’ambition d’un million d’emplois place ainsi la politique du travail au centre du programme. Mais le véritable test ne résidera pas uniquement dans l’atteinte d’un chiffre. Il portera sur la capacité de l’économie à créer des emplois durables, à développer les compétences nécessaires aux secteurs en croissance et à renforcer la protection des actifs sans réduire la capacité des entreprises à recruter. Entre la hausse annoncée du SMIG, la réforme de l’indemnisation du chômage, la protection des saisonniers et les objectifs sectoriels de recrutement, le programme modifierait directement plusieurs paramètres du marché du travail marocain.




