L’Office national des chemins de fer franchit une nouvelle étape dans la réalisation de la LGV Kénitra-Marrakech. Son pôle Projets LGV recherche des entreprises ou groupements capables d’installer, de tester et de mettre en service les équipements de déplacement vertical. Le marché traduit le passage progressif du génie civil vers une phase mobilisant davantage de compétences en électromécanique, automatismes et maintenance.
L’appel d’offres est divisé en quatre lots. Le premier, estimé à 46 millions de dirhams, couvre les gares du Grand Stade Hassan II et de l’aéroport Mohammed V. Le deuxième réserve 44 millions à Casa Sud et Marrakech Guéliz. Le troisième mobilise 36 millions pour les gares de Rabat-Salé-Kénitra, les technicentres et plusieurs installations de Marrakech. Le quatrième, doté de 54 millions, concerne la région de Casablanca. Les offres seront ouvertes le 3 septembre à l’Institut de formation et de développement des compétences de l’ONCF à Rabat.
La pression ne concernera pas uniformément tous les métiers techniques. Elle devrait d’abord porter sur les techniciens ascensoristes capables d’installer, régler et dépanner des ascenseurs et escalators soumis à une utilisation intensive. Ces professionnels doivent combiner électricité industrielle, mécanique, électronique de puissance, lecture de schémas, diagnostic de panne et maîtrise des procédures de sécurité.
Les techniciens en électromécanique des systèmes automatisés constitueront un deuxième vivier critique. Ils devront intervenir sur les moteurs, variateurs de vitesse, capteurs, automates programmables et systèmes de contrôle. Les entreprises rechercheront également des automaticiens, des responsables de mise en service, des techniciens de maintenance itinérants et des spécialistes de la gestion de maintenance assistée par ordinateur.
À ces métiers s’ajouteront les responsables HSE, les contrôleurs techniques et les spécialistes de l’accessibilité. Le travail en hauteur, les interventions électriques et la présence du public imposeront des habilitations précises. La tension devrait donc être plus forte sur les professionnels cumulant expérience de terrain, certification constructeur et disponibilité pour assurer des astreintes sur plusieurs sites.
Le Maroc dispose d’un vivier de formation important, mais encore généraliste. Dans la région de Rabat-Salé-Kénitra, l’OFPPT propose 71 111 places pédagogiques à travers 53 établissements et 254 filières. La Cité des métiers et des compétences régionale offre, à elle seule, 105 filières, dont 80 nouvellement créées et 25 restructurées. Ces chiffres mesurent toutefois la capacité globale du dispositif et non le nombre de diplômés directement opérationnels sur les ascenseurs et escalators.
Le catalogue 2026-2027 des cours du soir de l’OFPPT recense la formation de technicien spécialisé en électromécanique des systèmes automatisés à l’ISTA Maâmora de Kénitra, à Hay Nahda à Rabat, à Hay Salam à Salé et à Aïn Aouda. La même spécialité est proposée dans plusieurs instituts de Casablanca, Mohammedia, Benguerir et Marrakech. Cette couverture correspond au tracé du projet, mais ne garantit pas une spécialisation dans les équipements de transport vertical.
Au niveau des ingénieurs, l’École Mohammadia d’ingénieurs de Rabat forme en génie électrique, notamment dans l’automatisation et la conduite des procédés industriels. L’ENSAM de Casablanca propose des cursus en génie électromécanique et en maintenance industrielle, tandis que l’ENSEM couvre le génie électrique, la mécanique et le génie industriel. L’Institut de formation ferroviaire, créé en 2015 par l’ONCF et la SNCF, peut compléter ces cursus par les normes et pratiques propres au secteur ferroviaire.
Le principal déficit se situe ainsi entre le diplôme généraliste et l’autonomie sur l’équipement. Les attributaires devront organiser des certifications constructeurs, des formations en situation de travail et du tutorat. Les DRH pourront suivre le nombre de techniciens certifiés, le délai d’accès à l’autonomie, le taux de postes non pourvus, la couverture des astreintes et la fidélisation des équipes de maintenance.
Au-delà du chantier, la future LGV doit ramener Rabat-Marrakech à 1 h 40, Casablanca-Marrakech à 1 h 15 et Rabat-aéroport Mohammed V à 35 minutes. Elle pourra élargir les bassins de recrutement et favoriser de nouveaux pôles d’emploi. Mais sa première transformation RH sera plus immédiate : convertir un vivier d’électromécaniciens en spécialistes capables de garantir, chaque jour, la sécurité et la disponibilité des gares.




