L’économie marocaine a enregistré une croissance de 4,9 % en 2025, soit son meilleur résultat sur les trois derniers exercices. Le chiffre confirme la résilience du Royaume dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, les incertitudes commerciales et le ralentissement de plusieurs grandes économies.
Présenté lundi 20 juillet 2026 à Tétouan au Roi Mohammed VI par le gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, le rapport annuel de la Banque centrale dresse néanmoins un bilan contrasté. Les grands équilibres économiques s’améliorent, mais cette progression ne se traduit pas encore suffisamment par une baisse du chômage, une amélioration généralisée des revenus ou une réduction significative des inégalités.
La croissance de 2025 a été principalement soutenue par l’investissement et par la progression des activités non agricoles. Les infrastructures, l’industrie, les services, le tourisme et les grands projets structurants ont alimenté la demande intérieure. Les performances des secteurs exportateurs, notamment l’automobile, l’aéronautique et les phosphates, ont également contribué à cette dynamique.
Cette croissance marque une accélération par rapport aux 3,7 % enregistrés en 2023 et aux 3,8 % observés en 2024. Elle intervient parallèlement à une forte désinflation. Après avoir atteint 6,1 % en moyenne en 2023, l’inflation est revenue à 0,9 % en 2024, puis à 0,8 % en 2025.
Cette modération a donné à Bank Al-Maghrib davantage de marge pour assouplir sa politique monétaire. Le taux directeur, relevé durant la période de fortes tensions inflationnistes, a progressivement été ramené à 2,5 %, puis à 2,25 %. L’objectif consiste désormais à soutenir l’activité et le financement de l’économie sans raviver les tensions sur les prix.
La baisse de l’inflation ne signifie toutefois pas une diminution générale du coût de la vie. Elle indique seulement que les prix augmentent moins rapidement. Les hausses accumulées au cours des années précédentes continuent donc de peser sur le budget des ménages, en particulier pour les produits alimentaires, le logement, le transport et certains services essentiels.
Trois années d’évolution économique et sociale
| Indicateur | Exercice 2023 | Exercice 2024 | Exercice 2025 | Évolution observée |
|---|---|---|---|---|
| Croissance du PIB | Environ 3,7 % | 3,8 % | 4,9 % | Accélération nette en 2025, soutenue par l’investissement et les activités agricoles et non agricoles |
| Inflation moyenne | 6,1 % | 0,9 % | 0,8 % | Forte désinflation après les tensions enregistrées en 2022 et 2023 |
| Taux de chômage | Environ 13 % | 13,3 % | 13 % | Stabilisation à un niveau structurellement élevé |
| Créations nettes d’emplois | Solde négatif, notamment dans l’agriculture | 82 000 | Environ 193 000 | Reprise notable, mais insuffisante pour provoquer une baisse importante du chômage |
| Déficit budgétaire | Environ 4,4 % du PIB | 3,9 % du PIB | Environ 3,5 % du PIB | Consolidation progressive des finances publiques |
| Déficit courant | Environ 1 % du PIB | 1,2 % du PIB | Contenu et globalement stable | Équilibre soutenu par le tourisme, les transferts des MRE et les exportations |
| Taux directeur | Politique de resserrement | 2,5 % après une première baisse | 2,25 % | Passage progressif à une politique monétaire plus accommodante |
| Avoirs officiels de réserve | Niveau solide | Niveau solide | Environ 443 milliards de dirhams | Réserves couvrant plusieurs mois d’importations |
| Principale alerte | Chômage en hausse et fragilité agricole | Emploi insuffisant et persistance des inégalités | Chômage des jeunes, poids des NEET et faible diffusion des bénéfices de la croissance | L’inclusion devient une préoccupation centrale |
Cette comparaison met en évidence une amélioration progressive des équilibres macroéconomiques. Le déficit budgétaire est passé d’environ 4,4 % du PIB en 2023 à 3,9 % en 2024, avant de se rapprocher de 3,5 % en 2025. Cette évolution a été favorisée par l’augmentation des recettes fiscales et par le recours à différents mécanismes de financement.
Les comptes extérieurs sont également restés maîtrisés. Les recettes touristiques, les transferts des Marocains résidant à l’étranger ainsi que les exportations de phosphates, de véhicules et de produits aéronautiques ont permis de contenir le déficit courant. Les avoirs officiels de réserve ont atteint près de 443 milliards de dirhams, assurant une couverture confortable des importations.
Le contraste avec le marché du travail demeure cependant frappant. L’économie a créé environ 193 000 emplois nets en 2025, contre 82 000 un an auparavant. Cette amélioration n’a permis de ramener le taux de chômage qu’à environ 13 %, après 13,3 % en 2024.
Le nombre de postes créés reste insuffisant pour absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail, estimés à environ 275 000 jeunes par an, sans compter les personnes déjà au chômage ou souhaitant reprendre une activité. La croissance économique produit donc davantage d’emplois, mais pas encore dans des proportions permettant de modifier profondément la situation.
Les jeunes de 15 à 24 ans, les diplômés et les femmes sont particulièrement exposés. Le phénomène des NEET constitue une autre alerte. Près de trois millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans ne seraient ni en emploi, ni en études, ni en formation. Au-delà de la question statistique, cette situation représente une perte considérable de capital humain et augmente les risques de précarité durable et de décrochage social.
Le problème tient en partie à la nature de la croissance. Une proportion importante de l’investissement est orientée vers les infrastructures et les projets nécessitant beaucoup de capitaux, mais relativement peu de main-d’œuvre une fois les chantiers achevés. Pour obtenir un effet plus large sur l’emploi, ces investissements doivent entraîner davantage de PME, de sous-traitants et de fournisseurs locaux.
Bank Al-Maghrib appelle ainsi à renforcer le rôle du secteur privé. L’investissement public reste indispensable à la modernisation du pays, mais il ne peut porter seul la création d’activité et d’emplois. Le rapport attire notamment l’attention sur un possible effet d’éviction du financement public : à long terme, une augmentation d’un point de PIB des actifs publics détenus par les banques serait associée à une diminution de 0,79 point de PIB du crédit accordé aux entreprises privées.
Ce constat pose directement la question de l’accès au financement des PME. Les entreprises de taille moyenne ou réduite concentrent une part importante du potentiel de création d’emplois, mais elles restent confrontées au coût du crédit, aux garanties demandées et aux délais de paiement. Une croissance plus inclusive nécessitera donc de mieux orienter l’épargne et le financement bancaire vers l’investissement productif privé.
Les rapports successifs de Bank Al-Maghrib soulignent également l’urgence de réformer l’éducation et la formation professionnelle. L’inadéquation entre les compétences disponibles et les besoins des entreprises continue de ralentir les recrutements, y compris dans des secteurs qui déclarent rencontrer des difficultés pour trouver les profils recherchés. L’industrie, le numérique, la transition énergétique et les services à forte valeur ajoutée exigent une meilleure articulation entre les établissements de formation et les employeurs.
Le rapport 2025 étend enfin son diagnostic aux retraites, aux finances publiques, au ciblage des aides sociales, à la gestion de l’eau et à la transition énergétique. La régionalisation avancée est présentée comme un moyen de rapprocher les politiques économiques des réalités locales et de réduire les disparités entre les territoires.
L’économie marocaine aborde ainsi une nouvelle étape. Après avoir restauré la stabilité des prix et consolidé plusieurs équilibres, elle doit transformer plus efficacement l’investissement en emplois et la croissance en amélioration du niveau de vie. Les résultats de 2025 constituent une base favorable, mais la réussite du modèle économique se mesurera désormais moins à la seule progression du PIB qu’à sa capacité à offrir des perspectives professionnelles, particulièrement aux jeunes, et à diffuser la prospérité dans l’ensemble de la société.

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