Airbus ne généralisera pas, pour l’instant, les quatre jours de présence hebdomadaire sur site. Le 21 août 2026, l’avionneur européen a demandé à ses managers de maintenir les modalités actuelles de travail hybride, qui permettent en moyenne deux jours de télétravail par semaine aux collaborateurs éligibles. Cette décision intervient après près de deux mois de contestation syndicale en France, en Espagne et au Royaume-Uni.
En juin 2026, Guillaume Faury, président exécutif d’Airbus, avait informé les quelque 160 000 collaborateurs du groupe de sa volonté de renforcer la présence physique dans les bureaux. La mesure, prévue à compter du 1er septembre 2026, devait concerner principalement les ingénieurs, les fonctions administratives et les équipes support. Elle prévoyait de porter la présence sur site de trois à quatre jours par semaine, réduisant ainsi le télétravail à une seule journée.
La direction expliquait cette orientation par les contraintes industrielles auxquelles Airbus doit répondre. Le groupe dispose d’un carnet de commandes record et vise la livraison de 870 avions en 2026. Guillaume Faury estimait également qu’une présence plus fréquente faciliterait la collaboration, le transfert des compétences et la rapidité des décisions.
L’intégration des nouvelles recrues figurait aussi parmi les arguments avancés. Entre 25 % et 33 % des effectifs d’Airbus auraient rejoint l’entreprise au cours des trois dernières années. Pour la direction, leur accompagnement nécessite davantage d’interactions directes avec les collaborateurs expérimentés. Le président exécutif avait par ailleurs rappelé la nature industrielle des activités du groupe, fondées sur la fabrication de produits qui ne peuvent être réalisés à distance.
La mesure a néanmoins suscité de fortes réserves. En France, elle semblait difficilement conciliable avec l’accord d’entreprise signé en 2024 et applicable jusqu’en août 2028. Celui-ci autorise jusqu’à deux jours de télétravail par semaine pour les postes éligibles. Plusieurs syndicats ont donc dénoncé une tentative de modifier unilatéralement les conditions prévues par cet accord.
Le 25 juin 2026, la CGT a organisé une mobilisation sur le site de Blagnac, près de Toulouse, réunissant plus d’une centaine de personnes. La CFDT a ensuite appelé à un rassemblement le 30 juin. Force ouvrière, premier syndicat chez Airbus France, a demandé la suspension du projet dans l’attente d’une réunion prévue le 7 juillet au niveau européen.
Les représentants des salariés ont également alerté sur les capacités d’accueil des sites, avec des risques de saturation des parkings, des cantines et des transports. Ils ont surtout défendu le maintien de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle permis par l’organisation hybride.
La contestation a été particulièrement suivie en Espagne, où Airbus emploie plus de 14 000 personnes sur huit sites. Un mouvement de grève a débuté le 1er juillet 2026 à Getafe, près de Madrid, avant de s’étendre à d’autres implantations. Selon les syndicats, près de 40 % des salariés ont participé aux arrêts de travail, dont les revendications portaient également sur les rémunérations, les transports et les congés. La production aéronautique n’a toutefois pas été perturbée, les mobilisations concernant principalement les activités administratives et les fonctions support.
Face à cette pression, Airbus a choisi de temporiser. Le projet limitant strictement le télétravail à une journée hebdomadaire est suspendu, tandis que les collaborateurs peuvent conserver leur organisation actuelle. La direction n’abandonne cependant pas son objectif d’augmenter la présence sur site. Elle affirme désormais vouloir engager une transition plus progressive, fondée sur les retours des équipes et le dialogue avec les partenaires sociaux.




