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[COMPENDIUM] Égalité de genre au Maroc : l’écart persistant entre droits et réalité sociale

Le chapitre « Gender dynamics and empowerment in Morocco », signé par Nouzha CHEKROUNI, est extrait de The Oxford Handbook of the Moroccan Economy, ouvrage collectif dirigé par Karim EL AYNAOUI et Arkebe OQUBAY. Présenté par Oxford Academic comme la première synthèse académique complète de l’économie marocaine, ce volume analyse vingt-cinq ans de transformation économique et sociale. Le chapitre consacré aux dynamiques de genre montre que le Maroc a inscrit l’égalité dans ses textes, renforcé la présence des femmes dans l’éducation et engagé plusieurs réformes juridiques, mais reste confronté à une contradiction majeure : les femmes sont plus diplômées, plus visibles dans l’espace public, mais toujours massivement exclues du marché du travail, des ressources économiques, du foncier, de la gouvernance et des postes de décision.

Nisrine M. by Nisrine M.
17 mai 2026
in Etudes et publications
Reading Time: 19 mins read
[COMPENDIUM] Égalité de genre au Maroc : l’écart persistant entre droits et réalité sociale l DRH.ma

[COMPENDIUM] Égalité de genre au Maroc : l’écart persistant entre droits et réalité sociale l DRH.ma

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Le Maroc a construit depuis trois décennies un arsenal juridique et institutionnel en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. La réforme de la Moudawana, la Constitution de 2011, les engagements internationaux, les plans gouvernementaux pour l’égalité, les quotas politiques et les dispositifs récents de féminisation des conseils d’administration ont modifié le cadre public de la question féminine. Ces réformes ont permis des avancées visibles. Elles ont aussi contribué à imposer l’égalité de genre comme un sujet de développement, et non plus seulement comme une revendication sociale portée par les associations.

Le diagnostic proposé par Nouzha CHEKROUNI dans « Gender dynamics and empowerment in Morocco » est pourtant beaucoup plus nuancé. Le Maroc progresse dans les textes, mais les rapports sociaux évoluent plus lentement. Le droit affirme l’égalité, mais les normes familiales, les inégalités territoriales, le poids du travail domestique, la violence fondée sur le genre et l’accès limité aux ressources continuent de restreindre l’autonomie réelle des femmes. Cette tension constitue le fil conducteur du chapitre : l’émancipation juridique ne produit pas automatiquement l’émancipation économique, sociale et politique.

Les indicateurs internationaux confirment cet écart. Selon le Global Gender Gap Report 2024 du Forum économique mondial, cité dans le chapitre, le Maroc est classé 137e sur 146 pays, avec un score global de 0,628. Cette position traduit une distance persistante entre les engagements affichés et les résultats mesurables. La perception interne va dans le même sens. Selon l’enquête nationale du Haut-Commissariat au Plan sur la perception des Objectifs de développement durable, 58,4% des Marocains considèrent que l’égalité entre les sexes n’existe pas. Cette perception atteint 65,8% en milieu rural et 63,3% chez les femmes.

Ces chiffres ne décrivent pas seulement une opinion. Ils révèlent une expérience sociale. Pour une partie importante des Marocaines, l’égalité reste conditionnelle, partielle et inégalement distribuée selon le territoire, le niveau d’éducation, la classe sociale, l’état matrimonial, l’accès au travail et la situation familiale. La question n’est donc pas uniquement de savoir si le Maroc dispose de lois favorables à l’égalité. Elle est de mesurer ce que ces lois changent effectivement dans la vie quotidienne, dans l’accès à l’emploi, dans la répartition du pouvoir domestique, dans la propriété foncière, dans la sécurité personnelle et dans la participation à la décision.

Un cadre juridique modernisé, mais encore traversé par une dualité profonde

L’histoire des droits des femmes au Maroc est marquée par des avancées successives, souvent obtenues sous l’effet combiné de la mobilisation civile, de la volonté politique et de l’influence des engagements internationaux. Nouzha CHEKROUNI rappelle que la question de l’égalité s’est structurée à la fin des années 1980, portée par des ONG engagées dans la réforme du statut personnel. Le gouvernement d’Alternance, à partir de 1998, a contribué à intégrer l’approche genre dans les politiques publiques, dans le prolongement de la Conférence de Pékin.

Cette histoire a cependant commencé plus tôt, avec des symboles puissants. Le discours de Tanger prononcé en 1947 par le Sultan Mohammed V, en présence de la Princesse Lalla Aïcha tête découverte, a été interprété comme un moment important dans la reconnaissance de la place des femmes dans le projet national. Mais la période post-coloniale n’a pas immédiatement débouché sur une transformation profonde de leur statut. La Moudawana codifiée en 1958 a consolidé un cadre familial fortement marqué par la jurisprudence islamique, et les inégalités entre femmes rurales et urbaines, ainsi qu’entre classes sociales, se sont maintenues.

La réforme de 1993, obtenue après une mobilisation de la société civile ayant recueilli plus d’un million de signatures, a constitué une première rupture. Elle a modifié certains articles liés au mariage, à sa dissolution, à la garde des enfants et à la représentation légale. Mais son impact a surtout été politique et symbolique : elle a contribué à désacraliser le Code du statut personnel et à ouvrir la voie à une réforme plus profonde. Celle-ci interviendra en 2004, avec une nouvelle Moudawana définissant le mariage comme « un pacte basé sur le consentement mutuel » et introduisant l’égalité dans la gestion du foyer.

La Constitution de 2011 a prolongé cette dynamique. Son article 19 reconnaît l’égalité entre les femmes et les hommes et prévoit la création d’une Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination. Le préambule affirme également la primauté des conventions internationales ratifiées par le Maroc sur le droit interne. Mais ce cadre reste conditionné par les constantes du Royaume et ses lois, dont la religion musulmane. Cette formulation maintient une dualité juridique : d’un côté, l’engagement international en faveur de l’égalité ; de l’autre, un référentiel religieux et familial qui continue d’organiser certains domaines sensibles, notamment l’héritage et le statut matrimonial.

C’est dans cette tension que se joue une partie de la question féminine au Maroc. Le pays a modernisé son cadre légal, mais il n’a pas totalement levé les contradictions entre égalité constitutionnelle et inégalités maintenues dans certains droits personnels. La chercheuse souligne que cette dualité freine l’émancipation économique et politique des femmes, car l’accès aux ressources, au patrimoine et à l’autonomie ne dépend pas seulement de l’emploi ou de l’éducation. Il dépend aussi de la capacité à hériter, posséder, décider et transmettre.

Le recul de l’activité féminine révèle une crise d’autonomisation

Le fait le plus préoccupant du chapitre concerne le marché du travail. Malgré les progrès scolaires et universitaires, les femmes marocaines participent de moins en moins à l’activité économique. Selon les données du HCP reprises par Nouzha CHEKROUNI, le taux d’activité féminin est passé de 27,9% en 2000 à 19,1% en 2024. Le taux d’emploi féminin a reculé de 24,3% à 15,3% sur la même période. Le chômage féminin, lui, est passé de 13% en 2000 à 19,4% en 2024.

Cette évolution contredit l’idée selon laquelle l’éducation suffirait à intégrer les femmes au marché du travail. Le Maroc a fortement amélioré la scolarisation des filles et la féminisation de l’enseignement supérieur. Le chapitre rappelle que les femmes représentent désormais 58,4% des diplômés du supérieur, avec des niveaux atteignant 70% dans certaines facultés. Leur présence progresse aussi dans les écoles d’ingénieurs, où elles représentent 42% des effectifs. Pourtant, cette progression ne se traduit pas par une intégration équivalente dans l’emploi.

La contradiction est nette : les femmes gagnent en qualification, mais perdent en participation économique. Plusieurs facteurs expliquent ce décrochage. Les normes sociales continuent d’associer les femmes à la sphère domestique. Les opportunités formelles restent concentrées dans des zones urbaines, souvent éloignées des contraintes réelles de mobilité, de sécurité et de garde d’enfants. Les politiques de conciliation entre vie professionnelle et responsabilités familiales demeurent insuffisantes. Les employeurs peuvent encore considérer les femmes comme moins disponibles, moins stables ou plus exposées aux interruptions de carrière.

Le mariage constitue un facteur majeur d’inactivité. Selon les données du HCP citées dans le chapitre, la probabilité qu’une femme mariée reste inactive atteindrait 81,9%, contre seulement 3,1% pour un homme marié. Ce chiffre résume l’asymétrie du contrat social domestique. Le mariage réduit fortement la disponibilité économique des femmes, mais renforce rarement les responsabilités domestiques des hommes. Le marché du travail sanctionne donc moins la maternité que l’organisation sociale de la famille.

Le poids du travail domestique reste central. Une femme exerçant une activité professionnelle consacre encore en moyenne 4 heures et 18 minutes par jour aux tâches ménagères, soit seulement 1 heure et 42 minutes de moins qu’une femme au foyer. Sa charge quotidienne totale atteint 6 heures et 21 minutes, dont 79% consacrées à la sphère domestique. Ces données montrent que l’entrée dans l’emploi ne libère pas automatiquement les femmes du travail non rémunéré. Elle ajoute souvent une deuxième journée à la première.

Les écarts de rémunération renforcent cette exclusion. Dans le secteur public, l’écart salarial entre femmes et hommes est limité à 2,4%, et peut même s’inverser en faveur des jeunes femmes diplômées de 18 à 29 ans. Dans le secteur privé, l’écart atteint 43% au détriment des femmes. Cette différence montre que la discrimination n’est pas seulement culturelle. Elle est aussi organisationnelle, salariale et sectorielle. Les femmes restent concentrées dans des emplois moins rémunérés, moins stables, moins protégés et moins valorisés.

Les jeunes femmes sont les plus exposées. Le chômage des femmes âgées de 15 à 24 ans atteignait 44,4% en 2022, contre un taux national de 32,7% pour la même catégorie d’âge. Elles sont aussi surreprésentées parmi les NEET, ces jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation. Selon les données de l’ONDH citées par la chercheuse, les femmes représentaient 76,4% des NEET en 2019. Cette situation crée un risque durable : une jeune femme sortie de l’école, sans formation ni emploi, peut rester durablement exclue de l’autonomie économique.

Les femmes rurales face à la double vulnérabilité sociale et climatique

La question de genre prend une dimension encore plus aiguë dans le monde rural. Le Maroc rural représente 37,2% de la population selon le recensement de 2024. L’agriculture y constitue environ 74% de l’emploi rural, tout en restant très exposée au stress hydrique, à la sécheresse, à la dégradation des ressources naturelles et à la baisse de la productivité. Les femmes rurales se trouvent à l’intersection de plusieurs vulnérabilités : pauvreté, éloignement, faible accès aux services, travail invisible, faibles droits fonciers et exposition directe aux effets climatiques.

Leur participation au marché du travail a chuté de 37% en 2010 à 23% en 2023. Cette baisse est d’autant plus préoccupante que les femmes jouent un rôle essentiel dans la production agricole, l’élevage, la gestion de l’eau, la transformation artisanale et la sécurité alimentaire familiale. Leur contribution est pourtant rarement reconnue comme une activité économique pleine. Elle reste souvent assimilée à de l’aide familiale ou à des tâches domestiques prolongées.

Les données sur l’accès au foncier sont particulièrement révélatrices. Seulement 1% des femmes rurales possèdent des terres agricoles, selon les éléments cités dans le chapitre. Dans les oasis, les femmes assureraient 60% de la production agricole, mais détiennent moins de 1% des ressources et seulement 2% des terres. Cette asymétrie foncière limite leur accès au crédit, aux programmes agricoles, aux technologies, aux subventions et aux organes de décision. Elle réduit leur autonomie dans un secteur où elles travaillent fortement.

La réforme relative aux terres collectives et la mobilisation des femmes Soulaliyates ont permis une avancée importante avec la loi 62.17, qui a mis fin à une discrimination historique dans la transmission de ces terres. Mais la transformation juridique doit encore se traduire dans les pratiques locales, les décisions administratives, l’accès effectif à la propriété et la capacité à exploiter les ressources.

Le changement climatique aggrave cette situation. La raréfaction de l’eau impose aux femmes des déplacements plus longs pour l’approvisionnement domestique, augmente leur charge physique et les expose davantage aux risques. Les sécheresses et la réduction des terres arables poussent les hommes à migrer vers les villes, laissant souvent les femmes assumer simultanément les enfants, les personnes âgées, les tâches agricoles et la gestion du foyer. Cette charge se répercute sur les filles, plus souvent mobilisées pour aider leurs mères, au détriment de leur scolarité.

La santé maternelle reflète également les disparités. Selon l’Enquête nationale sur la population et la santé familiale citée dans le chapitre, la mortalité maternelle en milieu rural atteint 111,1 décès pour 100.000 naissances vivantes, contre 44,6 en milieu urbain, soit un niveau 2,5 fois plus élevé. Ce différentiel tient à l’éloignement des structures de soins, au manque de professionnels qualifiés, aux difficultés de transport et aux inégalités d’accès aux services de santé reproductive.

Les politiques agricoles et climatiques n’intègrent pas encore suffisamment cette réalité. La stratégie Génération Green 2020-2030 mentionne les jeunes et les femmes dans ses objectifs, mais la chercheuse estime que l’approche genre y reste insuffisante. Les femmes apparaissent trop souvent comme bénéficiaires secondaires ou aides familiales, et non comme actrices centrales de l’adaptation climatique, de la sécurité alimentaire et de l’économie rurale.

Le leadership progresse dans les quotas, pas encore dans le pouvoir réel

La représentation des femmes dans la vie politique a connu des avancées mesurables. Grâce aux quotas et aux listes nationales, leur présence à la Chambre des représentants est passée de 0,7% en 1997 à 11% en 2002, puis à 24,3% en 2021. Ces chiffres montrent l’efficacité des mécanismes correcteurs lorsqu’ils sont inscrits dans la règle électorale. Mais la représentation ne garantit pas toujours l’accès effectif aux centres de décision. Les structures partisanes, les réseaux d’influence, les fonctions exécutives locales et nationales restent largement dominés par des hommes.

Dans l’entreprise, le plafond de verre demeure plus rigide. Le Maroc affiche l’un des taux les plus faibles de la région MENA en matière de présence féminine aux postes de direction générale, avec moins de 1% de femmes dans ces fonctions selon les données citées. La Banque mondiale indiquait qu’elles représentaient 13% des cadres dirigeants en 2021. La loi 19-20 a introduit un quota de 30% de femmes dans les conseils d’administration des sociétés anonymes à l’horizon 2024, puis 40% à l’horizon 2027. Mais la représentation actuelle demeure limitée : 22% au niveau des conseils, et seulement 7% dans de véritables rôles décisionnels.

Cette situation montre qu’il existe une différence entre présence et pouvoir. Une femme peut siéger dans une instance sans contrôler l’ordre du jour, le budget, les nominations, la stratégie ou la décision finale. La féminisation des conseils d’administration est donc une condition utile, mais elle ne suffit pas si elle ne s’accompagne pas d’un accès aux comités stratégiques, aux directions opérationnelles, aux fonctions financières, aux responsabilités industrielles et aux réseaux de pouvoir économique.

Les violences fondées sur le genre constituent un autre frein majeur. Environ 50% des femmes marocaines déclarent avoir subi une forme de violence. La loi 103-13, adoptée en 2018, a criminalisé plusieurs formes de violence, dont le harcèlement sexuel, les violences physiques et psychologiques, ainsi que certaines agressions économiques et verbales. Mais son application reste limitée par le manque d’information des victimes, la stigmatisation, l’éloignement des tribunaux, le coût des procédures et l’insuffisance des structures d’accompagnement.

La violence domestique reste particulièrement problématique. Une étude d’ONU Femmes et Promundo citée dans le chapitre indique que 60% des hommes et 40% des femmes considèrent certaines formes de violence conjugale comme légitimes pour préserver le lien matrimonial. Cette donnée révèle la profondeur des normes sociales qui empêchent les victimes de dénoncer. Elle montre aussi que la lutte contre la violence ne peut pas se limiter au droit pénal. Elle doit inclure l’éducation, les médias, l’accompagnement social, la formation des magistrats, la protection des victimes et la transformation des représentations.

Le coût économique de ces violences est estimé à 2,85 milliards de dirhams par an, soit environ 308 millions de dollars. Cette donnée rappelle que les violences faites aux femmes ne relèvent pas seulement de la sphère privée. Elles ont un effet direct sur l’emploi, la santé, la productivité, l’absentéisme, l’entrepreneuriat, la mobilité sociale et la capacité des femmes à accéder à des postes de responsabilité.

L’éducation des filles reste le levier décisif, mais les ruptures persistent

L’éducation apparaît comme le levier le plus robuste de transformation. Les progrès sont importants, notamment pour les filles rurales âgées de 6 à 11 ans, dont le taux de scolarisation atteint 95,1% en 2024, contre 90% en 2014. Les taux de féminisation progressent à tous les niveaux : préscolaire, primaire, secondaire et supérieur. Cette évolution alimente une génération plus instruite, plus visible et potentiellement plus exigeante à l’égard de ses droits.

Mais l’abandon scolaire demeure un verrou. En milieu rural, 10,2% des filles quittent le collège et 6,2% abandonnent le lycée. Les causes sont connues : éloignement des établissements, absence de transport, pauvreté, travail domestique, insécurité, manque d’internats, mariages précoces et faible rendement perçu de l’éducation lorsque l’accès à l’emploi reste limité. Une fille peut être scolarisée au primaire, puis perdre progressivement l’accès à l’école à mesure que les coûts, les distances et les contraintes familiales augmentent.

Le mariage des mineures constitue l’un des points les plus sensibles. En 2019, les tribunaux marocains ont accordé 20.738 dérogations pour des mariages de mineures, soit 7,53% des mariages contractés. Ces chiffres ne tiennent pas compte des unions coutumières non déclarées. L’ONDH estime que pour éradiquer le mariage des mineures à l’horizon 2030, la baisse annuelle devrait atteindre 23%, alors qu’elle n’est actuellement que de 1,9%. L’écart entre l’objectif et la trajectoire réelle est considérable.

Le travail domestique des enfants ajoute une vulnérabilité supplémentaire. En 2019, 2% des enfants âgés de 7 à 17 ans étaient économiquement actifs. La loi 19-12 sur le travail domestique a cherché à encadrer cette activité, mais son article 6 a prévu une période de transition permettant le travail domestique des jeunes filles de 16 à 18 ans, période achevée en 2023 sans bilan clairement établi dans le chapitre. Ce type de faille entretient le risque d’exploitation, notamment pour les filles issues de familles pauvres.

L’éducation doit donc être pensée au-delà de la scolarisation. Il ne suffit pas d’inscrire les filles à l’école ; il faut sécuriser leur parcours jusqu’au secondaire qualifiant, leur donner accès aux internats, au transport, aux filières scientifiques, aux compétences numériques, à l’orientation, aux modèles féminins et à une pédagogie qui déconstruit les stéréotypes. La chercheuse insiste aussi sur l’importance de l’éducation à la masculinité positive dès le plus jeune âge. L’égalité ne peut pas être une charge imposée aux femmes ; elle suppose une transformation du comportement des hommes, des familles, des institutions et des entreprises.

Le chapitre de Nouzha CHEKROUNI conduit à une conclusion claire : le Maroc ne manque pas uniquement de textes, mais d’effectivité. L’égalité est désormais inscrite dans le langage public, dans plusieurs lois, dans des stratégies nationales et dans les engagements internationaux. Mais elle reste freinée par des normes sociales fortes, une dualité juridique persistante, une faible participation économique des femmes, une répartition inégale du travail domestique, un accès limité au foncier, des violences encore massives et un pouvoir économique peu féminisé.

La prochaine étape ne peut donc pas être seulement institutionnelle. Elle doit être économique, territoriale, éducative et culturelle. Le Maroc devra rendre le travail féminin possible, sûr et rentable ; renforcer les services de garde ; lutter contre les discriminations salariales ; protéger les femmes rurales dans les politiques climatiques ; appliquer pleinement les lois contre les violences ; faire respecter les droits fonciers ; ouvrir les filières scientifiques et technologiques ; et transformer les quotas en pouvoir réel. L’égalité de genre n’est pas un supplément social. Elle conditionne la productivité, la cohésion nationale, l’efficacité des politiques publiques et la capacité du pays à mobiliser toutes ses compétences.

Pour en savoir plus

Tags: Autonomisationéducation des fillesÉgalité de genreEmploi féminininégalités salarialesMarocMoudawanaparticipation politiqueruralitéviolences basées sur le genre
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