L’intelligence artificielle générative modifie-t-elle déjà le marché du travail français ? Pour répondre à cette question, Antonin Bergeaud, Antoine Bertheau, Simon Bunel, Oscar Degos et Marco Guido Palladino ont choisi de ne pas regarder uniquement le nombre de salariés en poste. Leur étude porte d’abord sur les mouvements de main-d’œuvre, c’est-à-dire les recrutements et les fins de contrat, afin d’identifier d’éventuelles transformations qui pourraient précéder une évolution visible des effectifs.
Les chercheurs exploitent les mouvements de main-d’œuvre construits à partir des déclarations sociales nominatives. Le champ couvre les établissements du secteur privé de France métropolitaine, hors agriculture, intérim et particuliers employeurs, entre janvier 2019 et mars 2026. Plus d’un demi-million de CDI sont signés chaque trimestre dans le périmètre étudié. Les auteurs rapprochent ces données d’un nouvel indice mesurant l’exposition des métiers à l’IA générative.
Cet indice repose sur les 1 584 fiches du Répertoire opérationnel des métiers et des emplois de France Travail et leurs 16 740 savoir-faire. Chaque savoir-faire est évalué selon la capacité de l’IA générative à accomplir la tâche, l’expertise tacite nécessaire et la présence physique ou relationnelle requise. Les 310 professions présentes dans les données sont ensuite réparties en cinq quintiles, Q1 regroupant les métiers les moins exposés et Q5 les plus exposés. L’indicateur mesure donc une exposition potentielle des tâches et non l’utilisation effective de l’IA ou la probabilité de disparition d’un emploi.
Des métiers très différents selon leur exposition à l’IA
La composition des quintiles montre que l’exposition concerne davantage les professions reposant sur la production, le traitement ou la mise en forme de l’information. À l’inverse, les activités nécessitant une présence physique ou une relation directe apparaissent davantage dans les catégories les moins exposées. Chaque quintile réunit entre 61 et 63 professions, mais cette répartition n’est pas pondérée par le nombre de salariés : un quintile ne représente donc pas nécessairement 20 % de l’emploi.
Exemples de professions selon leur exposition à l’IA générative
| Niveau | Professions citées | Caractéristique dominante |
|---|---|---|
| Q1, moins exposé | Infirmiers ; aides-soignants ; assistantes maternelles ; ouvriers qualifiés d’entretien des bâtiments | Présence physique ou relationnelle forte |
| Q2 | Coiffeurs salariés ; assistants de service social ; manutentionnaires ; conducteurs d’engins | Activités physiques et interactions directes |
| Q3 | Juristes ; cadres de la formation ; réceptionnistes ; mécaniciens de maintenance | Tâches cognitives, techniques et relationnelles |
| Q4 | Ingénieurs du contrôle-qualité ; cadres commerciaux de banque ; photographes ; ouvriers de l’impression | Traitement accru de l’information |
| Q5, plus exposé | Opérateurs de traitement de texte ; interprètes et traducteurs ; journalistes ; cadres d’études économiques, financières et commerciales ; techniciens des opérations bancaires | Production et traitement de l’information |
Tableau 1 : Exemples de professions par quintile d’exposition. Source : LIFT, Policy Paper 2026-02, à partir de ROME 4.0 et de la table de correspondance Dares.
Les chercheurs complètent cette approche par une mesure de l’usage réel de l’IA. Les données sont appariées à l’édition du printemps 2026 de l’enquête mensuelle de conjoncture de la Banque de France. Environ 6 000 entreprises répondantes peuvent être retrouvées dans les données de mouvements de main-d’œuvre et quelque 600 déclarent un usage intensif de l’intelligence artificielle.
Un décrochage particulièrement marqué chez les 21-29 ans
Chez les 21-29 ans, les embauches en CDI dans les métiers Q5 se situent en mars 2026 à un niveau inférieur de 28,3 % à celui de novembre 2022, mois correspondant à l’ouverture de ChatGPT au public. Dans Q1, la baisse est limitée à 7,5 %, soit un écart de 20,8 points entre les deux groupes. Les chercheurs évaluent à environ 22 000 le niveau tendanciel mensuel des embauches en CDI des jeunes dans Q5 en novembre 2022. Le recul correspond donc à quelque 6 200 embauches mensuelles en moins, dont environ 4 600 au-delà de la diminution constatée dans Q1. Rapportée à douze mois, la baisse par rapport au niveau de novembre 2022 représente environ 75 000 CDI.
Le résultat ne se limite pas à une opposition entre les deux extrêmes. Chez les 21-29 ans, Q2 recule comme Q1 d’environ 7,5 %, tandis que Q3 et Q4 diminuent respectivement d’environ 15 % et 16 %. Avant novembre 2022, les quintiles avaient suivi des trajectoires relativement proches, avec une forte chute des recrutements pendant la crise sanitaire suivie d’un rebond. Les auteurs précisent cependant que cette évolution antérieure ne permet pas d’affirmer que les trajectoires seraient restées parallèles en l’absence d’IA générative.
L’âge fait apparaître une autre différence importante. L’écart entre Q5 et Q1 atteint 20,8 points chez les 21-29 ans, 18,6 points chez les 30-39 ans, 15,3 points chez les 40-49 ans et seulement 3,8 points après 50 ans. Dans les métiers les plus exposés, les embauches en CDI diminuent de 28,3 % chez les 21-29 ans, de 27,4 % chez les 30-39 ans, de 23,9 % chez les 40-49 ans et de 12,5 % après 50 ans. Dans Q1, le recul demeure compris entre 7 % et 9 % quelle que soit la classe d’âge.
Évolution des recrutements selon l’âge et l’exposition à l’IA
| Âge | Baisse des CDI dans Q5 | Écart Q5-Q1, CDI | Écart Q5-Q1, toutes embauches |
|---|---|---|---|
| 21-29 ans | -28,3 % | -20,8 pts | -23,1 pts |
| 30-39 ans | -27,4 % | -18,6 pts | -22,0 pts |
| 40-49 ans | -23,9 % | -15,3 pts | -19,6 pts |
| 50 ans et plus | -12,5 % | -3,8 pts | -10,6 pts |
Tableau 2 : Évolution des recrutements entre novembre 2022 et mars 2026. Source : LIFT, Dares-MMO.
Les auteurs considèrent que ce gradient par âge est compatible avec l’hypothèse d’une protection liée à l’expérience. Les travailleurs en début de carrière peuvent notamment effectuer davantage de tâches répétitives et codifiables. Le Policy Paper ne présente cependant pas cette interprétation comme une preuve causale : un recul général de la demande dans certaines professions pourrait également affecter davantage les jeunes, qui représentent une part importante des nouveaux recrutements.
Les départs diminuent aussi, mais moins que les recrutements
Les fins de CDI suivent également une trajectoire baissière. Chez les 21-29 ans, elles reculent d’environ 23 % dans Q5 entre novembre 2022 et mars 2026, contre 6 % dans Q1. Cette diminution représente environ 3 500 fins de contrat mensuelles de moins dans les métiers les plus exposés. Comme les embauches diminuent plus fortement encore, le solde entre recrutements et départs se contracte d’environ 2 700 mouvements par mois.
Le calendrier des deux mouvements diffère. Le décrochage des recrutements apparaît après fin 2022, tandis que celui des fins de contrat se creuse surtout à partir de 2024. Le LIFT évoque un effet mécanique possible : moins de recrutements signifie moins de salariés récemment embauchés, alors que les ruptures sont plus fréquentes durant les premiers mois d’un contrat. Une raréfaction des opportunités professionnelles peut parallèlement inciter les salariés déjà en poste à moins changer d’employeur. Cette combinaison conduit les auteurs à parler de « gel » du marché pour les jeunes des métiers exposés.
Le recul demeure lorsque les CDD sont intégrés
L’étude vérifie ensuite si la diminution des CDI pourrait simplement correspondre à un report des recrutements vers des contrats courts. Les données ne font pas apparaître ce mécanisme. Tous contrats confondus, les embauches des 21-29 ans diminuent de 22,1 % dans Q5 entre novembre 2022 et mars 2026, tandis qu’elles progressent de 1 % dans Q1. L’écart atteint ainsi 23,1 points, soit davantage que les 20,8 points observés pour les seuls CDI.
Les seuls CDD présentent néanmoins une lecture plus délicate. L’écart approche 19 points chez les 21-29 ans et se situe entre 13 et 16 points pour les autres classes d’âge, mais la divergence avait commencé avant novembre 2022. Les recrutements en CDD dans les métiers exposés avaient progressé plus rapidement jusqu’à mi-2021 avant de ralentir relativement plus tôt. Les trajectoires des CDI étant restées beaucoup plus proches jusqu’à fin 2022, les chercheurs les considèrent comme un indicateur plus fiable du décrochage récent.
Les développeurs enregistrent le recul le plus spectaculaire
L’étude isole ensuite les développeurs et ingénieurs informatiques, fortement représentés dans les métiers exposés. Chez les 21-29 ans, leurs recrutements en CDI se situent en mars 2026 environ 42 % sous leur niveau de novembre 2022, contre environ 11 % pour les professions des quatre premiers quintiles. L’écart approche donc 31 points. Chez les 50 ans et plus, la baisse atteint encore 26,2 % chez les développeurs, contre 11,4 % dans le groupe de comparaison.
Le secteur technologique a cependant connu une conjoncture spécifique. Après des recrutements importants en 2021 et 2022, la remontée des taux d’intérêt a pesé sur le financement et l’activité de nombreuses entreprises numériques. Pour déterminer si les développeurs suffisent à expliquer le résultat général, les auteurs les retirent du quintile Q5. Sans eux, les recrutements des 21-29 ans diminuent encore de 24,5 % dans Q5, contre 7,5 % dans Q1. L’écart reste de 17 points au lieu de 20,8, ce qui conduit les chercheurs à estimer que l’informatique explique moins d’un cinquième de l’écart total.
Les principaux résultats concernant les 21-29 ans
| Indicateur | Résultat |
|---|---|
| Recul des CDI dans Q5 | -28,3 % |
| Recul des CDI dans Q1 | -7,5 % |
| Écart Q5-Q1 | -20,8 pts |
| Recul de toutes les embauches dans Q5 | -22,1 % |
| Évolution de toutes les embauches dans Q1 | +1,0 % |
| Recul des CDI des développeurs | ≈ -42 % |
| Recul de Q5 hors développeurs | -24,5 % |
| CDI mensuels en moins estimés dans Q5 | ≈ 6 200 |
| Dont baisse au-delà de Q1 | ≈ 4 600 |
| Réduction mensuelle du solde embauches-départs | ≈ 2 700 |
Tableau 3 : Synthèse des principaux résultats pour les 21-29 ans. Source : LIFT, Policy Paper 2026-02.
Les entreprises utilisant intensivement l’IA recrutent relativement moins de jeunes
L’exposition théorique d’un métier ne renseigne pas directement sur l’utilisation de l’IA par l’employeur. Le rapprochement avec l’enquête de la Banque de France permet donc aux chercheurs d’étudier les entreprises déclarant un usage intensif. Celles-ci recrutaient déjà entre 2019 et 2022 dans des professions davantage exposées que les entreprises déclarant ne pas utiliser l’IA. L’écart d’exposition atteint 0,7 écart-type et reste proche de 0,2 écart-type lorsque la comparaison est effectuée à secteur d’activité donné.
Après le quatrième trimestre 2022, les recrutements en CDI des jeunes décrochent relativement chez les entreprises déclarant utiliser intensivement l’IA. En 2025, l’écart estimé se situe entre -0,19 et -0,29 point de logarithme selon les trimestres, soit un recul relatif de 17 % à 25 %. Chez les salariés plus âgés, les différences sont plus faibles et rarement statistiquement significatives.
Le panel utilisé comprend 6 293 entreprises entre le premier trimestre 2021 et le premier trimestre 2026. Les estimations concernent environ 6 000 entreprises pour les 21-29 ans et 5 500 pour les 50 ans et plus. Les chercheurs procèdent également à une comparaison au sein des seules entreprises utilisatrices intensives : l’écart entre recrutements dans Q5 et dans les autres métiers oscille autour de zéro avant 2023, puis se creuse à partir du deuxième trimestre 2023. Il atteint entre -0,4 et -0,46 point de logarithme au premier semestre 2025, soit environ un tiers d’embauches en moins, avant de se réduire en fin de période et de ne plus être statistiquement significatif.
Cette partie de l’étude comporte néanmoins une limite importante. L’intensité d’utilisation de l’IA est déclarée début 2026 alors que les écarts de recrutement apparaissent à partir de 2023. Il n’est donc pas possible d’établir que les entreprises classées comme utilisatrices intensives en 2026 l’étaient déjà au moment où leurs recrutements ont commencé à évoluer. Les données d’entreprise ne permettent pas non plus de croiser simultanément l’âge et le métier.
Les effectifs totaux ne présentent pas encore de recul statistiquement établi
La distinction entre recrutement et emploi total constitue un élément essentiel du Policy Paper. Les effectifs des entreprises utilisatrices intensives d’IA ne divergent pas de manière statistiquement nette de ceux des autres entreprises. Les estimations évoluent vers -2 % à -3 % fin 2025, mais l’incertitude statistique ne permet pas de distinguer cet écart de zéro. Les chercheurs ne concluent donc pas à une destruction mesurable de l’emploi provoquée par l’IA générative.
Ce que montrent les résultats et ce qu’ils ne permettent pas de conclure
| Observation | Résultat | Limite |
|---|---|---|
| Recrutement des jeunes dans Q5 | Fort recul relatif depuis fin 2022 | L’IA ne peut pas être isolée comme cause unique |
| Fins de CDI dans Q5 | Recul également observé | Ne traduit pas une vague de licenciements |
| Entreprises utilisant intensivement l’IA | Recrutent relativement moins de jeunes | L’usage de l’IA est mesuré en 2026 |
| Métiers Q5 au sein des entreprises intensives | Recul relatif à partir de 2023 | L’effet se réduit en fin de période |
| Effectifs totaux | Pas de différence statistiquement nette | Ne préjuge pas d’un effet futur |
| Comparaison par âge | Écart beaucoup plus important chez les jeunes | Le rôle de l’expérience n’est pas démontré causalement |
Tableau 4 : Résultats et limites d’interprétation. Source : synthèse DRH.ma à partir du LIFT.
Des résultats internationaux contrastés
Les travaux disponibles à l’étranger ne convergent pas complètement. Aux États-Unis, une étude de Brynjolfsson, Chandar et Chen observe également un recul relatif de l’emploi des jeunes dans les professions exposées. Elle repose toutefois sur un panel d’entreprises clientes du gestionnaire de paie ADP et ne couvre ni l’ensemble du secteur privé ni toutes les réallocations liées aux créations et disparitions d’entreprises.
En Norvège, Hernæs et Kostøl mesurent une diminution d’environ 18 % de l’emploi des jeunes développeurs, mais ne trouvent pas d’écart statistiquement significatif entre le quintile le plus exposé et le moins exposé. Au Danemark, Humlum et Vestergaard observent surtout une réorganisation des tâches autour de l’intégration et de la supervision de l’IA. Ils ne détectent pas d’effet sur les revenus ou les heures travaillées et excluent un impact supérieur à 2 % deux ans après le lancement de ChatGPT. Ces études n’utilisent toutefois pas les mêmes indicateurs que le LIFT.
Comparaison des résultats internationaux recensés par LIFT
| Pays | Résultat | Indicateur | Réserve |
|---|---|---|---|
| France | Décrochage des recrutements des jeunes dans les métiers exposés | Embauches et fins de contrat | Résultats descriptifs |
| États-Unis | Recul relatif de l’emploi des jeunes dans les métiers exposés | Niveau d’emploi | Panel d’entreprises clientes d’ADP |
| Norvège | Environ -18 % chez les jeunes développeurs | Emploi | Pas d’écart significatif Q5-Q1 |
| Danemark | Pas d’effet détecté supérieur à 2 % | Revenus et heures travaillées | Ne mesure pas directement les recrutements |
Tableau 5 : Résultats internationaux cités par le LIFT. Source : LIFT, Policy Paper 2026-02.
Cycle économique, télétravail et apprentissage peuvent aussi expliquer une partie du phénomène
Le LIFT consacre une partie importante de son analyse à trois explications concurrentes. La première tient au cycle économique. Les jeunes sont généralement plus sensibles au ralentissement des recrutements et la période observée succède aux fortes créations d’emplois de 2021 et 2022. Parallèlement, le taux de dépôt de la Banque centrale européenne est passé de -0,5 % à 4 % entre juillet 2022 et septembre 2023, avec des conséquences sur l’investissement et les recrutements, notamment dans les activités technologiques où se concentrent de nombreux métiers exposés.
Le télétravail constitue une deuxième variable. Les professions fortement exposées à l’IA sont souvent également celles qui peuvent être exercées à distance. Selon les travaux cités par le LIFT, la relation entre exposition à l’intelligence artificielle et recul de la part des juniors dans les recrutements s’atténue fortement lorsque le télétravail est pris en compte. Les deux transformations peuvent par ailleurs être liées : la formalisation des pratiques dans des documents et procédures numériques nécessaire au travail à distance peut rendre certaines tâches plus facilement automatisables.
L’apprentissage représente la troisième explication. Le nombre d’apprentis en France est passé d’environ 430 000 en 2017 à plus d’un million fin 2023, avec une progression particulièrement importante dans l’enseignement supérieur, le commerce, la gestion et l’informatique. Parmi les 21-29 ans employés dans une profession Q5, la proportion d’apprentis est passée de 6 % fin 2019 à 10 % fin 2023. Une partie des jeunes qui apparaissent moins fréquemment dans les entrées en CDI pourrait donc entrer dans les mêmes métiers par l’apprentissage.
Les facteurs alternatifs examinés par le LIFT
| Facteur | Éléments relevés | Conséquence pour l’interprétation |
|---|---|---|
| Cycle économique | Ralentissement après 2021-2022 et remontée rapide des taux | Une partie de la baisse peut relever de la conjoncture |
| Correction technologique | Fortes embauches tech puis réorganisation | Facteur important pour les développeurs |
| Télétravail | Corrélé aux métiers fortement exposés | Peut expliquer ou renforcer une partie de la relation |
| Apprentissage | 430 000 apprentis en 2017, plus d’un million fin 2023 | Certains jeunes peuvent entrer par une autre forme de contrat |
| Apprentis en Q5 | 6 % en 2019 contre 10 % en 2023 chez les 21-29 ans | Nécessite d’observer les conversions en emploi durable |
Tableau 6 : Facteurs susceptibles d’expliquer une partie des évolutions observées. Source : LIFT, Policy Paper 2026-02.
Des résultats descriptifs qui appellent un suivi des recrutements
Les auteurs insistent sur la nature descriptive de leurs résultats. La comparaison des professions selon leur exposition à l’IA ne neutralise pas l’ensemble des transformations économiques survenues depuis 2022. Les données utilisées portent par ailleurs sur des flux d’embauches et de fins de contrat et non sur le nombre total de personnes occupant chaque profession. L’analyse des stocks d’emploi doit être complétée à partir de la Base tous salariés de l’Insee.
Le LIFT estime pour cette raison que les statistiques d’effectifs ou de taux d’emploi peuvent réagir tardivement à une transformation des comportements de recrutement. Les chercheurs proposent de suivre régulièrement les embauches selon l’âge, le contrat et le métier avec une nomenclature d’exposition stable, afin de distinguer une évolution durable d’un ralentissement conjoncturel.
L’étude pose enfin la question de la progression professionnelle. Les postes de début de carrière permettent aux jeunes d’acquérir par la pratique les compétences nécessaires aux fonctions plus expérimentées. Si certaines tâches traditionnellement attribuées aux débutants sont progressivement automatisées, les auteurs estiment que les organisations pourraient être conduites à redéfinir ces emplois autour de la supervision des productions de l’IA, de la relation client, du traitement des situations atypiques et du jugement professionnel. Une diminution durable des recrutements juniors pourrait également réduire, plusieurs années plus tard, le vivier de professionnels expérimentés. Il s’agit toutefois d’une implication prospective avancée par les chercheurs et non d’un effet déjà observé.
Consulter l’étude complète du LIFT
Les données françaises réunies par le LIFT ne permettent ainsi pas d’affirmer qu’une destruction nette d’emplois liée à l’IA générative est actuellement en cours. Elles font apparaître en revanche, depuis fin 2022, une divergence importante des recrutements selon l’exposition des métiers, particulièrement marquée chez les jeunes, ainsi qu’un ralentissement simultané des départs. L’évolution future des effectifs, la conversion des apprentis en emplois durables et la capacité à isoler l’effet propre de l’IA de celui du cycle économique seront déterminantes pour établir si ce décrochage constitue une transformation durable du marché du travail français ou un phénomène lié, au moins en partie, aux mutations concomitantes de la période.
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