Le financement accordé par le conseil d’administration de la BAD doit soutenir le développement de la première usine intégrée de batteries LFP en Afrique et dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Porté par le groupe chinois Gotion High-Tech, le projet couvrira plusieurs étapes de la chaîne de valeur, depuis la production des matériaux de cathode jusqu’aux cellules et packs destinés aux véhicules électriques.
La première phase représente un investissement estimé à environ 1,3 milliard de dollars. Elle doit installer une capacité de production de 10 GWh, avant une extension progressive pouvant atteindre 100 GWh. Une grande partie de la production est destinée à l’exportation, notamment vers l’Europe, mais l’usine pourra également renforcer l’approvisionnement des constructeurs et équipementiers automobiles présents au Maroc.
Derrière ces capacités industrielles, l’objectif de plus de 600 emplois directs constitue le premier indicateur de l’impact sur le capital humain. Ce chiffre, annoncé par la Banque africaine de développement, concerne la phase initiale soutenue par le financement. Il ne comprend pas l’ensemble des recrutements susceptibles d’apparaître chez les fournisseurs, les prestataires techniques, les logisticiens et les entreprises de maintenance.
La nature des postes marque surtout une rupture avec l’assemblage automobile traditionnel. La gigafactory devra recruter des ingénieurs en chimie et science des matériaux, des techniciens en procédés industriels, des spécialistes de l’automatisation, de la robotique et du contrôle qualité, ainsi que des experts en maintenance, cybersécurité industrielle et gestion énergétique. Les fonctions HSE occuperont également une place centrale en raison des exigences propres à la fabrication et au stockage des batteries.
Le taux d’intégration locale visé de 70 % amplifie ce défi. Pour produire localement une part importante de la valeur de la batterie, Gotion devra disposer de fournisseurs marocains capables de respecter des normes industrielles, environnementales et sociales internationales. La politique RH du projet devra donc dépasser les frontières de l’usine et accompagner la professionnalisation de l’ensemble de l’écosystème régional.
La disponibilité immédiate de ces compétences reste toutefois limitée. Des partenariats avec l’OFPPT, les Cités des métiers et des compétences, les universités et les écoles d’ingénieurs seront nécessaires pour adapter les cursus aux procédés LFP. L’enjeu sera de concevoir les référentiels de formation à partir des postes réels, puis d’organiser l’alternance, les stages industriels et les certifications avant la montée en cadence.
L’implantation d’un groupe chinois introduit également un défi de management interculturel. Les équipes marocaines devront assimiler les méthodes de production, les standards de qualité et les rythmes industriels de Gotion, tandis que les cadres expatriés devront comprendre le droit social, les pratiques managériales et les attentes professionnelles locales. Une académie interne, des programmes de mentorat et des mobilités entre le Maroc et les sites internationaux pourraient accélérer ce transfert.
La fidélisation constituera un autre point critique. Les ingénieurs et techniciens formés aux batteries seront rapidement recherchés par les acteurs de l’automobile, des énergies renouvelables et du stockage électrique. Gotion devra donc construire une proposition employeur associant rémunération compétitive, progression professionnelle, formation continue et participation à un projet industriel stratégique.
La gigafactory peut enfin soutenir le retour d’ingénieurs marocains installés à l’étranger. Mais ce « brain gain » ne se produira pas automatiquement : il dépendra de la qualité des postes proposés, de l’autonomie confiée aux cadres locaux et de la visibilité des parcours. Le prêt de 100 millions d’euros sécurise une partie de l’infrastructure financière ; la compétitivité du site reposera, elle, sur la capacité du Maroc à transformer ces investissements en compétences industrielles durables.




