Google va-t-il transformer les revendications de ses salariés en politique permanente de protection de l’emploi ? La direction n’a, pour le moment, annoncé aucun engagement. Mais l’ampleur de la mobilisation montre que l’incertitude provoquée par les restructurations successives ne constitue plus seulement un problème social. Elle devient un risque pour l’engagement, la confiance et la capacité des équipes à se projeter dans l’organisation.
Le 16 juillet, une centaine de salariés se sont réunis devant le siège de Mountain View pour remettre la pétition au PDG Sundar Pichai et à plusieurs dirigeants. Un membre de son équipe l’a acceptée en son nom, mais Google n’avait pas répondu publiquement aux demandes au 20 juillet. Le mouvement est porté par l’Alphabet Workers Union, qui revendique environ 1 400 membres.
La pétition formule quatre demandes. La première consiste à proposer des départs volontaires avant tout licenciement contraint. La deuxième vise à garantir à chaque salarié licencié une indemnité au moins équivalente à celle accordée lors du plan de janvier 2023, qui avait entraîné la suppression d’environ 12 000 postes.
Les salariés réclament également la fin des distributions forcées de notes dans le système d’évaluation GRAD. Ils souhaitent que les évaluations soient fondées sur les résultats individuels et ne puissent pas être modifiées pour respecter un quota. Cette revendication traduit une inquiétude RH plus large : dans un contexte de réduction d’effectifs, une mauvaise note peut être perçue comme un instrument de sélection préalable aux licenciements.
La dernière demande concerne la possibilité de recevoir l’indemnité de départ sous la forme d’une prolongation du congé rémunéré plutôt que d’un versement forfaitaire. Cette formule permettrait au salarié de rester plus longtemps dans les effectifs et de préserver temporairement sa couverture sociale. Elle serait particulièrement importante pour les travailleurs étrangers dont le statut migratoire dépend de leur emploi.
Les salariés disposent déjà d’un précédent. Après le lancement de la campagne au début de 2025, Google a proposé des programmes de départ volontaire dans plusieurs divisions. Selon le syndicat, plus de 60 000 salariés ont été éligibles à ces dispositifs au cours de l’année. D’autres propositions ont été lancées en février 2026 dans certaines équipes commerciales et opérationnelles. L’entreprise a donc expérimenté l’une des principales solutions réclamées, sans l’ériger en règle générale applicable à toutes les restructurations.
Pour l’Alphabet Workers Union, cette évolution démontre que la mobilisation interne peut infléchir les décisions. Elle ne garantit toutefois pas que Google acceptera l’ensemble des demandes. La direction peut vouloir conserver sa liberté d’arbitrage selon les métiers, les pays et les besoins de chaque réorganisation.
La pression exercée par les salariés est renforcée par les performances financières du groupe. Au quatrième trimestre 2025, Alphabet a réalisé un chiffre d’affaires de 113,8 milliards de dollars, en hausse de 18 %, et un résultat opérationnel de 35,9 milliards. Son chiffre d’affaires annuel a dépassé 400 milliards de dollars pour la première fois. Le groupe prévoit parallèlement entre 175 et 185 milliards de dollars d’investissements en 2026, principalement pour développer ses infrastructures d’intelligence artificielle. Alphabet présente ces dépenses comme indispensables à sa croissance future.
Parul Koul, ingénieure logiciel chez Google et présidente de l’Alphabet Workers Union, estime que les réductions d’effectifs reflètent une priorité donnée « aux profits plutôt qu’aux personnes ». Pour les signataires, la bonne santé financière du groupe justifie que les licenciements contraints ne constituent pas la première option envisagée.
La pétition ne demande pas l’interdiction absolue des restructurations. Elle cherche à encadrer la manière dont elles sont préparées et conduites. Départs volontaires, indemnités minimales, critères d’évaluation transparents et maintien temporaire des droits composent un modèle de réduction d’effectifs plus prévisible.
Pour les DRH, le message dépasse largement le cas de Google. L’incertitude prolongée peut provoquer une baisse de l’engagement, une rétention défensive de l’information et le départ de profils critiques. Elle fragilise également la crédibilité du système d’évaluation lorsque les salariés soupçonnent son utilisation pour atteindre un objectif de réduction d’effectifs.
Google devra désormais arbitrer entre flexibilité organisationnelle et sécurité procédurale. Même sans garantir le maintien de tous les postes, une entreprise peut définir à l’avance l’ordre des solutions, les critères de décision et les droits applicables. La réponse de Google dira si les départs volontaires resteront un outil ponctuel ou deviendront le socle d’un nouveau contrat social dans l’industrie technologique.




