Le Maroc remet la croissance verte au centre de son agenda entrepreneurial. À travers la 5e cohorte du projet « Accélérateur de Croissance Verte et d’Emplois », le Programme des Nations unies pour le développement au Maroc lance un nouvel appel à manifestation d’intérêt destiné aux petites et moyennes entreprises capables de transformer les contraintes écologiques en leviers économiques. La fenêtre de candidature est fixée du 3 avril au 3 mai 2026 à 23 h, avec un dépôt exclusivement en ligne.
L’initiative s’inscrit dans un double impératif. D’un côté, la pression environnementale s’intensifie, avec des défis déjà bien identifiés : stress hydrique, dégradation des sols, dépendance énergétique, vulnérabilité climatique et fractures territoriales. De l’autre, la création d’emplois pour les jeunes demeure un enjeu structurel. Le programme cherche précisément à traiter ces deux dimensions dans un même mouvement, en misant sur des entreprises capables de verdir leur modèle, d’ouvrir de nouveaux marchés et de générer des emplois sur le territoire national.
Le périmètre sectoriel retenu montre clairement l’ambition du dispositif. L’appel couvre l’agriculture durable, les solutions digitales pour l’agriculture de précision, la pêche durable, la gestion forestière, l’industrie durable, le transport et le stockage responsables, la production d’énergie solaire et éolienne, les bâtiments à haute efficacité énergétique, l’optimisation de la consommation d’énergie, la gestion de l’eau, la valorisation des déchets, le traitement des eaux usées ainsi que l’écotourisme et le tourisme communautaire. Le message est clair : la transition verte n’est pas cantonnée à quelques niches techniques. Elle concerne aussi bien l’industrie que les services, le numérique, les territoires et les chaînes de valeur locales.
Le profil recherché est assez précis. Les entreprises candidates doivent être enregistrées depuis au moins deux ans, disposer d’une adresse physique au Maroc, relever de la catégorie PME ou TPME, et porter un projet développé ou lancé depuis moins de trois ans. Elles doivent aussi démontrer une implication réelle dans les initiatives vertes, soit par une idée clairement formulée, soit par une solution déjà testée ou commercialisée, soit encore par une participation antérieure à un programme d’accompagnement. Le programme ne s’adresse donc ni à une idée encore floue, ni à une simple intention de communication environnementale. Il vise des structures déjà engagées, mais qui ont besoin d’un appui technique, stratégique ou technologique pour changer d’échelle.
Autre filtre important : l’ouverture sur l’international. Les entreprises doivent déjà mener des activités d’exportation ou, à défaut, démontrer un potentiel crédible de développement hors du marché national. Ce critère traduit la logique de compétitivité qui sous-tend l’appel. La croissance verte est ici pensée non seulement comme une réponse environnementale, mais aussi comme une voie de positionnement sur des marchés plus exigeants, où les standards de durabilité deviennent progressivement des conditions d’accès.
Le dispositif met également en avant plusieurs priorités de ciblage. Les PME dirigées par des femmes, celles comptant des femmes parmi leurs principaux actionnaires, ainsi que les candidatures portées par des personnes en situation de handicap sont explicitement encouragées. Les entreprises situées hors de l’axe Casablanca-Rabat-Kénitra sont elles aussi fortement incitées à postuler. Un quota spécifique est prévu pour les structures basées dans la région de Marrakech-Safi ou y opérant, dans une logique de relèvement durable après le séisme d’Al-Haouz. Là encore, le programme assume un positionnement qui combine transition écologique, inclusion économique et rééquilibrage territorial.
La mécanique de sélection repose sur plusieurs étages. Un premier tri sera effectué à partir des dossiers déposés en ligne. Les entreprises présélectionnées suivront ensuite un parcours de pré-accélération de trois jours, organisé à distance. Cette phase a un double objectif : renforcer les fondamentaux des candidats et permettre aux équipes du programme d’évaluer plus finement leur robustesse. Les thématiques annoncées – verdissement de l’entreprise, logique partenariale, préparation du pitch – montrent que la sélection ne se limite pas à une lecture administrative du dossier. Elle teste aussi la capacité du porteur à présenter une vision claire, crédible et structurée.
Le comité final examinera plusieurs critères : caractère innovant du projet, intégration des femmes et des jeunes dans la gouvernance, réalisations commerciales, composante verte, viabilité du business model, plan de financement, complémentarité de l’équipe, potentiel de création d’emplois décents, capacité à l’export et qualité du pitch. Cette grille révèle ce que recherchent aujourd’hui les programmes d’accélération les plus sélectifs : non pas seulement une bonne idée, mais une combinaison entre traction, exécution, impact et lisibilité stratégique.
Le programme d’accompagnement, lui, s’étale sur cinq mois. Il comprend des formations, des ateliers, du mentorat, l’accès à des coachs et experts nationaux et internationaux, ainsi que des mises en relation avec des institutions financières et des investisseurs. Des jeunes talents issus de l’initiative Youth for Sustainability viendront également appuyer les PME retenues. Un volet d’apprentissage numérique est intégré, avec l’idée de mobiliser la digitalisation, les technologies de l’information et le e-commerce comme leviers de croissance. C’est un point central : la transition verte est ici articulée à la transition numérique, non opposée à elle.
Un élément mérite toutefois d’être posé sans ambiguïté : cet appel à projets ne prévoit aucun financement direct. L’offre porte sur de l’accompagnement, du mentorat, de la structuration et de la mise en réseau. Pour certaines entreprises, ce type de soutien peut s’avérer décisif s’il permet d’améliorer un dossier d’investissement, de clarifier une stratégie ou d’accéder à des partenaires. Pour d’autres, l’absence de subvention immédiate pourra constituer un frein. Tout l’enjeu sera donc de mesurer si l’entreprise candidate est déjà à un niveau de maturité suffisant pour convertir cet accompagnement en croissance réelle.
Cet appel à manifestation d’intérêt dessine en tout cas une ligne stratégique nette : soutenir des PME capables de faire de la durabilité un moteur d’activité, et non un simple habillage. Dans un paysage où beaucoup d’entreprises parlent encore de transition verte sans modèle économique stabilisé, le GGJAP cible au contraire des acteurs qui doivent prouver leur capacité à vendre, à structurer, à exporter et à recruter. Pour les PME marocaines déjà engagées sur ce terrain, la date du 3 mai constitue moins une échéance administrative qu’un test de crédibilité.




