Les États-Unis continuent de créer des emplois, mais à un rythme plus mesuré. Selon les données publiées le 8 mai 2026 par le Bureau of Labor Statistics, l’économie américaine a ajouté 115 000 emplois non agricoles en avril. Le chiffre marque un ralentissement par rapport au mois de mars, révisé à 185 000 créations nettes, mais il reste supérieur aux attentes des économistes interrogés par Reuters, qui anticipaient 62 000 emplois supplémentaires.
Le taux de chômage est resté inchangé à 4,3 %. Le nombre de personnes sans emploi s’établit à 7,4 millions, sans variation significative sur le mois. Le taux de participation au marché du travail recule légèrement à 61,8 %, tandis que le ratio emploi-population atteint 59,1 %. Ces indicateurs décrivent un marché du travail stable, mais moins tendu que lors des années de forte reprise post-pandémie.
Les créations d’emplois se concentrent dans quelques secteurs. La santé a ajouté 37 000 postes en avril, notamment dans les établissements de soins infirmiers, les structures résidentielles et les services de soins à domicile. Le transport et l’entreposage gagnent 30 000 emplois, tirés par les services de messagerie. Le commerce de détail progresse de 22 000 postes, avec des hausses dans les clubs-entrepôts, supermarchés et magasins de matériaux de construction.
Cette dynamique reste toutefois inégale. L’emploi fédéral continue de reculer, avec 9 000 postes supprimés en avril. Depuis son pic d’octobre 2024, l’emploi dans l’administration fédérale a diminué de 348 000 postes, soit 11,5 %. Le secteur de l’information poursuit également son repli, avec 13 000 emplois de moins sur le mois. Les télécommunications, le cinéma, l’enregistrement sonore, l’hébergement web et le traitement de données figurent parmi les branches touchées.
Les salaires progressent encore, mais sans dérapage. Le salaire horaire moyen du secteur privé a augmenté de 6 cents en avril, soit 0,2 %, pour atteindre 37,41 dollars. Sur un an, la hausse ressort à 3,6 %. Cette évolution reste surveillée de près par la Réserve fédérale, car elle pèse directement sur les anticipations d’inflation et sur la trajectoire des taux d’intérêt.
Pour la Fed, le rapport d’avril ne justifie pas un changement rapide de cap. La banque centrale américaine a maintenu son taux directeur dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %, en raison de préoccupations persistantes sur l’inflation. Un marché du travail résistant donne à la Fed une marge pour attendre davantage de données avant toute décision d’assouplissement monétaire.
La lecture du rapport doit toutefois rester prudente. Reuters rappelle que les données mensuelles de l’emploi américain sont devenues plus volatiles depuis mi-2025. Les économistes recommandent donc d’observer la moyenne sur trois mois plutôt qu’un seul chiffre mensuel. Les politiques migratoires, le vieillissement de la population, les grèves, la météo et les coupes dans l’emploi public compliquent l’interprétation des tendances.
Cette prudence est d’autant plus nécessaire que le seuil de création d’emplois nécessaire pour absorber la croissance de la population active aurait baissé. Selon des économistes cités par Reuters, une progression mensuelle comprise entre zéro et 50 000 emplois pourrait désormais suffire à stabiliser le marché du travail, compte tenu du ralentissement démographique et de la baisse de l’immigration.
Le rapport d’avril confirme donc une économie américaine encore solide, mais engagée dans une phase de normalisation. Les entreprises continuent d’embaucher dans les services essentiels, tandis que les secteurs exposés aux coûts de financement, aux ajustements publics ou à la transformation numérique montrent davantage de fragilité. Pour les marchés, le message est clair : l’emploi tient, mais il ne donne pas encore à la Fed les conditions nécessaires pour desserrer rapidement sa politique monétaire.




