Pendant plusieurs années, les critères ESG ont été principalement abordés sous l’angle de la conformité réglementaire et du reporting extra-financier. Les entreprises se sont concentrées sur la publication d’indicateurs, la production de rapports et la réponse aux attentes des investisseurs. Dans ESG Mindset: Business Resilience and Sustainable Growth, Matthew Sekol propose une lecture sensiblement différente. Pour lui, l’ESG ne constitue pas une obligation supplémentaire mais une nouvelle manière de penser la stratégie, la gouvernance et la création de valeur. Cette approche interpelle directement les directions des ressources humaines, appelées à devenir des acteurs centraux de la transformation durable des organisations.
L’ESG comme état d’esprit plutôt que comme exercice de reporting
L’une des principales forces de l’ouvrage réside dans son changement de perspective. Matthew Sekol ne réduit pas l’ESG à une succession d’indicateurs environnementaux, sociaux et de gouvernance. Il invite les dirigeants à adopter un véritable « mindset », c’est-à-dire une manière d’intégrer systématiquement les risques, les opportunités et les attentes des parties prenantes dans chaque décision stratégique.
Cette vision rompt avec une pratique encore répandue dans de nombreuses organisations où le reporting ESG demeure largement piloté par les directions financières, juridiques ou RSE. L’auteur défend au contraire une approche transversale dans laquelle toutes les fonctions de l’entreprise participent à la création de valeur durable.
Pour les DRH, cette évolution est loin d’être anodine. Elle signifie que les politiques de recrutement, de développement des compétences, de rémunération, de mobilité interne ou encore de qualité de vie au travail deviennent des composantes à part entière de la stratégie ESG.
La fonction RH au cœur du pilier social
Si le livre traite des trois dimensions de l’ESG, il accorde une place importante au facteur humain. Matthew Sekol rappelle que les entreprises ne peuvent construire leur résilience sans investir durablement dans leur capital humain.
Cette approche rejoint les évolutions observées ces dernières années. Les investisseurs, les agences de notation extra-financière et les régulateurs accordent désormais une attention croissante à des indicateurs tels que :
- la santé et la sécurité au travail ;
- la diversité et l’inclusion ;
- le développement des compétences ;
- l’engagement des collaborateurs ;
- la qualité du dialogue social ;
- la gouvernance des rémunérations.
Autrement dit, les ressources humaines cessent progressivement d’être perçues comme une fonction de support pour devenir un facteur d’évaluation de la performance globale de l’entreprise.
Une nouvelle lecture du risque
L’un des apports les plus intéressants du livre concerne la notion de risque.
Traditionnellement, les entreprises évaluent les risques financiers, opérationnels ou réglementaires. L’auteur élargit cette vision en intégrant les risques liés aux enjeux sociaux et environnementaux.
Une politique RH peu inclusive, un déficit de compétences, une faible capacité à attirer les talents ou une culture d’entreprise dégradée ne sont plus seulement des difficultés internes. Ils deviennent des risques stratégiques susceptibles d’affecter la réputation, la performance économique et la capacité d’innovation de l’entreprise.
Cette approche trouve un écho particulier dans un contexte marqué par la pénurie de compétences, les mutations technologiques liées à l’intelligence artificielle et l’évolution rapide des attentes des nouvelles générations de salariés.
L’importance des données RH
Le livre souligne également le rôle grandissant de la donnée dans la stratégie ESG. Les entreprises sont désormais attendues sur leur capacité à produire des indicateurs fiables, comparables et exploitables pour piloter leur performance durable.
Pour les directions RH, cette exigence implique de renforcer la qualité des données relatives au capital humain.
Au-delà des effectifs, il devient nécessaire de mesurer avec précision les écarts de rémunération, les taux de formation, les mobilités internes, la diversité des équipes, le turnover, l’absentéisme ou encore les indicateurs de bien-être.
L’enjeu ne consiste plus uniquement à produire des statistiques, mais à démontrer comment les politiques RH contribuent à la résilience et à la création de valeur de l’entreprise.
Une gouvernance qui dépasse les frontières de la RSE
L’ouvrage insiste sur un autre point essentiel : la gouvernance de l’ESG ne peut être confinée à une seule direction.
Cette analyse rejoint les pratiques des entreprises les plus avancées, où les enjeux ESG sont désormais suivis au niveau des conseils d’administration, des comités exécutifs et des principales directions métiers.
Dans cette configuration, les DRH disposent d’un rôle stratégique. Ils participent à la définition des compétences nécessaires à la transition, accompagnent l’évolution des modèles de management, pilotent les transformations organisationnelles et favorisent l’appropriation de la culture ESG par l’ensemble des collaborateurs.
Une vision particulièrement pertinente pour les entreprises marocaines
Les enseignements du livre résonnent avec les évolutions observées au Maroc.
Les grandes entreprises publient désormais des rapports ESG plus structurés, tandis que les établissements financiers renforcent progressivement leurs dispositifs de gouvernance extra-financière. Les attentes des investisseurs internationaux, des partenaires économiques et des futurs collaborateurs convergent vers une meilleure intégration des critères ESG dans les modèles de gestion.
Dans ce contexte, les directions RH disposent d’une opportunité majeure : faire évoluer leur positionnement en devenant des partenaires de la stratégie durable plutôt que de simples gestionnaires des politiques sociales.
Cela suppose notamment d’intégrer les compétences ESG dans les plans de développement, d’accompagner les managers dans les transformations culturelles, de renforcer les dispositifs de diversité et d’inclusion et de mettre en place des indicateurs RH alignés avec les objectifs de développement durable de l’entreprise.
ESG Mindset se distingue par son approche pragmatique. Matthew Sekol ne présente pas l’ESG comme une contrainte réglementaire supplémentaire, mais comme un cadre de réflexion permettant aux entreprises d’améliorer leur capacité d’anticipation, de gestion des risques et de création de valeur à long terme.
Pour les professionnels des ressources humaines, l’ouvrage constitue une invitation à repenser leur rôle. L’avenir de la fonction RH ne se limitera plus au recrutement, à la formation ou à l’administration du personnel. Il reposera de plus en plus sur sa capacité à développer les compétences de demain, à renforcer l’engagement des collaborateurs, à produire des données fiables sur le capital humain et à faire de la culture d’entreprise un véritable levier de performance durable.
À mesure que les exigences ESG s’intensifient, les organisations qui réussiront seront probablement celles où la stratégie de développement durable ne sera plus portée uniquement par la direction RSE, mais incarnée au quotidien par les dirigeants, les managers… et les ressources humaines.
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