Casablanca apparaît comme l’un des principaux paradoxes du nouvel Intelligent Cities Index 2026 du Boston Consulting Group (BCG). Dans ce classement consacré à la manière dont les grandes villes utilisent les technologies numériques et l’intelligence artificielle au service de leurs habitants et de leurs entreprises, la métropole marocaine occupe la 59e place sur 61 villes étudiées, avec un score de 46 sur 100.
Elle se situe devant Le Caire, classé 60e avec 43 points, et Lagos, dernière avec 34 points, mais juste derrière Johannesburg, 58e avec 47 points. Parmi les quatre métropoles africaines retenues par l’étude, Casablanca arrive ainsi en deuxième position. À l’échelle de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, elle reste cependant éloignée des performances de Dubaï, deuxième mondiale, de Riyad, 33e, ou encore de Doha, 34e.
Le classement général ne raconte pourtant qu’une partie de l’histoire. Dans le domaine spécifique de l’adoption, qui mesure notamment l’utilisation de l’intelligence artificielle générative, des portails administratifs numériques et des applications de ville intelligente, Casablanca figure parmi les dix villes les plus performantes au monde. Elle apparaît même en cinquième position du tableau consacré à ce pilier, derrière Dubaï, Mumbai, Manchester et Boston.
Un indice mondial fondé sur 35 indicateurs
Publié en juillet 2026, l’Intelligent Cities Index constitue la première édition de ce classement du BCG. Il évalue 61 villes réparties dans 39 pays, sélectionnées selon leur poids économique et leur pertinence dans le domaine des villes intelligentes.
La méthodologie repose sur 35 indicateurs regroupés en 14 dimensions et cinq grands domaines. Les résultats économiques et la qualité de vie représentent 25 % de la note finale. La stratégie de ville intelligente pèse 10 %, l’adoption des technologies 25 %, les modes de travail et la gouvernance 15 %, tandis que les facteurs d’activation, ou enablers, comptent pour 25 %.
Ce dernier pilier englobe les plateformes de données urbaines, les infrastructures technologiques, les objets connectés, les espaces d’expérimentation, les talents numériques, le financement et le nombre de start-up soutenues. L’étude tient également compte de l’existence d’une stratégie officielle, de la précision des priorités définies, de la gouvernance institutionnelle et des partenariats public-privé.
Londres domine l’indice avec 85 points. Elle est suivie par Dubaï, New York, Washington et Amsterdam, toutes créditées de 80 points. Le BCG répartit ensuite les villes entre quatre niveaux de maturité : leaders, villes en accélération, villes émergentes et villes en développement. Casablanca appartient à cette dernière catégorie.
Sa situation est particulièrement contrastée. La métropole obtient un niveau de maturité qualifié de « leader » pour l’adoption, mais reste classée « en développement » dans les quatre autres domaines : résultats, stratégie, modes de travail et facteurs d’activation.
Casablanca, cinquième ville mondiale pour l’adoption
La principale force de Casablanca réside donc moins dans l’étendue actuelle de ses infrastructures intelligentes que dans la disposition de sa population à utiliser les technologies numériques.
Le pilier « adoption » analyse quatre dimensions : l’usage et la perception de l’intelligence artificielle générative par les habitants, l’utilisation des services numériques entre administrations, citoyens et entreprises, le recours aux applications urbaines et le nombre de cas d’usage intelligents effectivement déployés.
Sur cet ensemble, Casablanca rejoint un groupe très diversifié de métropoles comprenant Dubaï, Mumbai, Manchester, Boston, Shanghai, São Paulo, Djeddah, Londres et Amsterdam. La présence de la ville marocaine aux côtés de ces grands centres technologiques montre que l’appropriation numérique ne dépend pas uniquement du niveau de richesse ou de la maturité institutionnelle.
Cette performance s’explique notamment par la jeunesse de la population. Dans les graphiques du rapport, Casablanca appartient à la catégorie des villes où plus de la moitié des habitants ont 35 ans ou moins. Le BCG relève plus largement que les populations jeunes affichent les niveaux les plus élevés d’usage de l’intelligence artificielle générative et d’optimisme concernant ses effets futurs.
Casablanca est ainsi placée dans le groupe des « AI enthusiasts », les villes où les habitants associent une utilisation élevée des outils d’IA générative à une perception positive de leur impact sur la vie quotidienne. Elle y côtoie notamment Le Caire, Mumbai, Shenzhen, Dammam, Pékin, Shanghai, Dubaï et Doha.
Pour les Casablancais interrogés, l’intelligence artificielle semble donc être perçue moins comme une menace que comme un outil susceptible d’améliorer la productivité, l’accès aux opportunités et la qualité des services. Cette confiance constitue un actif important pour une ville qui cherche à numériser les démarches administratives, les transports, la mobilité, la sécurité ou les relations entre les entreprises et les services publics.
Des applications urbaines déjà bien accueillies
Le même constat apparaît dans l’analyse de l’utilisation des applications de ville intelligente. Le BCG croise la fréquence d’usage de ces outils avec le niveau de satisfaction déclaré par les habitants.
Casablanca se situe dans la catégorie des « Advocates », caractérisée par une utilisation et une satisfaction relativement élevées. La ville rejoint sur ce terrain Londres, Dubaï, Berlin, Doha, Shanghai, Manchester et Munich.
Le rapport met en évidence un cercle vertueux : lorsqu’une application répond efficacement à un besoin concret, son utilisation progresse, ce qui améliore la perception des services numériques et facilite le déploiement de nouveaux usages. La satisfaction devient alors un facteur de confiance, tandis que la confiance encourage l’engagement et l’innovation.
Pour Casablanca, cette dynamique représente une base favorable. Les autorités n’ont pas à surmonter un rejet généralisé des technologies. Elles disposent déjà d’une population demandeuse de services numériques et prête à les intégrer dans son quotidien.
Mais cette avance dans les usages peut aussi devenir une source de frustration si les services disponibles ne progressent pas au même rythme que les attentes. Plus les habitants adoptent rapidement les applications numériques, plus ils exigent des plateformes simples, interconnectées, fiables et accessibles en permanence.
Des résultats urbains encore insuffisants
Le contraste est particulièrement visible lorsque l’étude compare le nombre de cas d’usage reposant sur l’intelligence artificielle avec les résultats obtenus en matière de qualité de vie et d’opportunités économiques.
Casablanca se situe dans le quadrant des « AI-developing cities ». Ce groupe rassemble les villes qui disposent encore d’un nombre limité de cas d’usage opérationnels et enregistrent des résultats urbains inférieurs à la moyenne de l’échantillon.
L’enthousiasme des habitants pour l’intelligence artificielle ne signifie donc pas que celle-ci soit déjà profondément intégrée dans les services urbains. La population utilise les outils disponibles et exprime une confiance élevée dans leur potentiel, mais la ville ne transforme pas encore pleinement cette adoption en améliorations mesurables.
Le classement invite ainsi à distinguer l’usage individuel des technologies de leur déploiement institutionnel. Un habitant peut utiliser quotidiennement des outils d’IA générative sans que les systèmes de transport, les services administratifs, la gestion des déchets, l’aménagement urbain ou les politiques sociales exploitent ces mêmes capacités à grande échelle.
Le retard des infrastructures et de l’écosystème
Casablanca figure également dans la catégorie des villes à faible performance sur les facteurs d’activation. Le graphique du BCG la place à un niveau bas à la fois pour les facteurs matériels et pour les facteurs immatériels.
Les premiers concernent les données, les infrastructures technologiques, les objets connectés, le déploiement de l’intelligence artificielle et les espaces d’expérimentation en conditions réelles. Les seconds portent sur les compétences, le financement, les start-up et l’écosystème d’innovation.
Le rapport ne publie pas le détail des scores de Casablanca pour chacun de ces indicateurs. Il ne permet donc pas d’attribuer son classement à une infrastructure particulière. Il établit néanmoins que la combinaison générale demeure insuffisante pour soutenir durablement le niveau d’adoption observé.
La métropole est également positionnée parmi les « écosystèmes naissants » en matière de financement des start-up urbaines et d’opportunités économiques. Son score reste très éloigné de celui des pôles d’innovation de premier plan comme Londres, Paris, Zurich, Amsterdam, San Francisco ou New York.
Cette faiblesse constitue un enjeu économique autant qu’urbain. Les start-up jouent un rôle central dans la conception de solutions de mobilité, de paiement, d’efficacité énergétique, de gestion environnementale et de services administratifs. Sans financement suffisant, les projets restent souvent au stade de l’expérimentation et peinent à être déployés dans l’ensemble de la ville.
Transformer l’adoption en politique urbaine
Le rapport propose quatre orientations générales qui prennent une résonance particulière pour Casablanca : clarifier les priorités stratégiques, améliorer la gouvernance, étendre les solutions déjà adoptées et renforcer les facteurs d’activation.
La première urgence consiste à définir une feuille de route capable de sélectionner les usages offrant le plus grand impact pour les habitants. La ville ne peut pas multiplier indéfiniment les projets isolés. Elle doit choisir des priorités mesurables autour de la mobilité, des services administratifs, de l’environnement, de l’inclusion ou de l’attractivité économique.
La deuxième concerne la coordination entre les différentes autorités, les opérateurs publics, les entreprises, les universités et les acteurs technologiques. Le BCG souligne l’importance d’une gouvernance clairement identifiée et de responsables disposant de moyens pour conduire les projets.

Casablanca pourrait également s’appuyer sur son statut de premier centre économique du Maroc pour développer davantage de partenariats public-privé, attirer du capital-risque et créer des espaces d’expérimentation urbaine. Les compétences technologiques produites par les universités et les écoles devraient, dans cette perspective, être davantage reliées aux besoins concrets de la métropole.
Le classement de Casablanca ne traduit donc pas une résistance de sa population à la transformation numérique. Il révèle au contraire une demande située en avance sur les capacités urbaines disponibles. Le principal défi sera désormais de convertir cet appétit technologique en services publics plus efficaces, en entreprises innovantes et en améliorations visibles de la qualité de vie. La 59e place constitue un avertissement sur les fondations encore fragiles, tandis que le 5e rang mondial dans l’adoption montre que la métropole dispose déjà de l’un des ingrédients les plus difficiles à construire : l’adhésion de ses habitants.
![[RAPPORT] Intelligent Cities Index 2026 : Casablanca, 59e mondiale mais dans le Top 5 pour l’adoption numérique l DRH.ma](https://drh.ma/wp-content/uploads/2026/07/Intelligent-Cities-Index-2026-750x375.jpg)







![[ETUDE] Neurodiversité : 15 à 20 % des actifs concernés, mais seuls 40 % des managers formés aux adaptation du travail l DRH.ma](https://drh.ma/wp-content/uploads/2026/07/Neurodiversite-1024x532.jpg)
![[ENQUÊTE] Post-licenciement : 57 % des professionnels poussés vers un salaire inférieur, l’IA durcit le rapport de force l DRH.ma](https://drh.ma/wp-content/uploads/2026/07/Post-licenciement-1024x532.jpg)
