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[RAPPORT] Rapport de la Banque mondiale : la croissance marocaine confrontée au défi de la productivité numérique

Dans son rapport Morocco Economic Update - Summer 2026, la Banque mondiale décrit une économie marocaine engagée dans son cycle de croissance le plus soutenu depuis plus d’une décennie. Mais derrière une progression du PIB de 4,9 % en 2025, l’institution identifie une fragilité structurelle : la majorité des entreprises ont adopté des outils numériques sans les intégrer pleinement dans leurs activités. Combler ce retard pourrait augmenter la productivité nationale de 10 à 15 %.

Nisrine M. par Nisrine M.
6 août 2026
dans Etudes et publications
Temps de lecture : 10 mins
Rapport de la Banque mondiale : la croissance marocaine confrontée au défi de la productivité numérique l DRH.ma

Rapport de la Banque mondiale : la croissance marocaine confrontée au défi de la productivité numérique l DRH.ma

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L’économie marocaine aborde la seconde moitié de 2026 avec des indicateurs globalement favorables. La croissance a atteint 4,9 % en 2025, son niveau le plus élevé depuis près d’une décennie, contre 4,4 % en 2024 et 3,8 % en 2023. Cette dynamique repose sur une progression relativement large de l’activité, portée par le tourisme, les mines, la construction, l’industrie manufacturière et la reprise de certains segments agricoles.

Cette performance s’accompagne d’une inflation limitée à 0,8 %, d’un déficit budgétaire ramené à 3,5 % du PIB et d’une dette de l’administration centrale stabilisée autour de 67 % du PIB. Les réserves de change couvrent, de leur côté, entre cinq et six mois d’importations. Le retour du Maroc dans la catégorie « investment grade » auprès de S&P complète ce tableau d’une économie dont les équilibres financiers se sont consolidés.

Le rapport de la Banque mondiale ne se limite cependant pas à constater cette amélioration. Il pose une question plus déterminante pour les prochaines années : le Maroc peut-il transformer une croissance largement soutenue par l’investissement public en une expansion durable, davantage portée par les entreprises, la consommation et les gains de productivité ?

Une croissance soutenue, mais encore dépendante de l’investissement

La progression enregistrée en 2025 repose en grande partie sur l’effort d’investissement engagé autour des infrastructures, des équipements publics et des préparatifs de la Coupe du monde 2030. La construction a ainsi bénéficié des grands projets, tandis que les importations de biens d’équipement ont fortement augmenté.

Cette orientation soutient immédiatement la demande, l’activité et l’emploi. Elle ne garantit toutefois pas, à elle seule, une amélioration durable de la capacité productive. Les infrastructures ne produisent leur plein effet économique que lorsqu’elles permettent aux entreprises d’améliorer leur efficacité, d’investir, d’exporter et de développer de nouveaux marchés.

Pour 2026, la Banque mondiale prévoit une croissance de 4,2 %, portée par une reprise agricole proche de 14 % et une progression de 3,1 % des activités non agricoles. Cette prévision intègre cependant les effets du choc au Moyen-Orient sur les prix de l’énergie et le coût du transport. Sans cette dégradation du contexte international, la croissance aurait pu approcher 5 %, selon l’institution.

Le renchérissement des importations énergétiques pourrait également entraîner une remontée de l’inflation à 2,4 % et un élargissement du déficit courant. Le déficit budgétaire atteindrait 3,8 % du PIB, contre 3,5 % en 2025. Ces perspectives rappellent la dépendance persistante du Maroc aux fluctuations des marchés énergétiques internationaux.

À moyen terme, la croissance devrait s’établir à 4 % en 2027, puis à 4,3 % en 2028. La Banque mondiale anticipe un rééquilibrage progressif : l’impulsion liée aux grands investissements publics devrait perdre de son intensité, tandis que le secteur privé et la consommation des ménages seraient appelés à prendre davantage le relais.

Le paradoxe d’une numérisation largement engagée mais peu approfondie

Le principal apport du rapport réside dans son analyse de la transformation numérique des entreprises marocaines. Celle-ci s’appuie sur l’enquête Firm-level Adoption of Technology, menée en 2024 auprès de 1 256 entreprises et couvrant plus de 300 technologies utilisées dans une soixantaine de fonctions opérationnelles.

Le diagnostic met en évidence une « numérisation incomplète ». Les entreprises utilisent largement les technologies élémentaires : connexion à Internet, messagerie professionnelle, logiciels standards, présence en ligne ou outils administratifs. Elles restent néanmoins peu nombreuses à intégrer des solutions avancées dans leurs processus essentiels.

Seuls 31 % des établissements interrogés utilisent des logiciels spécialisés pour leur administration et 8 % disposent d’un système intégré de planification des ressources, de type ERP. Moins d’une entreprise sur cinq exploite intensivement des technologies avancées dans la gestion administrative, la planification de la production, la chaîne d’approvisionnement ou le contrôle de la qualité.

L’enjeu ne réside donc plus uniquement dans l’équipement. Une entreprise peut avoir acheté une technologie sans avoir modifié ses méthodes de travail, formé ses collaborateurs, connecté ses différentes fonctions ou adapté son organisation. Dans ce cas, le numérique reste périphérique et son impact économique demeure limité.

Cette distinction entre possession et utilisation intensive permet de mieux comprendre la faiblesse des gains de productivité observés dans une partie du tissu économique. Le Maroc se situe à un niveau intermédiaire par rapport aux pays étudiés, mais ses entreprises les plus avancées restent éloignées de la frontière technologique internationale. Dans le même temps, une part importante des petites structures demeure cantonnée à des usages élémentaires.

Jusqu’à 70 % de productivité supplémentaire dans certaines fonctions

Les résultats présentés par la Banque mondiale illustrent l’importance de cet écart. Les entreprises qui intègrent intensivement les technologies numériques avancées dans la planification de leur production enregistrent des gains de productivité du travail pouvant atteindre 70 %. Dans la chaîne d’approvisionnement et le contrôle de la qualité, la progression approche 50 %.

L’adoption d’une technologie est associée à une croissance de l’emploi supérieure de 7 % au niveau de l’entreprise. Lorsque son utilisation devient intensive, cet avantage atteint 10 %. Les entreprises concernées affichent également des coûts salariaux par collaborateur supérieurs de 27 %, un indicateur interprété par la Banque mondiale comme le signe d’emplois plus qualifiés et mieux rémunérés.

Ces données nuancent l’idée selon laquelle la technologie se traduirait mécaniquement par une réduction des effectifs. Dans le cas marocain, les gains d’efficacité semblent surtout permettre aux entreprises de développer leur activité, d’améliorer leur compétitivité et de créer des postes nécessitant davantage de compétences.

La Banque mondiale estime que l’alignement du Maroc sur le niveau de numérisation de pays comparables pourrait augmenter la productivité agrégée de 10 à 15 %. Une telle progression aurait des effets considérables sur la croissance potentielle, les salaires, les exportations et la capacité du secteur privé à prendre progressivement le relais de l’investissement public.

Les freins ne sont pas seulement financiers

Les entreprises interrogées citent le coût comme premier obstacle à l’adoption technologique. Les difficultés d’accès au financement concernent particulièrement les petites et moyennes structures. Mais l’analyse montre que la question financière n’explique qu’une partie du retard.

La Banque mondiale relève notamment une tendance des dirigeants à surestimer la maturité numérique de leur entreprise. Ce décalage entre perception et réalité réduit l’incitation à investir dans de nouveaux outils ou à approfondir l’utilisation des solutions déjà installées.

La qualité du management apparaît également déterminante. Les entreprises qui utilisent des indicateurs de performance, mettent en place des dispositifs d’incitation et disposent de managers diplômés ou expérimentés dans leur secteur présentent un niveau technologique plus élevé. La proportion de collaborateurs ayant suivi des études supérieures joue aussi un rôle important dans la capacité à intégrer des outils complexes.

La transformation numérique ne peut donc pas être réduite à un projet informatique. Elle suppose une réorganisation des processus, une montée en compétences, une meilleure circulation de l’information et une évolution des pratiques managériales. Sans ces conditions, les aides à l’achat de matériel ou de logiciels risquent de produire des résultats limités.

L’emploi progresse, mais le potentiel humain reste sous-utilisé

Le rapport rapproche ce déficit de productivité d’un autre paradoxe : l’économie a créé près de 193 000 emplois nets en 2025, plus du double de 2024, mais une part considérable de la population demeure en dehors du marché du travail.

La nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre du Haut-Commissariat au Plan évalue le taux de chômage strict à 10,8 % au premier trimestre 2026. L’indicateur élargi, qui additionne chômage, sous-emploi et main-d’œuvre potentielle, atteint cependant 22,5 %.

Environ 884 000 personnes déclarent vouloir travailler sans rechercher activement un emploi. Le taux d’activité global s’établit à 41,8 %, soit près de 20 points sous la moyenne mondiale. La participation féminine tombe à 17,5 %, plaçant le Maroc au 186e rang sur 195 pays selon les données citées par la Banque mondiale.

Cette sous-utilisation du capital humain limite directement le potentiel de croissance. Elle prive les entreprises de compétences et réduit le nombre de ménages disposant d’un revenu professionnel. Elle traduit aussi des difficultés d’accès à l’emploi liées à la formation, aux conditions de travail, au transport, à la garde des enfants et au manque de perspectives professionnelles.

Les recommandations de la Banque mondiale convergent vers une même priorité : accompagner les entreprises dans l’usage réel des technologies, plutôt que financer seulement leur acquisition. Cela implique de soutenir l’assistance technique, la formation continue, la modernisation du management et la mise en relation des PME avec des fournisseurs de solutions numériques.

Le rapport invite également à renforcer la concurrence, les exportations et les relations avec les multinationales, trois facteurs favorisant le transfert de technologies et l’amélioration des pratiques. Les dispositifs publics devront enfin mieux atteindre les PME, souvent moins informées et moins présentes dans les programmes d’accompagnement.

La croissance actuelle offre au Maroc une fenêtre favorable, mais sa consolidation dépendra de la capacité du secteur privé à produire davantage avec les ressources disponibles. Le chantier décisif se situe désormais dans les entreprises : transformer les outils numériques en nouveaux processus, les investissements en productivité et les compétences disponibles en emplois de qualité.

Tags: Banque mondialecompétences numériquescroissance économiquedigitalisation des entreprisesemploiERPManagementMarocproductivitétransformation numérique
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Nisrine M.

Nisrine M.

Analyste rigoureuse des systèmes de compensation, Nesrine se consacre à l'optimisation des politiques de rémunération et des "Benefits". Elle s'appuie sur une veille constante des études de marché et des publications statistiques pour offrir des analyses comparatives sur l'évolution des salaires et de la protection sociale. Son expertise aide les directions RH à concevoir des packages globaux attractifs et équitables, mêlant rémunération directe et avantages périphériques. Elle transforme les données complexes en indicateurs de pilotage stratégique pour une gestion fine de la masse salariale et de la motivation financière.

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