Le plan constitue le cadre national de développement des soins psychiques. Il associe prévention, prise en charge, réhabilitation et réinsertion sociale, avec l’objectif de rendre les services accessibles dans toutes les régions. L’investissement annoncé ne finance pas seulement des bâtiments. Il doit soutenir une organisation territoriale reliant les soins de santé primaires, les structures intermédiaires et les établissements hospitaliers spécialisés.
Le doublement prévu du nombre de lits, soit 2 262 capacités supplémentaires, répond à un déficit matériel important. Sept nouveaux hôpitaux psychiatriques doivent compléter les dix établissements actuels. Le changement le plus marqué concerne les structures intermédiaires, dont le nombre sera multiplié par six. Ces unités doivent rapprocher l’accompagnement des lieux de vie et limiter le recours systématique à l’hospitalisation spécialisée.
La réussite du dispositif dépendra surtout de la disponibilité des compétences. Le nombre de psychologues employés dans le secteur public doit progresser de 32 à 786 d’ici 2030, soit près de vingt-cinq fois l’effectif actuel. Cette montée en charge suppose des recrutements, mais également une répartition régionale capable d’éviter une concentration des professionnels dans les grandes villes et les principaux centres hospitaliers.
Les capacités de formation des psychiatres doivent passer de 36 à 124 par an. Celles des infirmiers spécialisés en santé mentale progresseront de 490 à 750 par an. L’augmentation des flux de diplômés devra être coordonnée avec l’ouverture des établissements, les besoins des structures de proximité et les capacités d’encadrement clinique. Sans cette synchronisation, des infrastructures pourraient fonctionner avec des équipes insuffisantes ou mal réparties.
Le programme prévoit aussi un cadre légal régissant la profession de psychologue. Cette réforme doit préciser les conditions d’exercice, les qualifications reconnues et les responsabilités professionnelles. Elle renforcera la lisibilité du métier dans le secteur public comme dans les dispositifs privés d’accompagnement. La réglementation représente un préalable à la structuration de partenariats avec la médecine du travail, les entreprises et les acteurs associatifs.
La santé mentale rejoint directement les enjeux d’emploi. Une offre de soins plus accessible peut améliorer la détection des troubles, réduire les ruptures professionnelles et faciliter le maintien ou le retour en activité. Le plan ne crée toutefois pas automatiquement une politique de prévention en entreprise. L’articulation entre structures publiques, services de santé au travail et dispositifs restera déterminante pour accompagner les salariés fragilisés.
Awatef Belakhel, représentante du bureau de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) au Maroc, a présenté la santé mentale comme « un droit fondamental », mais aussi comme une condition du développement individuel et collectif. Elle a également insisté sur les droits humains, la lutte contre la stigmatisation et la nécessité de garantir des conditions adaptées de soutien et d’accompagnement.
Le Plan « Santé mentale 2030 » fixe des objectifs sur les infrastructures, les effectifs et la formation. Son exécution sera mesurée par la capacité à pourvoir les postes, fidéliser les professionnels, répartir régionalement les compétences et assurer la continuité des parcours. Les 4 milliards de dirhams ouvrent une phase d’expansion ; leur effet dépendra de la transformation des moyens en équipes et en services accessibles.



