La reprise du dialogue intervient dans un contexte de réchauffement des relations économiques entre la France et le Maroc. Signé le 29 octobre 2024 lors de la visite d’État du président Emmanuel Macron, le protocole d’accord confiait à Veolia le développement exclusif d’une usine présentée comme la plus grande station de dessalement d’Afrique. Les discussions ont cependant achoppé sur les conditions économiques et opérationnelles du projet, qui reste à concrétiser.
Située sur la côte atlantique, près de Rabat, l’installation doit approvisionner les régions de Rabat-Salé-Kénitra et Fès-Meknès. Veolia serait chargé de sa construction, de son financement et de son exploitation pendant 35 ans. Aucun calendrier définitif, budget consolidé ou volume d’emplois n’a encore été annoncé. Les retombées RH doivent donc être considérées comme des perspectives conditionnées par la conclusion du partenariat.
Si le projet entre en phase de construction, une première vague de besoins concernera le génie civil, l’hydraulique, l’électromécanique, l’énergie, les achats industriels et le management de chantier. Les entreprises sous-traitantes devront également mobiliser des profils spécialisés dans la santé, la sécurité et l’environnement. Cette séquence pourrait soutenir l’emploi local, mais aussi provoquer une concurrence accrue pour des compétences techniques déjà recherchées dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures.
La phase d’exploitation nécessitera des effectifs moins nombreux, mais plus spécialisés. Chimistes de l’eau, ingénieurs en procédés membranaires, automaticiens, techniciens de maintenance, responsables de la qualité et experts en cybersécurité industrielle devraient constituer le noyau opérationnel de l’usine. L’utilisation envisagée d’une électricité principalement renouvelable ajouterait des besoins en pilotage énergétique et en optimisation environnementale.
Veolia devra probablement combiner recrutements locaux et mobilités internationales pour réunir ces compétences. Des experts étrangers pourraient accompagner la conception, le démarrage et la montée en puissance de l’installation. L’enjeu RH sera toutefois d’éviter une dépendance durable à ces profils en organisant le transfert progressif des responsabilités vers des ingénieurs et techniciens marocains.
Cette organisation exigera un management interculturel structuré. Les équipes binationales devront partager les mêmes référentiels de sécurité, de qualité et de performance, tout en maîtrisant les normes marocaines et les pratiques sociales locales. Des parcours d’intégration, des formations linguistiques et des dispositifs de mentorat seront nécessaires pour prévenir les difficultés de coordination entre le siège, les experts internationaux et les équipes opérationnelles.
L’histoire de Veolia au Maroc appelle également à la prudence. Les projets passés de retrait ou de cession de ses contrats de gestion déléguée à Rabat, Tanger et Tétouan avaient soulevé des questions de continuité sociale et de transfert des personnels. Pour le futur PPP, les règles relatives au reclassement, aux mobilités, aux responsabilités des sous-traitants et aux éventuelles ruptures devront être définies dès la contractualisation afin de préserver la confiance et la marque employeur.
La durée de 35 ans offre néanmoins une visibilité exceptionnelle pour bâtir une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Des partenariats avec les écoles d’ingénieurs, les universités et les établissements de formation professionnelle pourraient préparer les futurs opérateurs aux technologies de dessalement, à la maintenance sous haute pression et à l’efficacité énergétique.
La réussite du projet ne se mesurera donc pas uniquement aux volumes d’eau produits. Elle dépendra aussi de la capacité du partenariat à localiser les compétences, fidéliser les profils rares, ouvrir davantage les métiers industriels aux femmes et constituer une expertise marocaine exportable. Si les négociations aboutissent, l’usine de Rabat pourrait devenir autant une infrastructure hydrique qu’un laboratoire national du capital humain vert.




