La longévité des entreprises familiales reste un point de fragilité à l’échelle mondiale. Si ces structures constituent l’ossature de nombreuses économies, leur capacité à traverser les générations demeure limitée. Selon les estimations généralement admises, près de 95 % des entreprises familiales ne dépassent pas la troisième génération. Le Maroc n’échappe pas à cette réalité. Le passage de relais entre fondateurs et successeurs concentre des enjeux humains, financiers et organisationnels souvent sous-estimés.
Cette problématique a été remise au centre du débat lors d’une rencontre avec la presse organisée le mardi 17 février à Casablanca par SFM Conseil. Son président, Abdelkader BOUKHRISS, a souligné que les difficultés rencontrées par les entreprises familiales tiennent rarement à leur performance économique, mais davantage à l’absence de préparation structurée de la transmission. Les tensions intra-familiales, le manque de formalisation des règles de gouvernance ou encore l’absence de vision partagée fragilisent des organisations pourtant solides sur le plan opérationnel.
Cette fragilité structurelle contraste avec le poids économique des entreprises familiales. Elles représentent une part significative du tissu productif marocain, notamment dans les secteurs industriels, commerciaux et de services. Leur capacité à créer de l’emploi et à assurer une continuité entrepreneuriale en fait un levier central de développement. Pourtant, peu d’entre elles disposent d’outils formalisés pour organiser leur succession.
Face à ce constat, SFM Conseil, cabinet disposant de plusieurs décennies d’expérience dans l’accompagnement des entreprises, a choisi de structurer une réponse adaptée. En partenariat avec l’IÉSEG School of Management, institution reconnue pour son expertise académique sur les entreprises familiales, le cabinet a lancé un certificat exécutif intitulé « Pérennité et leadership intergénérationnel ».
Pensé comme un programme court et intensif, ce certificat s’étale sur douze jours de formation. Il s’adresse aux dirigeants d’entreprises familiales ainsi qu’aux membres des familles impliqués dans la gouvernance ou appelés à reprendre l’activité. L’objectif est de dépasser une approche théorique pour aborder les enjeux concrets de la transmission, en combinant apports académiques, retours d’expérience et accompagnement stratégique.
Le programme s’articule autour de quatre modules structurants. Le premier est consacré à la succession et à la gouvernance. Il aborde les mécanismes de transmission du pouvoir, la structuration des instances décisionnelles et la clarification des rôles entre membres de la famille et dirigeants opérationnels. Ce volet vise à réduire les zones d’ambiguïté qui génèrent souvent des conflits.
Le deuxième module traite du leadership et de la gestion des talents. La transmission ne se limite pas à un transfert de capital. Elle implique également une transition managériale, avec des enjeux de légitimité, de posture et de capacité à fédérer. La question du choix du successeur, qu’il soit issu de la famille ou externe, y occupe une place centrale.
Le troisième module se concentre sur la stratégie et l’innovation. Les entreprises familiales sont parfois perçues comme conservatrices. Pourtant, leur pérennité dépend de leur capacité à se transformer et à s’adapter aux évolutions du marché. L’intégration de nouvelles générations peut constituer un levier de renouvellement stratégique, à condition d’être accompagnée.
Enfin, le quatrième module aborde la vision et la charte familiale. Cet outil, encore peu répandu au Maroc, permet de formaliser les valeurs, les règles de gouvernance et les modalités de prise de décision au sein de la famille. Il constitue un cadre structurant pour prévenir les conflits et garantir la cohérence à long terme.
Au-delà du contenu pédagogique, le programme repose sur une approche participative. Les organisateurs ont encouragé la présence de plusieurs membres d’une même famille afin de favoriser une réflexion collective. Cette dimension intergénérationnelle permet de confronter les visions, de clarifier les attentes et de construire des décisions partagées.
La confidentialité constitue un autre pilier du dispositif. Les questions liées à la succession touchent à des dimensions personnelles et sensibles. Pour permettre des échanges ouverts, les participants évoluent dans un cadre sécurisé, où les discussions restent strictement internes au groupe. Cette approche vise à lever les freins à la prise de parole sur des sujets souvent évités.
Selon Abdelkader BOUKHRISS, cette initiative s’inscrit dans une volonté plus large de structurer l’écosystème des entreprises familiales au Maroc. Le cabinet, fort de son expérience, observe une demande croissante d’accompagnement sur ces enjeux. Les dirigeants prennent progressivement conscience que la transmission ne peut être improvisée.
La première édition du certificat a réuni plusieurs familles d’entrepreneurs issues de secteurs variés. Les retours des participants ont mis en évidence l’intérêt d’un tel dispositif, notamment pour formaliser des réflexions jusque-là informelles. Pour certains, la formation a constitué un point de départ pour initier des démarches de gouvernance plus structurées.
Fort de ces résultats, SFM Conseil et l’IÉSEG School of Management prévoient le lancement d’une nouvelle promotion en 2026. L’objectif est d’élargir le nombre d’entreprises accompagnées et de contribuer à la professionnalisation des pratiques de transmission.
Cette initiative intervient à un moment où les entreprises familiales marocaines sont confrontées à plusieurs transitions simultanées. La digitalisation, l’ouverture des marchés et la montée en compétence des nouvelles générations redéfinissent les modèles de gouvernance. Dans ce contexte, la transmission ne se limite plus à un enjeu de continuité. Elle devient un levier stratégique pour assurer la compétitivité à long terme.
La question de la pérennité des entreprises familiales dépasse le cadre individuel. Elle concerne l’ensemble de l’économie nationale. Chaque transmission réussie garantit la continuité d’activités, la préservation d’emplois et la consolidation du tissu productif. À l’inverse, chaque rupture non anticipée peut fragiliser des chaînes de valeur entières.
La structuration de dispositifs d’accompagnement, à l’image du certificat lancé par SFM Conseil, marque une évolution des pratiques. Elle traduit une prise de conscience progressive : la transmission ne s’improvise pas. Elle se prépare, s’organise et se pilote avec la même rigueur que la stratégie de développement.
Pour les entreprises familiales marocaines, l’enjeu dépasse la simple succession. Il s’agit de transformer un moment de fragilité en opportunité de transformation, en conciliant héritage entrepreneurial et exigences contemporaines de gouvernance.




