Les incendies qui touchent la Gironde depuis le 22 juillet 2026 dépassent désormais la seule urgence environnementale. Plus de 42 000 hectares ont été parcourus par les flammes et environ 220 000 personnes évacuées. Bercy dénombre plus de 13 000 entreprises évacuées, dont 7 000 structures artisanales et 6 300 entreprises commerciales. La Chambre de commerce et d’industrie estime que les conséquences économiques pourraient concerner plus de 100 000 salariés. Ce chiffre constitue un potentiel d’exposition et non le nombre de salariés déjà placés en activité partielle.
Le tourisme et l’hôtellerie de plein air sont les premiers exposés. Quelque 45 campings accueillant près de 40 000 vacanciers ont été évacués. Les hébergements, restaurants et commerces du bassin d’Arcachon subissent simultanément les fermetures, les annulations et les restrictions d’accès. La filière bois affronte la destruction de son capital productif, tandis que les viticulteurs, agriculteurs et éleveurs doivent protéger les parcelles, les bâtiments et les animaux.
Le gouvernement a confirmé que les entreprises touchées par les incendies ou leurs conséquences peuvent solliciter l’activité partielle. Il ne s’agit toutefois pas d’une prise en charge automatique et intégrale des salaires par l’État, mais du recours au dispositif de droit commun : l’employeur verse l’indemnité au salarié, puis perçoit une allocation selon les règles applicables.
L’accès est relativement direct pour les établissements implantés dans une commune évacuée ou interdite. La situation sera plus complexe pour les entreprises indirectement affectées par une route coupée, une rupture d’approvisionnement, l’absence de clientèle ou l’impossibilité pour les salariés de rejoindre leur poste. Elles devront démontrer un lien direct entre la décision administrative et leur baisse d’activité.
La fonction RH devient ainsi centrale dans la constitution des dossiers. Elle devra conserver les arrêtés préfectoraux ou municipaux, les consignes d’évacuation, les relevés d’horaires, les plannings annulés et les preuves d’impossibilité d’accès. Les annulations de réservations, interruptions logistiques et baisses de fréquentation pourront compléter la démonstration. Sans traçabilité, l’entreprise risque de retarder l’autorisation ou le remboursement de l’activité partielle.
L’autre urgence concerne la paie. Les DRH devront identifier les salariés empêchés de travailler, distinguer les heures réellement effectuées de celles chômées et informer clairement les équipes sur l’évolution de leur rémunération. Le télétravail ne pourra être envisagé que pour les postes compatibles et lorsque les conditions de sécurité, de logement et de connexion le permettent.
L’Urssaf autorise les employeurs et indépendants concernés à demander un report de cotisations. Les pénalités et majorations liées aux retards provoqués par les incendies feront l’objet d’une remise. Les travailleurs indépendants peuvent également revoir à la baisse leurs cotisations provisionnelles lorsque leur activité devient inférieure à celle de l’année précédente.
Le CPSTI active parallèlement une aide d’urgence pouvant atteindre 2 000 euros pour les artisans, commerçants et professionnels libéraux sinistrés relevant du CPSTI ou de la Cipav. Le délai annoncé de mise en paiement est de 15 jours après réception du formulaire.
Les compagnies d’assurance ont, de leur côté, prolongé au minimum jusqu’au 31 août le délai de déclaration des sinistres. Les pertes d’exploitation ne seront néanmoins indemnisées que si le contrat souscrit les couvre. Au 28 juillet, aucun report fiscal général comparable aux mesures de l’Urssaf n’a été précisément détaillé : les entreprises devront vérifier leur situation auprès de leur service des impôts.
Au-delà des démarches administratives, les DRH devront anticiper la fatigue, l’anxiété et les difficultés personnelles des salariés évacués. La continuité du capital humain dépendra autant de la paie que de la communication, de l’accompagnement psychologique et de l’organisation progressive du retour au travail. Dans cette crise, la qualité des preuves débloquera les aides, mais la qualité du management déterminera la capacité réelle des entreprises à reprendre leur activité.




