La réforme de l’impôt sur le revenu figure parmi les engagements fiscaux du programme gouvernemental 2026-2031, présenté le 20 octobre 2026. L’exécutif entend poursuivre l’allègement de la fiscalité salariale engagé en 2025, tout en préservant les équilibres budgétaires. Mais la comparaison avec les propositions défendues par le PAM pendant la campagne électorale révèle une réduction substantielle de l’ambition initiale.
La différence concerne principalement trois paramètres : le niveau des revenus exonérés, le nombre de tranches d’imposition et le taux marginal appliqué aux revenus les plus élevés. Le gouvernement privilégie désormais une réforme progressive, dont les modalités définitives devront être précisées dans les prochaines lois de finances.
Depuis janvier 2025, le barème marocain de l’IR comporte six tranches, dont une exonérée. Le seuil d’imposition a été relevé de 30 000 à 40 000 dirhams de revenu net imposable annuel, tandis que le taux marginal maximal est passé de 38 % à 37 %. Ces dispositions, maintenues en 2026, exonèrent les revenus nets imposables inférieurs à environ 3 333 dirhams mensuels.
La proposition électorale du PAM allait beaucoup plus loin. Le parti prévoyait de supprimer l’IR sur les salaires bruts mensuels inférieurs à 15 000 dirhams, de limiter à deux les tranches imposables et de plafonner le taux maximal à 20 %.
Cette architecture aurait profondément modifié la fiscalité des rémunérations, notamment pour les cadres et les salariés appartenant aux catégories intermédiaires et supérieures. Elle aurait également réduit les écarts d’imposition entre les différents niveaux de salaire.
Son coût budgétaire constituait néanmoins un obstacle important. Selon des simulations relayées par Le360 et établies avec des fiscalistes, le manque à gagner annuel aurait pu dépasser 30 milliards de dirhams. Cette estimation reflétait principalement l’ampleur de l’exonération envisagée et la diminution du taux marginal maximal de 17 points.
Le gouvernement a finalement retenu une formule moins coûteuse. Le seuil d’exonération serait porté à 60 000 dirhams de revenu net imposable annuel, soit 5 000 dirhams mensuels. Trois taux d’imposition seraient maintenus au-dessus de ce seuil : 10 %, 20 % et 30 %.
Le taux marginal maximal diminuerait ainsi de sept points, contre les 17 points promis initialement. La réforme serait déployée progressivement entre 2027 et 2031, après une évaluation de ses conséquences sur les recettes fiscales et les revenus des ménages.
Le coût de cette nouvelle configuration reste à déterminer. En retenant une estimation indicative de 700 millions de dirhams par point de réduction du taux marginal, la baisse de 37 % à 30 % représenterait théoriquement 4,9 milliards de dirhams. Cette extrapolation ne constitue toutefois pas une évaluation budgétaire complète : elle ne tient compte ni du relèvement du seuil d’exonération ni de la redistribution des revenus entre les nouvelles tranches.
À titre de comparaison, l’allègement fiscal introduit en 2025 avait été évalué à environ 7 milliards de dirhams par an. Le coût du nouveau dispositif dépendra donc fortement des seuils retenus pour les tranches intermédiaires et de la répartition des contribuables concernés.
Pour les directions des ressources humaines, cette évolution devrait se traduire par une modification du calcul des retenues fiscales sur les salaires et une augmentation du revenu net après impôt des collaborateurs bénéficiaires. L’ampleur des gains individuels ne pourra cependant être déterminée qu’une fois le barème définitif publié.
La réforme pose également la question de l’équité entre les différentes catégories de revenus. Certains fiscalistes avaient souligné qu’un taux marginal de 20 % aurait créé un écart significatif avec l’imposition globale de certains revenus distribués par les entreprises, après prise en compte de l’impôt sur les sociétés et de la retenue sur les dividendes. Un plafond de 30 % limiterait ce différentiel, sans supprimer les différences de traitement fiscal.
L’exécutif compte parallèlement sur l’élargissement de l’assiette fiscale et la progression de l’activité économique pour compenser une partie des pertes de recettes. L’étalement sur cinq exercices budgétaires permettra d’ajuster le rythme de la réforme en fonction des marges financières disponibles.
La principale inconnue concerne désormais la traduction de ces engagements dans les lois de finances successives. Les seuils intermédiaires, les gains par catégorie de revenu et le calendrier précis d’application détermineront la portée effective de l’allègement. Entre la promesse électorale d’une fiscalité salariale plafonnée à 20 % et le projet gouvernemental limité à 30 %, l’écart traduit un arbitrage budgétaire qui devra être assumé politiquement et expliqué aux contribuables.




