Le Conseil de gouvernement a validé le projet de décret n° 2.25.983 actant la seconde tranche de revalorisation du salaire minimum interprofessionnel garanti et du salaire minimum agricole garanti. Cette décision prolonge l’accord social conclu le 29 avril 2024 entre le gouvernement, les organisations syndicales représentatives, la CGEM et la COMADER. Elle s’inscrit dans une trajectoire désormais lisible de revalorisation progressive des bas revenus.
À compter du 1er janvier 2026, le SMIG horaire est porté à 17,92 dirhams, contre 17,10 dirhams depuis janvier 2025. Pour le secteur agricole, le SMAG atteindra 97,44 dirhams par jour à partir du 1er avril 2026, en progression par rapport au seuil fixé en avril 2025. Ce décalage d’application traduit une prise en compte assumée des spécificités sectorielles, notamment des cycles de production agricole, tout en maintenant un cap social constant.
Évolution légale des minima salariaux
| Dispositif | Taux 2025 | Taux 2026 | Date d’application |
| SMIG (non-agricole) | 17,10 DH / heure | 17,92 DH / heure | 1er janvier 2026 |
| SMAG (agricole) | 93 DH / jour | 97,44 DH / jour | 1er avril 2026 |
Pour les entreprises, cette temporalité impose une vigilance particulière. La conformité devient exigible dès la publication du décret au Bulletin officiel, sans phase de tolérance. Les contrôles de la CNSS et de l’Inspection du travail, traditionnellement renforcés après ce type de réforme, exposent les structures non alignées à des sanctions financières et à des redressements rétroactifs. Pour les directions RH, l’enjeu dépasse la conformité réglementaire pour toucher directement à la crédibilité de la gouvernance sociale.
La traduction concrète sur la paie et la masse salariale
Sur le plan opérationnel, la hausse du SMIG et du SMAG se matérialise immédiatement sur les bulletins de paie. Pour un collaborateur rémunéré au SMIG à temps plein, sur la base légale de 191 heures mensuelles, le salaire brut indicatif dépasse désormais les 3 400 dirhams. L’augmentation brute mensuelle avoisine 156 dirhams, soit une progression exacte de 5 % du salaire de base.
Cette évolution doit être analysée à la lumière du cadre fiscal en vigueur. L’élargissement de l’exonération de l’impôt sur le revenu jusqu’à 6 000 dirhams bruts mensuels atténue fortement l’effet des prélèvements pour les bas revenus. Après cotisations sociales et assurance maladie obligatoire, le gain net mensuel pour un collaborateur au SMIG se situe généralement entre 120 et 150 dirhams, selon la situation individuelle.
Impact indicatif sur la rémunération mensuelle
| Secteur | Base de calcul | Salaire brut mensuel 2026 (indicatif) | Évolution brute mensuelle |
| Non-agricole (SMIG) | 191 h / mois | ≈ 3 422 DH | +156 DH |
| Agricole (SMAG) | 26 jours / mois | ≈ 2 533 DH | +115 DH |
Pour l’employeur, le raisonnement est sensiblement différent. Le surcoût ne se limite pas à l’augmentation du salaire brut. Il intègre les charges sociales patronales, ce qui porte l’impact réel à un niveau compris entre 7 % et 10 % par collaborateur concerné. Dans une PME employant une vingtaine de collaborateurs rémunérés au SMIG, l’effet annuel peut représenter plusieurs dizaines de milliers de dirhams, hors ajustements indirects.
Ces ajustements indirects sont souvent sous-estimés. La revalorisation du salaire minimum influence mécaniquement les indemnités calculées sur le salaire de référence, les congés payés, les majorations pour heures supplémentaires ou travail de nuit, ainsi que certaines primes indexées. Elle exerce également une pression sur les grilles salariales, en réduisant les écarts entre les niveaux d’entrée et les premiers paliers intermédiaires, ce qui oblige de nombreuses entreprises à revoir l’architecture de leur politique de rémunération.
Un enjeu de pilotage RH au-delà de la conformité
Pour les directions des ressources humaines, l’entrée en vigueur du SMIG et du SMAG 2026 dépasse largement la simple mise à jour des paramètres de paie. Elle interroge la capacité de l’organisation à piloter ses équilibres sociaux dans la durée et à sécuriser ses pratiques dans un environnement réglementaire plus exigeant.
La fiabilisation des processus de paie constitue la première ligne de défense. Les outils doivent être paramétrés en amont, les tests réalisés avant la clôture de décembre, et les contrats analysés afin d’identifier toute situation de non-conformité. Cette rigueur conditionne la relation de confiance avec les collaborateurs, particulièrement dans les structures où le salaire minimum concerne une part significative des effectifs.
Sur le plan budgétaire, la hausse du SMIG et du SMAG doit être intégrée dans les projections 2026 en tenant compte des effets directs et des répercussions internes, notamment sur les revendications salariales. Dans un contexte de tension sur les marges, la capacité des DRH à objectiver les impacts chiffrés devient un outil stratégique de dialogue avec la direction générale.
La communication interne joue enfin un rôle structurant. Expliquer le calendrier, clarifier les effets nets sur la paie et rappeler le cadre légal permet de désamorcer les incompréhensions. Les entreprises qui abordent cette réforme avec transparence renforcent leur crédibilité sociale, là où une application silencieuse peut nourrir frustrations et soupçons.
Pour les dirigeants, une contrainte révélatrice du modèle social
Du point de vue des dirigeants, la revalorisation du salaire minimum s’inscrit dans une dynamique de fond. Depuis 2021, le SMIG et le SMAG ont enregistré des progressions cumulées significatives, traduisant une volonté politique claire de soutenir le pouvoir d’achat des catégories les plus exposées. Cette trajectoire impose aux entreprises une lecture stratégique de leur organisation du travail.
Certaines structures absorberont le surcoût par une amélioration de la productivité et une meilleure allocation des ressources. D’autres feront le choix de la montée en compétences pour réduire progressivement la part des collaborateurs rémunérés au salaire minimum. Dans les deux cas, la hausse agit comme un révélateur de la solidité du modèle RH et de la capacité à inscrire la masse salariale dans une trajectoire soutenable.
La gestion du risque reste centrale. Les contrôles post-réforme constituent une réalité opérationnelle, et les entreprises les plus exposées sont souvent celles dont les pratiques contractuelles sont insuffisamment formalisées. Anticiper, auditer et documenter devient une protection contre des contentieux coûteux, tant sur le plan financier que social.
Au-delà de l’entreprise, la revalorisation du salaire minimum participe à un objectif macroéconomique assumé : soutenir la consommation intérieure et renforcer la cohésion sociale. Pour les organisations capables de s’adapter, cette évolution peut devenir un levier d’attractivité et de fidélisation, à condition qu’elle s’inscrive dans une politique RH cohérente et durable.
La hausse du SMIG et du SMAG en 2026 ne constitue ni une rupture ni une surprise. Elle s’inscrit dans une trajectoire connue, progressive et encadrée. Les entreprises qui auront su l’anticiper, l’intégrer et l’expliquer disposeront d’un avantage décisif : celui d’une gestion sociale maîtrisée, alignée sur les exigences réglementaires et sur les attentes concrètes des collaborateurs.




