Fondée en France il y a près de dix ans par Martin Videlaine, ancien consultant chez Roland Berger, BlueBirds s’est rapidement imposé comme un acteur de référence dans les services d’indépendants à forte valeur ajoutée.
Présent depuis maintenant cinqans au Maroc, BlueBirds accompagne ses clients dans leurs besoins en management de transition et en conseil stratégique, avec une équipe locale de six collaborateurs et une communauté de plus de 400 indépendants marocains, intégrée à une communauté mondiale de 5000 experts. Parmi ses clients, BlueBirds compte des grands groupes ainsi que des entreprises à taille intermédiaire.
Rencontre avec Siham SENTISSI , Directrice Générale de BlueBirds Maroc, pour mieux comprendre le concept de management de transition et son apport stratégique pour les entreprises marocaines.
Qu’entend-on précisément par management de transition, et dans quels contextes est-il particulièrement pertinent pour une entreprise ?
Siham SENTISSI : Le management de transition est une réponse opérationnelle à des situations bien particulières que les entreprises peuvent traverser. Il s’agit d’intégrer ponctuellement une ressource expérimentée, capable d’assumer une mission précise, définie dans le temps. On parle notamment « d’intérim de confort » lorsque l’entreprise souhaite éviter une vacance de poste ou le recours à une solution interne provisoire. Mais les missions les plus fréquentes, et souvent les plus stratégiques, concernent des contextes plus complexes tels que des restructurations, des opérations de redressement, des transformations organisationnelles ou encore des situations de forte croissance nécessitant des expertises spécifiques.
À titre d’exemple concret, nous avons récemment accompagné un industriel confronté à une forte sous-performance d’un de ses sites marocains. Cette situation compromettait les contrats mondiaux du groupe. Notre rôle a consisté à identifier très rapidement un directeur général industriel expérimenté, capable d’analyser la situation, de déployer des recommandations pragmatiques (« Quick Wins ») et de remettre le site sur les rails. En parallèle, cette personne a été chargée de recruter son successeur permanent et d’assurer une transmission efficace.
Le management de transition se distingue nettement du recrutement classique par la rapidité d’intervention, la flexibilité, mais surtout par le niveau d’expertise opérationnelle que les managers de transition apportent à nos clients.
Quelles sont les fonctions d’entreprise les plus concernées par le management de transition au Maroc ?
Siham SENTISSI : Le management de transition peut concerner absolument toutes les fonctions opérationnelles d’une entreprise : direction générale, ressources humaines, finance, direction commerciale ou industrielle. Cependant, au Maroc, les demandes sont particulièrement fortes dans les fonctions industrielles. Cela s’explique par la nécessité fréquente, pour les entreprises industrielles locales ou les filiales marocaines de groupes internationaux, d’améliorer leurs processus afin de s’aligner sur les bonnes pratiques internationales.
Par exemple, nous avons régulièrement été sollicités pour accompagner la restructuration de directions industrielles, améliorer leur chaîne d’approvisionnement ou optimiser leur processus de production. Ces interventions nécessitent des profils de managers expérimentés capables d’apporter une réelle plus-value opérationnelle dès leur arrivée. En dehors de ce secteur, les entreprises marocaines commencent également à nous solliciter pour leurs fonctions supports : ressources humaines, direction financière et direction commerciale, notamment dans des contextes où la rapidité de la mise en place d’une solution opérationnelle s’avère essentielle.
En somme, bien que l’industrie représente aujourd’hui une part significative des demandes, la tendance à recourir au management de transition s’élargit progressivement à toutes les fonctions, au gré des contextes spécifiques et des besoins urgents auxquels les entreprises marocaines font face.
Comment s’opère concrètement la mise en relation entre l’entreprise et le manager de transition ?
Siham SENTISSI : Dès qu’une entreprise nous contacte, nous entamons immédiatement une prise de brief approfondie, souvent par téléphone ou lors d’un rendez-vous physique. Cette prise de brief oral est fondamentale car chaque mission est spécifique et implique de comprendre en profondeur les enjeux business et opérationnels auxquels l’entreprise est confrontée. Une fois ces enjeux clairement identifiés, nous sélectionnons des profils correspondants dans notre vivier d’experts indépendants.
Contrairement à un recrutement classique, notre évaluation ne repose pas uniquement sur un CV. Nous challengeons les profils sur leur expérience, vérifions leurs références et validons leur adéquation au contexte spécifique de l’entreprise, tout en préservant l’anonymat de cette dernière si besoin. En général, entre la prise de brief initiale et la présentation d’un profil pertinent au client, il s’écoule au mieux 48 heures, et rarement plus d’une semaine. Ce délai très court permet aux entreprises de répondre efficacement à leurs besoins urgents.
Ce processus, rapide et rigoureux, est crucial car il garantit au client d’accéder au bon profil au bon moment, avec un taux de réussite élevé pour les missions réalisées.
Comment êtes-vous assurés que le manager de transition proposé correspondra à la culture d’entreprise du client ?
Siham SENTISSI : La culture d’entreprise est effectivement essentielle, notamment au Maroc où le contexte culturel est un critère clé de réussite des missions. Notre approche consiste d’abord à bien cerner l’ADN de chaque client : s’agit-il d’une entreprise familiale, entrepreneuriale, d’un grand groupe très structuré, d’une organisation matricielle ? Une fois cette culture définie, nous challengeons les profils de managers de transition sur leur aptitude à évoluer sereinement dans ce contexte.
Un atout du management de transition est que les intervenants n’ont pas d’enjeu politique interne. Ils viennent remplir une mission précise et clairement définie, ce qui simplifie leur intégration à condition que leur rôle soit transparent dès le départ. Nous insistons sur cet aspect auprès de nos clients afin de garantir un accueil favorable du manager et une efficacité optimale dans la réalisation de la mission. L’expérience prouve que cette transparence initiale permet une intégration harmonieuse et rapide, facteur clé de succès du management de transition.
Comment le management de transition se distingue-t-il concrètement du consulting classique ?
Siham SENTISSI : Bien qu’étant deux services complémentaires, le management de transition et le consulting ne répondent pas aux mêmes besoins ni avec les mêmes profils. Un consultant intervient principalement pour produire des analyses, formuler des recommandations ou structurer un plan d’action. Son rôle est souvent stratégique ou méthodologique. Il peut accompagner la mise en œuvre, mais ce n’est pas toujours sa mission première. Il n’intervient généralement pas sur le terrain ni dans la gestion quotidienne des équipes.
Le manager de transition, lui, est avant tout un opérationnel expérimenté. Il vient de la réalité terrain, il prend la responsabilité directe d’une fonction ou d’un projet, avec une capacité d’action immédiate, dès son premier jour d’intervention. Il manage des équipes, prend des décisions, pilote le changement. Son apport est pragmatique, incarné, inscrit dans le réel.
C’est cette capacité à être opérationnel « day one » qui fait toute la valeur du management de transition. C’est aussi ce qui explique en partie le niveau d’investissement requis, au même titre que le consulting indépendant.
Contrairement à une idée reçue, les managers de transition ne sont pas systématiquement plus chers que les consultants. Les tarifs varient fortement selon le profil, la rareté de l’expertise ou la complexité du contexte. Mais dans tous les cas, le coût d’un indépendant – qu’il soit consultant ou manager de transition – reste plus élevé qu’un recrutement classique, car il intègre le risque porté par l’indépendant, ainsi qu’un niveau d’engagement, de disponibilité et de flexibilité bien différent.
Au Maroc, il y a encore du chemin à faire pour reconnaître pleinement cette valeur ajoutée. Le marché a parfois une approche ambivalente : des attentes élevées en termes d’impact, mais une difficulté à valoriser à leur juste niveau ces prestations intellectuelles stratégiques. Structurer ce marché et accompagner cette évolution fait justement partie de notre mission chez BlueBirds.
Quel regard portent aujourd’hui les DRH marocains sur le management de transition ?
Siham SENTISSI : Les directeurs des ressources humaines marocains sont aujourd’hui de plus en plus sensibilisés au management de transition, même si certains expriment parfois des réticences initiales, notamment quant à la confidentialité ou l’accès à certaines données internes sensibles. Cependant, ces réticences disparaissent rapidement lorsque les DRH réalisent les bénéfices d’agilité, de rapidité et d’efficacité que ce type de solution leur apporte.
Dans la majorité des cas, les DRH apprécient fortement cette approche qui leur permet de répondre précisément et rapidement aux besoins spécifiques de leurs directions générales ou business units, en complément ou en alternative au recrutement traditionnel.
Quelle évolution prévoyez-vous pour le marché du management de transition au Maroc et en Afrique ?
Siham SENTISSI : Le management de transition est un marché en plein essor au Maroc et en Afrique. La croissance des sollicitations et l’augmentation des missions réalisées chaque année en témoignent. À moyen terme, nous anticipons une consolidation de cette tendance avec davantage d’entreprises locales et régionales qui adopteront cette approche stratégique, non plus uniquement en situation d’urgence, mais comme outilpour gérer leur développement, leurs transformations et les défis auxquels elles sont confrontées.
Dans un environnement économique complexe et mouvant, les entreprises ont besoin de réactivité, d’expertise et de flexibilité : autant de qualités que cette solution incarne pleinement. Ce marché ne fait que commencer à révéler son potentiel en Afrique. Et les entreprises qui l’adopteront tôt prendront une longueur d’avance.