Instaurée en 2014 et effectivement déployée en 2015, l’indemnité pour perte d’emploi constitue le principal mécanisme de remplacement temporaire du revenu pour les salariés du secteur privé déclarés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Contrairement à une assurance chômage généralisée, elle reste conditionnée à une durée minimale de cotisation et à la perte involontaire de l’emploi.
Le dispositif exige au moins 780 jours de déclaration à la CNSS durant les 36 mois précédant la cessation d’activité, dont 260 jours pendant les douze derniers mois. Ces conditions, prévues par la loi 03-14, limitent l’accès des salariés dont les parcours professionnels sont marqués par des interruptions ou des périodes non déclarées.
Le bénéficiaire doit également être apte au travail, rechercher activement un emploi et déposer sa demande auprès de la CNSS dans les 60 jours suivant la perte de son poste. Le dépassement de ce délai peut entraîner la perte du droit, sauf cas de force majeure.
L’IPE représente 70 % du salaire mensuel moyen déclaré durant les 36 derniers mois, dans la limite du salaire minimum légal. Son versement est limité à six mois. Un salarié disposant d’un salaire de référence de 4 000 dirhams peut ainsi percevoir 2 800 dirhams mensuels, tandis qu’un salarié mieux rémunéré se voit appliquer le plafond réglementaire.
Les dernières statistiques de la CNSS permettent de mesurer l’utilisation réelle du dispositif. En 2025, les dépenses consacrées à l’IPE ont atteint 449,5 millions de dirhams, contre 415,4 millions en 2024, soit une augmentation de 8,2 %.
Le nombre de bénéficiaires est passé de 37 615 à 38 796 personnes sur l’année. La CNSS a également enregistré 27 080 nouveaux dossiers en 2025. Ces chiffres correspondent à des volumes annuels et ne doivent pas être confondus avec le nombre de personnes indemnisées chaque mois.
La prestation moyenne annuelle par bénéficiaire s’est établie à 11 587 dirhams. Les salariés percevant au maximum 5 000 dirhams avant leur perte d’emploi représentaient 68,4 % des personnes prises en charge.
Autre indicateur opérationnel, le délai moyen du premier versement a diminué, passant de 29 jours en 2024 à 27 jours en 2025. Cette amélioration du traitement administratif ne résout toutefois pas les difficultés d’accès liées aux conditions de cotisation.
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) avait déjà recommandé un assouplissement du dispositif, notamment par la révision des durées minimales de déclaration. Plusieurs scénarios avaient été étudiés afin d’élargir le nombre de salariés éligibles sans compromettre l’équilibre financier du régime.
Le projet de loi de finances 2027 remet cette question à l’agenda gouvernemental. Présenté le 23 octobre par Fouzi LEKJAA, il prévoit notamment le développement de l’indemnité pour perte d’emploi dans le prolongement de la réforme de la protection sociale. La révision annoncée des paramètres doit permettre d’élargir l’accès au dispositif, sous réserve de préserver sa soutenabilité financière.
Aucune modification précise des seuils de cotisation, du plafond d’indemnisation ou de la durée de versement n’est cependant confirmée à ce stade.
L’enjeu de cette réforme sera de rendre l’IPE accessible à davantage de salariés, notamment ceux dont les carrières sont discontinues. Avec moins de 39 000 bénéficiaires recensés sur l’ensemble de 2025, le dispositif demeure une protection ciblée plutôt qu’une couverture générale contre le chômage.
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