L’économie américaine pourrait compter environ cinq millions d’emplois supplémentaires en 2035 malgré l’accélération de l’intelligence artificielle. Cette perspective contraste avec les scénarios annonçant une disparition massive du travail humain. Elle repose toutefois sur une transformation profonde des métiers, des compétences et des parcours professionnels.
Le rapport Workforce in motion: Skills and pathways to future jobs in the United States, publié en septembre 2026, examine les conséquences de l’automatisation, du vieillissement démographique et des mutations économiques sur les besoins en main-d’œuvre. Il mobilise notamment des projections du Bureau américain des statistiques du travail et l’analyse de quelque 1 800 professions. Ses résultats sont des scénarios, non des suppressions de postes déjà décidées.
36 millions d’emplois affectés, mais 41 millions de nouveaux besoins
L’automatisation pourrait réduire la demande de travail de l’équivalent de 36 millions d’emplois à temps plein d’ici 2035, soit 21 % des heures actuellement travaillées. Cette estimation ne signifie pas que 36 millions de personnes seront licenciées. Elle mesure la réduction théorique du travail demandé après réorganisation des activités.
Les technologies pourraient automatiser ou transformer 54 % des heures actuellement travaillées. Une grande partie de ce potentiel serait néanmoins absorbée par l’augmentation de la production, la réduction des heures supplémentaires, l’apparition de missions de supervision et les contraintes organisationnelles.
Graphique 1. Emplois affectés et nouvelles demandes de travail entre 2025 et 2035
Réduction liée à l’automatisation : −36 millions
Nouveaux besoins : +41 millions
Solde net : +5 millions
Graphique 1 : variations modélisées de la demande en équivalents temps plein. Source : Workforce in motion, figure 6.
Plusieurs tendances devraient soutenir les recrutements. L’amélioration du niveau de vie alimenterait la demande de services, tandis que le vieillissement démographique accroîtrait les besoins en santé et en assistance aux personnes. Les investissements dans la construction, l’énergie, les centres de données et les infrastructures numériques contribueraient également à la création d’emplois.
Tableau 1. Les moteurs de création d’emplois d’ici 2035
| Facteur de croissance | Contribution estimée |
|---|---|
| Amélioration du niveau de vie | +18 millions |
| Vieillissement et besoins de santé | +8 millions nets |
| Construction et infrastructures | +3 millions |
| Infrastructures énergétiques | +2 millions |
| Investissements technologiques, solde net | +3 millions |
| Infrastructures numériques | +2 millions |
| Nouvelles professions liées à l’IA | Au moins 1 million (scénario central) |
Tableau 1 : contributions modélisées, non additives indépendamment des ajustements du modèle. Source : Workforce in motion, figure 6.
L’ampleur des créations ne résout pas la question de leur répartition. Des postes pourraient disparaître dans certaines professions alors que des pénuries apparaîtraient ailleurs. Le risque principal devient celui d’un décalage entre les qualifications des travailleurs et les compétences recherchées.
Une mobilité professionnelle 3,6 fois supérieure au rythme historique
Sur les 36 millions d’équivalents emplois affectés par l’automatisation, la croissance des métiers existants pourrait permettre à environ 25 millions de travailleurs de rester dans leur catégorie professionnelle, malgré des missions transformées. En revanche, quelque 11 millions de personnes pourraient devoir changer complètement de profession. Selon la vitesse d’adoption des technologies, cette estimation varie de six à seize millions.
Le scénario central représenterait environ 7 % des travailleurs américains actuels. Pour absorber ces mouvements, quelque 770 000 transitions entre grands groupes professionnels seraient nécessaires chaque année pendant dix ans, contre une moyenne historique d’environ 215 000 hors période Covid-19.
Graphique 2. Transitions professionnelles annuelles nécessaires
Rythme historique : 215 000
Rythme requis : 770 000
Graphique 2 : transitions nettes annuelles entre groupes professionnels. Source : Workforce in motion, figure 8.
Plus des trois quarts des transitions nécessaires se concentreraient dans le soutien administratif et de bureau, la vente et le commerce de détail, ainsi que le transport et la logistique. Ces secteurs réunissent de nombreuses tâches routinières susceptibles d’être automatisées.
Les travailleurs faiblement rémunérés seraient 7,6 fois plus susceptibles de devoir changer de profession que ceux des catégories de rémunération les plus élevées. Les actifs sans diplôme universitaire et plusieurs groupes déjà exposés aux difficultés d’insertion seraient aussi davantage concernés.
La disponibilité d’un emploi ne garantit pourtant pas qu’un travailleur puisse l’occuper. Les parcours diffèrent selon les compétences transférables, les diplômes demandés, la durée de formation, les écarts de salaire et la localisation.
Tableau 2. Trois parcours de reconversion professionnelle
| Parcours | Part des transitions | Conditions |
|---|---|---|
| Direct | 14 % | Au moins 75 % de compétences communes, salaire préservé, formation inférieure à six mois |
| Intermédiaire | 41 % | Au moins 50 % de compétences communes, maintien d’au moins 90 % du salaire, formation inférieure à 24 mois |
| Difficile | 45 % | Écarts importants de compétences ou obstacles liés aux qualifications et à la rémunération |
Tableau 2 : parcours classés selon les compétences, les salaires et la durée de qualification. Source : Workforce in motion, figure 15.
Seuls 14 % des travailleurs devant changer de profession bénéficieraient ainsi d’un parcours direct, avec des compétences proches, peu de formation et aucune perte de salaire. Pour 41 %, des formations plus longues ou des ajustements de rémunération pourraient être nécessaires. Les 45 % restants rencontreraient des difficultés plus importantes.
Les exigences de qualification constituent un frein majeur. Environ 85 % des emplois en croissance demandent un diplôme, une certification ou une habilitation, dont une partie pour des raisons réglementaires. Les entreprises ajoutent également des critères qui ne sont pas toujours légalement obligatoires.
Tableau 3. Les obstacles à l’accès aux emplois en croissance
| Indicateur | Part des emplois concernés |
|---|---|
| Diplôme, certification ou habilitation requis | 85 % |
| Qualification légalement obligatoire | 38 % |
| Présence physique nécessaire | 76 % |
| Aucune qualification formelle exigée | 15 % |
Tableau 3 : catégories non additives. Source : Workforce in motion, figures 24 et 25.
Les barrières géographiques s’ajoutent aux exigences de qualification : environ 76 % des emplois en croissance nécessitent une présence physique. Un collaborateur peut donc posséder des compétences transférables sans être en mesure d’accéder au poste correspondant.
Près de 60 % des emplois en croissance se situeraient dans les deux quintiles de rémunération les plus élevés, notamment dans la santé, la construction et le management. À l’inverse, plus de 70 % des emplois en déclin appartiendraient aux deux quintiles inférieurs. Les reconversions pourraient améliorer la qualité moyenne des emplois, sans que les bénéfices soient automatiquement répartis entre tous les travailleurs.
Plus de 70 % des actifs devront réinventer une partie de leurs tâches
Les transformations ne se limiteront pas aux changements de profession. Plus de 70 % des travailleurs américains pourraient voir plus de 15 % de leur temps consacré à des tâches nouvelles. Les fonctions administratives évolueront avec l’automatisation des opérations répétitives, tandis que les métiers de conseil, de finance et de management consacreront davantage de temps à l’analyse, au jugement professionnel et au contrôle des systèmes intelligents.
La formation continue devient alors une composante de l’organisation du travail. Le rapport distingue les compétences essentielles, qui élargissent les possibilités de mobilité, les compétences habilitantes, qui ouvrent l’accès à des fonctions mieux rémunérées, et les compétences renforçantes, qui facilitent l’adaptation aux changements successifs.
Depuis 2022, la demande de maîtrise opérationnelle de l’intelligence artificielle dans les offres d’emploi a été multipliée par onze, celle d’adaptabilité par cinq et celle de résilience, de curiosité et de volonté d’apprendre par trois.
Graphique 3. Progression de la demande de compétences depuis 2022
Maîtrise de l’IA : ×11
Adaptabilité : ×5
Résilience, curiosité et apprentissage : ×3
Graphique 3 : évolution relative de la demande dans les offres d’emploi. Source : Workforce in motion, synthèse, p. 3.
Ces aptitudes ne remplacent pas les expertises techniques. Elles permettent aux collaborateurs d’actualiser leurs pratiques lorsque les outils, les processus et les organisations changent.
Les directions des ressources humaines devront renforcer la cartographie des compétences transférables, identifier les métiers en déclin et construire des passerelles de mobilité interne. Le recrutement sur compétences, les certifications modulaires et les formations courtes peuvent contribuer à élargir l’accès aux emplois en croissance.
Les choix des entreprises joueront un rôle décisif dans l’utilisation des gains de productivité. Ceux-ci pourront servir à réduire les coûts, améliorer les services, développer de nouvelles activités ou repositionner les collaborateurs dans des fonctions à plus forte valeur ajoutée.
Les projections américaines ne peuvent être transposées mécaniquement aux autres économies. Elles mettent néanmoins en évidence une transformation fondamentale de la gestion des ressources humaines : l’automatisation peut accroître les capacités productives sans assurer spontanément la reconversion des travailleurs. La réussite dépendra de la capacité des entreprises, des organismes de formation et des institutions à rendre les transitions professionnelles accessibles, suffisamment rapides et économiquement viables.
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![[RAPPORT] Intelligence artificielle : 11 millions d’Américains pourraient devoir changer de métier d’ici 2035 l DRH.ma](https://drh.ma/wp-content/uploads/2026/10/RAPPORT-Intelligence-artificielle-750x375.jpg)



