Lancée début 2023, YolaFresh bouscule le secteur marocain de la distribution de fruits et légumes en connectant directement petits agriculteurs et détaillants, tout en misant sur une organisation ultra agile. La société emploie aujourd’hui près de 300 collaborateurs – dont 200 en CDD/CDI et une centaine d’intérimaires – répartis principalement entre Casablanca, Rabat et Salé. L’équipe, jeune (27 ans de moyenne d’âge, dont 40 % de génération Z), opère à 90 % sur le terrain. La culture de l’entreprise, inspirée des start-up, se veut inclusive, dynamique et centrée sur l’expérience collaborateur. Six valeurs structurent la vie interne : leadership, Perseverence, Trust, Innovation, People caring et fun. Face à l’émergence de la génération Z sur le marché marocain, Sara Filali Jaouhari, DRH, partage son regard sur les nouveaux défis d’attractivité et de fidélisation.
YolaFresh est une jeune entreprise au positionnement disruptif dans la distribution de fruits et légumes. Qu’est-ce qui rend votre modèle organisationnel et social si particulier ?
Sara FILALI : YolaFresh s’est créée sur un constat : le système traditionnel de distribution favorisait ni les petits producteurs ni les détaillants, tout en générant des pertes de qualité et des surcoûts. En supprimant les intermédiaires, nous avons repensé toute la chaîne, avec un impact direct sur notre organisation humaine : chaque collaborateur, qu’il soit sur le terrain ou dans les fonctions supports, est associé à cette mission de transformation. Notre effectif compte 300 personnes, dont la majorité évolue en logistique, Sales , mais nous intégrons aussi des profils en finance, tech et marketing. La jeunesse de l’équipe – 27 ans en moyenne – insuffle un dynamisme particulier : l’innovation n’est pas cantonnée au produit, elle infuse chaque dimension RH. Nous avons une équipe RH optimisée mais très impliquée, avec un management de proximité, une attention portée à l’intégration et une polyvalence revendiquée. La priorité : accompagner la croissance rapide de l’entreprise en maintenant une forte cohésion, dans une ambiance stimulante où chaque voix peut s’exprimer. L’identité start-up se traduit par une horizontalité du management, une tolérance à l’erreur et une volonté de donner du sens à l’action, des ingrédients auxquels la Gen Z est particulièrement sensible.
La génération Z bouleverse les attentes vis-à-vis de l’entreprise. Comment décririez-vous les aspirations de cette génération, et en quoi diffèrent-elles de celles des précédentes ?
Sara FILALI : La Gen Z, c’est d’abord une quête d’expérience avant celle du statut. Pour ces jeunes, l’essentiel n’est pas d’intégrer une grande structure ou d’avoir un intitulé de poste valorisant : ils cherchent à vivre un parcours, à apprendre, à grandir dans l’entreprise. Ils attendent de la stimulation, du challenge, de la variété. Reproduire chaque jour les mêmes tâches, dans un cadre figé, n’a aucun attrait pour eux : ils veulent pouvoir toucher à tout, comprendre l’enjeu global de leur contribution et voir concrètement l’impact de leur travail. Cette génération revendique aussi la possibilité de s’exprimer librement et de recevoir du feedback – mais surtout d’en donner. Ils attendent des relations managériales plus équilibrées : le manager n’est plus seulement celui qui contrôle, mais celui qui accompagne, qui donne l’exemple, qui partage son savoir. Enfin, la Gen Z est curieuse, avide d’apprendre vite et de progresser rapidement. La sécurité n’est plus leur priorité : ils privilégient la mobilité, la flexibilité, la capacité à évoluer, à pivoter, à s’adapter en continu. Ce sont des collaborateurs qui nous poussent à remettre en question nos pratiques et à inventer de nouveaux modèles.
On parle beaucoup d’expérience collaborateur et de marque employeur. Concrètement, comment construisez-vous chez YolaFresh une attractivité forte auprès de la Gen Z ?
Sara FILALI : Chez YolaFresh, l’expérience collaborateur commence avant même l’embauche. Dès le recrutement, nous veillons à ce que chaque candidat perçoive l’ADN de l’entreprise : l’entretien est un échange, pas un interrogatoire, et l’accent est mis sur le partage de valeurs plus que sur la stricte adéquation technique. Nos six valeurs – leadership,Perseverence,Trust ,Innovation, People caring et fun. – servent de boussole dans le choix des profils. Nous cherchons des personnalités capables de s’approprier des sujets, de s’engager pleinement et de montrer un véritable sens du collectif. La marque employeur se nourrit aussi de la transparence : la mission de YolaFresh, notre impact auprès des agriculteurs et des détaillants, la réalité des conditions de travail… tout est communiqué sur nos canaux RH et relayé dans notre communication externe. Les jeunes talents sont attentifs à la réputation digitale : ils enquêtent sur l’entreprise, ses dirigeants, ses pratiques. Nous avons donc à cœur d’incarner nos principes, d’être cohérents entre le discours et l’action. Cette sincérité attire des profils qui se reconnaissent dans notre dynamique et qui ont envie de s’impliquer durablement dans l’aventure.
Quels leviers concrets mettez-vous en place pour favoriser l’engagement, la motivation et l’évolution rapide des jeunes collaborateurs ?
Sara FILALI : L’engagement et la motivation passent d’abord par la reconnaissance et la clarté des objectifs. Nous avons structuré un système de pilotage par objectifs (OKR) où chaque équipe, chaque collaborateur sait précisément ce qui est attendu, avec des revues de performance régulières. Ce rythme soutenu – des bilans tous les deux mois – permet de détecter rapidement les besoins d’accompagnement et de valoriser les réussites. L’évolution professionnelle est aussi au centre de notre modèle : nous avons instauré des « Growth and Development Reviews » qui favorisent l’expression des ambitions individuelles, la formulation de souhaits de formation ou de mobilité. Notre organisation fonctionne en « pépinières » : les collaborateurs performants peuvent changer de poste, évoluer d’une fonction à une autre, saisir des opportunités internes. Ce système évite l’immobilisme et donne à chacun la perspective d’un parcours personnalisé. La diversité des missions, la possibilité d’élargir son champ d’action, la promotion interne rapide sont autant de leviers pour garder nos jeunes talents stimulés et engagés sur la durée.
La flexibilité est une demande récurrente de la Gen Z. Comment l’intégrez-vous dans votre modèle, tout en tenant compte des impératifs opérationnels ?
Sara FILALI : La flexibilité, chez YolaFresh, est adaptée au terrain : elle n’est pas uniforme, mais pensée métier par métier. Pour les équipes supports – finance, tech, RH, product – le télétravail ou les horaires hybrides sont possibles et encouragés, dans la limite des exigences de service. En revanche, pour les fonctions terrain, la réalité logistique impose des horaires fixes : il faut garantir la livraison très matinale des clients, synchroniser les équipes de collecte, de stockage et de distribution. Néanmoins, nous veillons à équilibrer cette exigence par un respect strict des jours de repos, des congés, et par une organisation qui limite la pénibilité. Cette approche différenciée permet de conjuguer exigence opérationnelle et qualité de vie au travail. Notre politique de flexibilité ne se limite pas au temps de travail : elle concerne aussi la gestion des carrières, la mobilité interne et la possibilité pour chacun de participer à des projets transverses, quels que soient son poste ou son ancienneté.
Comment la culture du feedback s’incarne-t-elle au quotidien chez YolaFresh ?
Sara FILALI : Le feedback est un pilier structurant de notre management, et il se veut bilatéral et permanent. Nous avons instauré des sessions régulières, dont la fréquence s’ajuste selon les équipes et les managers : certains préfèrent un rythme mensuel, d’autres privilégient des bilans bimestriels. L’objectif est de créer un climat de confiance, où chaque collaborateur peut exprimer ses idées, ses difficultés, mais aussi ses aspirations. Ce n’est pas une logique descendante : le feedback remonte aussi du terrain vers le management. Cette culture du dialogue évite l’accumulation de frustrations, favorise l’innovation et permet de corriger rapidement ce qui doit l’être. Nous avons également mis en place des surveys d’engagement, non pour faire de la cosmétique RH, mais pour analyser en profondeur les attentes et mettre en œuvre des plans d’action ciblés. À chaque nouvelle action, un survey post-mesure permet d’en évaluer l’impact et d’ajuster le dispositif. Ce système d’écoute active est particulièrement apprécié de la Gen Z, qui veut être entendue et voir que ses retours produisent des effets concrets.
Quels obstacles rencontrez-vous dans l’intégration et la fidélisation des jeunes générations, et comment les surmontez-vous ?
Sara FILALI : Intégrer et fidéliser la Gen Z demande de repenser en profondeur nos réflexes RH. Leur soif d’évolution et de sens peut parfois se heurter aux limites de certains métiers, à la réalité opérationnelle, ou à la rapidité de la croissance de l’entreprise. La routine est l’ennemi : il faut constamment innover, varier les missions, proposer de nouvelles responsabilités ou des projets transverses. Le management doit être très présent, « hands on », pour accompagner les jeunes dans leur montée en compétences, mais aussi pour donner l’exemple. La flexibilité, encore une fois, n’est pas toujours possible sur tous les postes : il faut alors compenser par une attention accrue à la reconnaissance, au développement personnel et à l’ambiance de travail. Enfin, la Gen Z veut comprendre le sens de ses tâches, son impact sur l’entreprise et sur la société : il faut donc redoubler de pédagogie et d’ouverture. Cette exigence force l’organisation à se remettre en question, à éviter les postures figées et à adopter une dynamique de progrès continu.
Avec l’arrivée massive de la Gen Z sur le marché marocain, comment voyez-vous évoluer les modèles RH dans les prochaines années ?
Sara FILALI : La montée en puissance de la génération Z n’est pas un phénomène marginal : elle s’impose comme un facteur clé de transformation de l’ensemble du marché de l’emploi au Maroc. Les entreprises n’ont plus le choix : elles doivent repenser leurs modèles d’attractivité, de management et de fidélisation. Le modèle start-up – horizontal, agile, centré sur l’expérience et la mobilité – tend à essaimer bien au-delà du digital ou de la tech. Dans les prochaines années, les organisations seront confrontées à un défi de taille : adapter leur culture interne, former leurs managers à de nouveaux styles de leadership, valoriser la formation continue, la transparence et la co-construction. Le dialogue permanent avec les collaborateurs deviendra la norme, tout comme la reconnaissance des compétences et la rapidité d’évolution. À YolaFresh, nous considérons cette mutation comme une opportunité : elle oblige à sortir de sa zone de confort, à repenser chaque processus, à placer l’humain au cœur de la performance. C’est, à terme, la meilleure garantie d’attractivité et de compétitivité, non seulement pour nous, mais pour l’ensemble des acteurs économiques marocains.

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