Le retour au bureau s’accélère chez Société Générale. Depuis lundi 5 octobre, le nouveau cadre de télétravail voulu par le directeur général Slawomir Krupa est entré en application. Pour une grande partie des collaborateurs concernés, la règle repose désormais sur une seule journée de télétravail par semaine.
Le dispositif prévoit également une journée flexible par mois, destinée notamment à répondre à certaines contraintes personnelles, dans la limite de onze jours par an. Le changement est significatif pour les équipes qui avaient pris l’habitude de travailler environ deux jours par semaine à distance. L’accord signé en 2021 permettait même, selon les fonctions et les organisations, d’aller jusqu’à 50 % de télétravail.
La réforme ne produit toutefois pas les mêmes effets pour tous. Les collaborateurs du réseau bancaire, qui étaient jusqu’ici largement exclus du télétravail, obtiennent désormais la possibilité de travailler à distance une journée par semaine lorsque leur activité le permet.
La décision intervient après plus d’un an de tensions sociales. Dès juin 2025, Slawomir Krupa avait annoncé aux quelque 130 000 salariés du groupe son intention de revoir les règles applicables. Le 4 juillet suivant, la banque avait dénoncé unilatéralement l’accord de télétravail de 2021. Deux mouvements de grève avaient alors été organisés, les 27 juin et 3 juillet.
Les discussions engagées avec les représentants du personnel n’ont finalement pas permis d’aboutir à un nouvel accord collectif. En janvier 2026, la direction avait présenté son projet de charte au Comité social et économique central. Même le SNB, qui avait poursuivi les discussions plus longtemps que les autres organisations syndicales, n’avait pas signé le texte.
En avril, l’opposition syndicale était devenue unanime. Une enquête interne rapportée à cette période par Les Echos indiquait que 71 % des salariés interrogés considéraient le télétravail comme essentiel à leur équilibre. Selon cette même enquête, 11 % déclaraient envisager une démission dans le contexte de la nouvelle politique.
Faute d’accord, Société Générale a donc choisi de mettre en œuvre le dispositif au moyen d’une charte unilatérale.
La direction défend une logique d’harmonisation des pratiques au sein du groupe. Elle considère également qu’une présence plus importante sur site doit favoriser les échanges entre équipes, la transmission des compétences et une culture davantage orientée vers la performance. La banque a également évoqué une baisse de la production dans certains services, argument contesté par les syndicats en l’absence de données détaillées rendues publiques.
Cette nouvelle organisation impose parallèlement un défi immobilier et logistique. Avec davantage de collaborateurs présents simultanément, les capacités d’accueil des bureaux doivent suivre. La direction s’est engagée à procéder aux aménagements nécessaires pour absorber cette hausse de fréquentation des sites.
Le resserrement du télétravail intervient surtout dans un environnement social déjà sensible. En janvier 2026, Société Générale a annoncé environ 1 800 suppressions de postes en France à l’horizon fin 2027, sur un effectif d’environ 40 000 salariés dans le pays. Ces réductions doivent principalement intervenir par attrition naturelle et mobilité interne, sans plan de départs contraints annoncé. Les fonctions centrales sont davantage concernées que le réseau d’agences.
Cette concomitance nourrit les interrogations de certains salariés sur les conséquences du retour accru au bureau en matière de fidélisation. Sur les réseaux professionnels, plusieurs commentaires interprètent notamment la réduction du télétravail comme susceptible d’encourager des départs volontaires. Aucun élément public ne permet toutefois d’établir qu’il s’agit d’un objectif poursuivi par la banque.
Au-delà du cas Société Générale, cette décision illustre la redéfinition progressive des politiques de travail hybride dans les grandes organisations. Cinq ans après la généralisation massive du travail à distance, la question n’est désormais plus seulement de déterminer si les collaborateurs peuvent télétravailler, mais jusqu’où l’entreprise peut réduire cette flexibilité sans affecter l’engagement, l’attractivité et la fidélisation des compétences.




